Désirs de mort de la petite fille à l'égard de sa mère - Le goût de la psychanalyse Le goût de la psychanalyse

Désirs de mort de la petite fille à l’égard de sa mère

1gruberJ’aime bien fureter dans mon exemplaire de L’interprétation des rêves. A chaque fois de nouveaux éclairages en surgissent toujours pour moi.
Cette fois-ci, ce que j’ai repéré c’est un passage qui concerne le désir de la mort de la mère. Or c’est un fait que dans le champ analytique le désir de la mort du père est largement pris en compte, admis, mais que par contre ce qu’il en est du désir de la mort de la mère éprouvé par la fille est en grande partie élidé.
Certes la haine pour la mère qui fait permet à la fille de franchir l’étape de l’Oedipe, mais très peu de ce désir de mort.
Il introduit pourtant, de ce que nous en dit Freud, le désir de la petite fille de remplacer sa mère dans l’amour de son père. Refoulé ce désir, maintient la fille dans une dépendance du désir de la mère, l’empêche de s’en libérer. Freud en fait le noyau de l’hystérie.
Tel est l’intérêt de ces quelques lignes qui se trouvent pages 225 et 226.
Freud nous rappelle que dans l’enfance « le père pour le garçon et la mère pour la fille sont des concurrents encombrants, et nous avons vu précédemment combien il faut peu de chose pour que l’enfant transforme un tel sentiment en souhait de mort ».Freud cite un exemple qui me semble décisif pour le devenir femme de la petite fille.
C’est le point même où la petite fille souhaite se substituer à sa mère mais en tant qu’elle est la femme du père.
« Une petite fille très bien douée et très vivante, de quatre ans chez qui ces tendances se manifestent d’une manière toute particulière, dit tout simplement : « maintenant ma petite mère peut s’en aller, mon petit père m’épousera et je serai sa femme. »
On voit bien ainsi comment le destin de l’être sexué, homme ou femme, ne peut être tracé que par la voie des identifications et des identifications oedipiennes.
Freud raconte à la suite un très joli rêve exprimant ce même désir de la mort de la mère. Il a pour titre « Rêve du lynx sur le toit ».
Cette analysante se rappelle d’un rêve fait à l’âge de quatre ans. Elle n’en connaît pas la signification.
« Un lynx ou un renard se promène sur le toit, quelque chose en tombe ou elle en tombe, et on emporte ensuite de la maison sa mère morte. »
Confirmant ce que lui suggère Freud concernant ses désirs de mort à l’égard de la mère, surgissent deux associations : « un gamin, alors qu’elle était toute petite l’avait traitée d’œil de lynx ; alors qu’elle avait trois ans, sa mère a reçu une ardoise sur la tête et a beaucoup saigné ».

Freud apporte alors un troisième exemple qui est de l’ordre non plus du rêve mais du symptôme. C’est peut-être le plus explicite car il indique quels sont les retentissements d’un tel souhait de mort sur la névrose et par voie de conséquence sur le destin féminin.
Il semblerait qu’il décrit ainsi des attaques hystériques :
« J’ai eu l’occasion d’étudier de près une jeune fille qui a traversé différents états psychiques morbides.
Il décrit d’abord « une période d’excitation et d’agitation » Elle manifestait une hostilité toute particulière pour sa mère, « s’agitait et se fâchait dès que celle-ci s’approchait de son lit, tandis qu’elle se montrait gentille avec l’une de ses sœurs plus âgées ».
Suivit une période d’accalmie mais avec des troubles du sommeil.
C’est à ce moment-là que Freud commença à s’occuper d’elle et à analyser ses rêves.

« Le sujet plus ou moins voilé d’un grand nombre d’entre eux était la mort de sa mère ; tantôt elle assistait à l’enterrement d’une vieille femme, tantôt elle voyait sa sœur et elle assises près d’une table en vêtements de deuils… »

A la suite de ces troubles du comportement, son « agitation », elle souffrit de phobies hystériques avec parmi elles, la plus fréquente étant celle qu’il arrive quelque chose à sa mère. « Où qu’elle se trouva, elle se précipitait vers la maison pour s’assurer que sa mère vivait encore ».
L’analyse de ses trois étapes où le désir de mort se manifesta, agitation, phobies puis seulement dans ses rêves explique, selon Freud, « pourquoi les jeunes filles hystériques sont si souvent attachées de façon exagérée à leur mère ». Ce sont des mécanismes de défense contre ces désirs de mort.



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