La note de Ruth Mack Brunswick ou comment la vérité sort de la bouche des analysants - Le goût de la psychanalyse Le goût de la psychanalyse

La note de Ruth Mack Brunswick ou comment la vérité sort de la bouche des analysants

 

 

 

Au fond,  les symptômes de Sergeï, son activité quasi-délirante à propos de son nez et de ses dents,   se déploient entre deux repères de temps tous deux en rapport avec Freud, deux interventions de Freud, la première réelle, son opération sur la mâchoire pour tenter d’enrayer l’évolution de son cancer, la seconde une intervention psychique, là aussi dans le réel, celle qui avait consisté à lui demander par lettre  et à nouveau des détails concernant son rêve des loups.

 

Ruth écrit : « C’est dans le courant de l’été 1926 que les symptômes s’épanouirent» et appendue à cette phrase nous trouvons une longue note écrite par elle où elle indique le rôle décisif qu’a joué cette seconde « intervention » de Freud dans leur épanouissement.

 

« Freud écrivit à l’Homme aux loups en 1926, et lui posa quelques questions relatives au rêve des loups. L’Homme aux loups répondit le 6 juin 1926 « Je crois être tout à fait sûr d’avoir rêvé le rêve des loups    exactement comme je l’ai raconté à l’époque ». Il discute ensuite la question d’avoir assisté avant le rêve à l’opéra La dame de pique qui contient quelques éléments qui semblent en rapport avec le rêve. Il affirme cependant que ce n’est pas vraisemblable, encore que la Dame de pique soit le premier opéra auquel lui et sa sœur eussent assisté. A la fin de la lettre il écrit : Deux autres souvenirs d’enfance me sont récemment revenus en mémoire, mais ils n’ont aucun rapport avec le rêve. L’une est une conversation avec le cocher sur l’opération à laquelle ou soumet les étalons, le second est le récit que me fit ma mère à propos d’une parente qui était venue au monde avec six orteils et à laquelle on retrancha le sixième aussitôt après la naissance. Les deux souvenirs ont donc pour thème la castration… Je serais heureux de vous avoir rendu service avec ces informations ».

 

 

Les deux interventions de Freud encadrent bien tous les nouveaux symptômes de l’Homme aux loups. Son opération chirurgicale qui a eu lieu en avril 1923. La seconde intervention : sa lettre à l’Homme aux loups en Juin 1926.  Entre les deux se trouvent aussi les dons d’argent qu’il lui accordait tous les étés.

Alors que dans le corps du texte Ruth Mack Brunswick décrit les mésaventures de l’homme aux loups entre ses médecins, ses dermatologues et ses dentistes, dans une très longue  note elle décrit la responsabilité de Freud dans l’aggravation de ses symptômes.  Je la trouve très courageuse comme analyste, car coincée entre le désir de son analysant et le désir de celui qui a été leur analyste commun, à savoir Freud, elle s’en tire avec beaucoup de lucidité.

Mais voici les coordonnées de temps.

Nous avons déjà repéré que en avril 1923, Freud fut opéré de son cancer de la mâchoire. Que dans le courant de cette même année, Freud lui remit de l’argent et que Sergeï lui trouva très mauvaise mine.

Courant 1924, outre ses problèmes de dents, il souffrit d’une toux légère et consultant un médecin il trouva que lui aussi avait mauvaise mine et se réjouit d’être lui-même en bonne santé. Il pensa «  Comme c’est agréable que moi, le patient, je sois réellement bien portant, tandis que lui le docteur a une maladie grave ». Pour cette pensée, il estima mériter une punition et il eut aussitôt un bouton sur le nez. C’est donc le début de l’éclosion de ses symptômes localisés aux dents, au nez, et à nouveau à l’intestin, puisque sa constipation a repris elle aussi de plus belle.

 

Ruth nous l’indique « c’est pendant l’été 1926 que ses symptômes s’épanouirent ». C’est là qu’elle place en note ce qu’il en a été de la responsabilité de Freud dans la recrudescence de ses symptômes.  Il a envoyé une lettre à l’Homme aux loups où il lui demande à nouveau des renseignements sur son rêve des loups. Nous ne saurons jamais ce qui tracassait Freud à ce propos. La seule chose que nous savons c’est qu’il cherchait à savoir s’il avait fait ou non son rêve avant d’avoir vu avec sa sœur Anna l’opéra « La Dame de pique » qui aurait contenu quelques éléments en rapport avec son rêve.

 

L’homme aux loups lui répond dans une lettre datée 6 juin 1926, mais surtout il lui, raconte deux autres souvenirs d’enfance réapparus entre temps  concernant d’une part la castration des étalons, d’autre part, l’histoire d’une cousine qui était venue au monde avec six orteils et qui avait été opérée à la naissance. Donc deux souvenirs de  castration.

 

Toujours dans cette note, Ruth relate une autre lettre, cette fois-ci écrite par l’Homme aux loups, quelques années après, le 11 juin 1957, où il décrit les effets qu’avaient eu cette lettre pour lui : « Il est intéressant de noter que ma lettre au Professeur Freud est datée du 6 juin 1926. En juin de cette année commença ma maladie causée par mon nez, dénommée « paranoïa », à cause de laquelle je fus en traitement chez le docteur Mack. Ce traitement doit commencer quelques jours après la rédaction de  ma lettre au professeur Freud, car ma femme et moi partîmes en vacances le premier juillet 1926 et je me trouvais déjà dans un indescriptible état de désespoir. Si donc j’avais tardé encore quelques jours à répondre aux questions du Professeur Freud, je me serais trouvé dans un état d’esprit qui m’aurait probablement empêché de lui écrire quoique ce soit d’utilisable. Ou bien le début de la « paranoïa »  se trouve-t-elle de quelque manière en relation avec les questions du professeur freud. Ce qui me frappe encore dans ma lettre à celui-ci, c’est qu’il y soit tellement question de castration. Rien d’étonnant que la lettre fût écrite la « veille » de la « paranoïa ».

Liliane Fainsilber



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