Jouissance clitoridienne et jouissance vaginale - Le goût de la psychanalyse Le goût de la psychanalyse

Jouissance clitoridienne et jouissance vaginale

sainte thérèse d'avilaFreud les avait dénommées ainsi : jouissance clitoridienne et jouissance vaginale. Il faudrait les reprendre dans le texte freudien. Je ne sais plus où mais je me souviens qu’au moment où il décrit la façon dont l’une doit céder la place à l’autre, il trouve cette jolie métaphore, il compare la jouissance clitoridienne à la façon dont on doit démarrer un feu de bois à l’aide de petites brindilles, pour pouvoir faire un beau feu de cheminée. C’est la fonction de la jouissance clitoridienne, elle met le feu aux grosses bûches. C’est vrai que, dans le séminaire Encore, Lacan énonce que cette autre jouissance dite vaginale est de l’ordre de la mystique et qu’il essaie de la nommer d’une autre façon, jouissance supplémentaire, jouissance au-delà du phallus ou encore l’autre jouissance, mais il n’empêche qu’il utilise ce terme de jouissance vaginale dans ce chapitre même « Dieu et la jouissance de la femme » (la barré), même si c’est pour le regretter. C’est au bas de la page 69 : «  Bien entendu, tout ça dans le discours, hélas, de Freud comme dans l’amour courtois est recouvert pas de menues considérations sur la jouissance clitoridienne et sur la jouissance qu’on appelle comme on peut l’autre justement, celle que je suis entrain d’essayer de vous faire aborder par la voie logique car il n’y en a pas d’autre. Ce qui laisse quelque chance à ce que j’avance, à savoir que de cette jouissance, la femme ne sait rien, c’est que depuis le temps qu’on les supplie […] je parlais la dernière fois des psychanalystes femmes […] on n’a jamais rien pu en tirer. Alors on l’appelle comme on peut cette jouissance, vaginale, on parle pôle postérieur du museau de l’utérus et autres conneries, c’est le cas de le dire ».
C’est là qu’il embranche en effet sur l’expérience mystique. Cependant, les rapports du corps et du signifiant sont pour le moins ambigus. Certes le signifiant marque le corps, s’inscrit sur lui en lettres de feu, mais inversement, le sujet fait de ses propres membres et organes des signifiants et parmi tous ces signifiants corporels, il y a un que Lacan a très souvent utilisé et notamment dans son approche de la sexualité féminine, c’est celui de GAINE et de FOURREAU.
C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai été si émerveillée de retrouver dans cette tragédie de Roméo et de Juliette, cette métaphore au moment même où Juliette, tombant sur le corps de Roméo, se transperce avec son épée et prononce ces dernières paroles «  Oh ! Heureux poignard, voici ton fourreau ».

Il y a plusieurs occurrences de ce signifiant dans les séminaires de Lacan. Je ne les ai pas tous recherchés, mais je me souviens du texte des Ecrits, p. 735. « Propos directifs pour un congrès sur la sexualité féminine ». La formulation est comme le plus souvent énigmatique mais je la cite telle quelle «  pourquoi ne pas admettre en effet que, s’il n’est pas de virilité que la castration ne consacre, c’est un amant châtré ou un homme mort (voire les deux en un) qui pour la femme se cache derrière le voile, pour y appeler son adoration […] Dès lors c’est de cet incube idéal qu’une réceptivité d’étreinte a à se reporter en sensibilité de gaine sur le pénis ».
On peut aussi retrouver ce signifiant dans le séminaire du désir et de son interprétation mais cette fois-ci à propos du rêve dit du chaperon de l’analysant d’Ella Sharpe, il reprend la métaphore de la gaine et du fourreau mais pour y poser la nécessité d’avoir à effectuer pour cet analysant, une véritable circoncision psychique, autrement dit, il faudrait qu’il abandonne, en cours de route, la route de l’analyse, ses identifications féminines, pour s’inscrire du côté des hommes dans la fonction phallique. Là , ce qui joue la fonction de gaine, ce n’est pas la paroi vaginale, c’est son prépuce par rapport à son propre pénis. Séance du 28 janvier 1959.

Voici ce qu’il en dit : «  L’analyste reconnaît avec beaucoup de justesse qu’il s’agit d’une masturbation du sujet que c’est lui qui rêve. Mais que le rêve est l’intention manifestée de la masturber – ajoutant que ceci est un verbe intransitif – nous met suffisamment sur la voie de ceci que le fantasme signifiant dont il s’agit c’est d’une étroite liaison de l’élément mâle et femelle, pris sur le thème d’un enveloppement. Je veux dire que le sujet n’est pas simplement pris, contenu dans l’autre, pour autant qu’il la masturbe, il se masturbe mais aussi bien ne se masturbe pas.
Je veux dire que l’image fondamentale dont il s’agit, qui est là présentifiée dans le rêve, c’est une sorte de gaine, de gant, Ce sont d’ailleurs les mêmes mots, gaine est le même mot que vagin. (Latin gaine, fourreau de l’épée) Voilà deux rencontres linguistiques qui ne sont pas sans signification. Sur la gaine, le gant, le fourreau, il y aura beaucoup à dire du point de vue linguistique car je crois qu’il y a là toute une chaîne d’images qui est extrêmement important de repérer parce qu’elles sont beaucoup plus constantes vous allez le voir, et présentes pas seulement dans le cas particulier mais dans beaucoup d’autres cas ».

Parmi ces autres cas, on peut évoquer notamment celui de Joyce. A propos de Nora, Lacan parle non plus la gaine mais du gant. Nora lui allait comme un gant, comme un gant retourné. Mais je pense aussi à une des versions du fantasme fondamental de l’Homme aux rats, celui selon lequel il était lové dans le corps de sa cousine et profitait ainsi de chaque coït.

En tout cas c’est la fonction de l’analyste d’effectuer, par son interprétation, cette circoncision psychique entre la partie mâle et la partie femelle du sujet « pour lui permettre de faire un pas en avant ».



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