L'homme aux loups entre dermatologues, dentistes et analystes - Le goût de la psychanalyse Le goût de la psychanalyse

L’homme aux loups entre dermatologues, dentistes et analystes

 

Sur deux trois pages les déboires de l’homme aux loups à propos de son nez sont abondamment décrits, Ruth Mack Brunswick[1] ne nous épargne rien mais au milieu de ces nombreux détails j’ai repéré trois points qui ont attiré tout spécialement mon attention :

 

Premièrement le fait qu’il avait  la même attitude de méfiance envers les dentistes, les médecins et les tailleurs. On ne peut s’empêcher au conte de son enfance qui avait joué un rôle par rapport au complexe de castration, le conte du loup et du petit tailleur. Tous des castrateurs.

 

Deuxièmement,  page 277, Ruth évoque une modification de la vie sexuelle de son analysant : « Il revint à son habitude antérieure de suivre des femmes dans la rue. Le lecteur de « l’histoire d’une névrose infantile » se rappellera que notre patient avait eu diverses aventures sexuelles avec des femmes de classe inférieure. A présent il accompagnait souvent des prostituées jusque chez elles où, vu sa peur des maladies vénériennes, il se bornait à se masturber en leur présence. C’était en regardant des images obscènes qu’il avait pendant l’été 1923, commencé à se masturber. Ses relations actuelles avec des prostituées était un pas de plus dans la même direction ».

Est-ce son mode de  « percée vers la femme » que Freud avait décrit à son propos ?

 

Retour sur la question de son nez et la mise en relation de son symptôme avec sa sœur Anna qui avait elle aussi des boutons. p. 277.

« Ce fut le jour de Pâques 1925 que les symptômes du nez firent leur réapparition. Le patient était assis avec sa femme dans un parc lorsqu’il ressentit une sensation pénible dans le nez. Il emprunta à sa femme un miroir de poche et, s’y regardant, y découvrit un grand bouton ». Au cinéma il vit un film «  La sœur blanche ». «  Cela lui rappela sa propre sœur morte depuis tant d’années, et qui peut avant de se suicider, avait exprimé la plainte qui était alors la sienne propre : elle ne se trouvait pas assez de beauté. Il se rappela combien elle aussi s’était tourmentée des boutons qu’elle avait à la figure. Il  rentra chez lui très déprimé. »

 

L’apparition de ces boutons semble donc liée à des identifications féminines, à sa mère, à sa femme, en raison de leur verrue sur le nez, et maintenant à sa sœur à cause de ses boutons. Et là il se confie à nouveau à un  dermatologue et à nouveau il sombre dans le désespoir il ne peut plus vivre ainsi.

Je trouve que l’analyste se perd un peu dans les détails par rapport aux tribulations de l’Homme aux loups en proie à ses boutons et que c’est un peu lassant  mais quand même elle repère un certain nombre d’éléments cliniques qui méritaient en effet d’être notés par exemple celui-ci «  Avec un instrument, il (c’est le dermatologue) pressa le point infecté se trouvant sur le nez du patient : celui-ci poussa un cri et du sang se mit à couler de l’endroit où avait été la glande. Ainsi que son analyse le révéla plus tard, il avait été saisi d’une extase aigue à la vue de son sang coulant sous la main du docteur. Il respira profondément, à peine capable de contenir sa joie. Deux heures auparavant il avait été au bord du suicide, maintenant un miracle l’avait sauvé du désastre ».

 

Le dermatologiste l’avait délivré de son bouton, l’avait sauvé. A noter la dimension subjective de la joie qui accompagne cet acte.

Est-ce qu’il s’agit ainsi d’une nouvelle mise en acte de son  fantasme de renaissance, analogue à celui qu’il mettait en scène lorsque quelqu’un lui administrait un lavement et qu’il expulsait alors une selle ?

En tout cas, pour l’instant, entre toutes ces allées et venues entre dentistes et dermatologues on ne sait pas trop où l’analysant et l’analyste veulent en venir. Il semble que l’analyste elle-même se perde et nous avec elle dans les méandres de la névrose de l’analysant.

 

Un point cependant me semble décisif : l’Homme aux loups avec chacun de ces  spécialistes  n’en avait pas pour son argent. Il ne les payait pas …tout  comme les analystes.

Nous apprenons ce fait page 280. « Tous deux sentaient que le professeur X traitait le pauvre réfugié russe d’une autre manière qu’il avait traité le riche client de Freud ».

Un paragraphe plus loin se trouve cette autre référence à l’argent à propos d’un autre dermatologue qu’il est allé voir à la suite du Docteur X. «  Il fut charmant, et ignorant la situation pécuniaire de notre patient […] il lui demanda pour la consultation ses honoraires usuels. Notre patient qui ne payait absolument rien quand il allait voir le Professeur X, se sentit relevé à ses propres yeux pour avoir payé à nouveau « comme un monsieur ».

 

Du coup je me pose la question de savoir si toutes ces allées et venues ne sont pas un vaste acting out adressé bien sûr à l’analyste pour l’inciter à prendre en considération qu’il souhaite être traité comme un monsieur, un homme et non pas une femme et payer en tant que tel. Mais c’est une simple supposition. En tout cas tous ces dentistes, ces dermatologues et ces analystes ne valent vraiment pas cher : on ne peut pas leur faire confiance ! Il se méfie d’eux et au fond il n’a pas tort. Comme dit le dicton « on ne fait rien pour rien ».



[1] Ruth Mack Brunswick, « Supplément à l’ « extrait d’une névrose infantile » de Freud, in L’Homme aux loups par ses psychanalystes et par lui-même. P. 268.



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