12 - « Papa, reste, ne t'en va pas au galop » - Le goût de la psychanalyse Le goût de la psychanalyse

12 – « Papa, reste, ne t’en va pas au galop »

Freud et le Petit-HansCe dialogue se développe entre Hans et son père à la suite de l’intervention de Freud, son énonciation : « j’ai toujours su qu’un Petit Hans naîtrait un jour qui aimerait tellement sa mère qu’il serait par suite forcé d’avoir peur de son père, et que je l’avais annoncé à son père ». Tout ce qui est mentionné à cette page 121 des cinq psychanalyses est à considérer comme un effet de cette interprétation de Freud.

« Le 3 avril il arrive de bonne heure dans mon lit, écrit le père, tandis que les jours précédents il n’y était plus venu et semblait même fier de cette retenue. Je demande « pourquoi, es-tu donc venu aujourd’hui ? » Hans – quand je n’aurai plus peur je ne viendrai plus. Moi – Ainsi tu viens me trouver parce que tu as peur ? Hans – Quand je ne suis pas avec toi, j’ai peur ; quand je ne suis pas au lit avec toi, j’ai peur. Quand je n’aurais plus peur je ne viendrai plus. Moi – tu m’aimes donc, tu as peur quand quand tu es dans ton lit le matin et c’est pour ça que tu viens me trouver ?
Hans – pourquoi m’as-tu dis que j’aime maman et que c’est pour ça que j’ai peur quand c’est toi que j’aime ? «

Il est astucieux ce petit bonhomme et il conteste, mine de rien l’interprétation de Freud, ou tout au moins, la rectifie. Ce faisant il découvre son ambivalence à l’égard de son père, l’aimer ne l’empêche pas de le haïr et c’est là que gît la source de son angoisse.
Freud commente ce fragment de dialogue père fils.
« Le petit garçon fait ici preuve d’une clarté de vue vraiment rare. Il donne à entendre que pour lui, l’amour pour son père est en conflit avec l’hostilité contre ce dernier à cause de son rôle de rival auprès de sa mère, et il reproche à son père de ne pas avoir jusque là attiré son attention sur ce jeu de forces qui devait se résoudre en angoisse. Le père ne le comprend pas tout à fait, car il ne réussit pendant cet entretien qu’à se convaincre de hostilité du petit garçon contre lui dont j’avais soutenu l’existence au cours de notre consultation.

Ce que souligne Freud, c’est le fait que le Petit-Hans est en avance dans la compréhension de la source de son angoisse par rapport à son père. Celui-ci n’a pas compris ce conflit entre l’amour et la haine qu’il éprouve pour son père. Il a peur de son père mais il a aussi peur pour lui. Ce qu’il y a aussi d’intéressant c’est le lieu de ces dialogues. Tout se passe dans le lit parental. Au début c’était la mère qui y était et que Hans venait rejoindre. Là elle disparaît, est c’est le père qui s’y trouve.

En haut de la page 121, l’échange se poursuit entre Hans et son père et il révèle de drôles de choses quant à ce qui arrivera par la suite, à savoir le divorce de ses parents. Il y est en effet question de départs :
Le petit Hans lui dit « Quand tu n’es pas là, j’ai peur que tu ne reviennes pas à la maison.
Moi – T’ai-je jamais menacé de ne pas revenir à la maison ?
Hans – Toi pas, mais maman. Maman m’a dit qu’elle ne reviendrai plus. ( il avait sans doute été méchant et l’avait menacé de s’en aller.)
Moi – elle a dit ça parce que tu étais méchant ?
Hans – Oui.
Moi – Tu as donc peur que je m’en aille parce que tu as été méchant et c’est pourquoi tu viens me trouver.
Comme je me lève de table après le petit déjeuner, Hans dit « Papa, reste, ne t’en va pas au galop »

L’interprétation de Freud était acceptée par le Petit-Hans avec ce galop du père-cheval.
Ce qui signe cette acceptation c’est son rire à la boutade du père « Tu as peur que le cheval ne te quitte ? »



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