Premières notes de lecture d’Inhibition, symptôme et angoisse - Le goût de la psychanalyse Le goût de la psychanalyse

Premières notes de lecture d’Inhibition, symptôme et angoisse




Freud détermine trois sources de l’inhibition, tout d’abord, éviter un conflit avec le ça ou avec le surmoi tandis que la troisième est d’un autre ordre elle survient quand le moi est débordé par d’autres sources d’intérêt, par exemple un deuil à accomplir. Il est comme un capitaliste qui ayant trop investi doit restreindre ses dépenses par ailleurs.

 

« Décidons-nous donc à présenter une interprétation de l’inhibition qui ne laisse plus guère subsister d’énigme dans son concept. L’inhibition est l’expression d’une limitation fonctionnelle du moi qui peut elle-même avoir des origines très différentes. Plusieurs des mécanismes qui interviennent dans cette renonciation à une fonction nous sont familiers, ainsi qu’une tendance générale de cette renonciation.

Dans le cas des inhibitions spécialisées, cette tendance est plus aisée à reconnaître. Lorsque le jeu du piano, l’écriture et même la marche sont soumis à des inhibitions névrotiques, l’analyse nous en montre la raison dans une érotisation trop forte des organes intéressés par cette fonction, les doigts et les pieds. Nous sommes arrivés à penser, d’une manière très générale, que la fonction qu’un organe remplit au service du moi est atteinte, lorsque son érogénéité, sa signification sexuelle, s’accroît. Cet organe se comporte alors, si l’on peut oser cette comparaison quelque peu triviale, comme une cuisinière qui ne veut plus travailler au fourneau, parce que le maître de maison a engagé avec elle une liaison amoureuse. Lorsque l’écriture, qui consiste à faire couler d’une plume un liquide sur une feuille de papier blanc, a pris la signification symbolique du coït ou lorsque la marche est devenue le substitut du piétinement sur le corps de la terre mère, écriture et marche sont toutes deux abandonnées, parce qu’elles reviendraient à exécuter l’acte sexuel interdit. Le moi renonce à des fonctions qui sont à sa disposition, afin de n’être pas contraint à entreprendre un nouveau refoulement, afin d’éviter un conflit avec le ça.

D’autres inhibitions se produisent visiblement au service de l’autopunition, ce qui n’est pas rare pour celles qui portent sur les activités professionnelles. Le moi n’a pas le droit de faire telles choses, parce qu’elles lui apporteraient profit et succès, ce que la sévérité du surmoi lui a refusé. Dans ce cas, le moi renonce également à ces activités pour ne pas entrer en conflit avec le surmoi.

Les inhibitions plus globales du moi obéissent à un mécanisme différent, qui est simple.

Lorsque le moi est soumis à une tâche psychique d’une difficulté particulière, comme par exemple à un deuil, à une répression considérable des affects, à la nécessité de contenir l’émergence incessante de fantasmes sexuels, il connaît un tel appauvrissement de l’énergie dont il disposait, qu’il se voit contraint de restreindre sa dépense sur plusieurs points à la fois, comme un spéculateur qui a immobilisé ses capitaux dans ses placements.

J’ai pu observer un exemple instructif de cette inhibition globale, intense, et de courte durée, chez un obsédé qui succombait à une fatigue paralysante pouvant durer d’un à plusieurs jours, à des occasions qui, manifestement, auraient dû provoquer un accès de fureur. Il doit être possible, à partir de là, de trouver un chemin menant à la compréhension de l’inhibition globale qui caractérise les états dépressifs et le plus grave d’entre eux, la mélancolie ».

 

Rappelons aussi la façon dont l’inhibition est étroitement nouée à l’angoisse et au symptôme et que c’est par le biais de ce nouage qu’on peut repérer ce qu’il en est de la structure de la phobie mais aussi comment elle est au cœur, cette phobie, des deux autres névroses : hystérie et névrose obsessionnelle :

« Il ne peut nous échapper longtemps que l’inhibition est en relation avec l’angoisse. Bien des inhibitions sont manifestement des renonciations à une fonction motivées par le fait que son exercice provoquerait un développement d’angoisse. Chez la femme une angoisse directement liée à la fonction sexuelle est fréquente; nous la rangeons dans l’hystérie, de même que le symptôme de défense qu’est le dégoût, qui, à l’origine, s’installe comme une réaction après coup à l’acte sexuel vécu d’une manière passive et plus tard survient à l’occasion de la représentation de cet acte. Un grand nombre d’actions compulsives aussi se révèlent des précautions et des garanties prises contre une expérience sexuelle et sont donc de nature phobique. »

 

D’après ce qu’en dit Freud l’inhibition est donc faite pour éviter l’angoisse, l’angoisse est liée au surgissement de ce conflit entre le moi et le ça ou entre le moi et le surmoi. Freud la définit comme un signal dans le moi de l’existence de ce conflit. C’est l’angoisse qui provoque le refoulement, la motion pulsionnelle refoulée soit disparaît complètement soit réapparaît dans la moi sous forme de symptôme. Nous voyons donc bien comment les trois, inhibition, symptôme angoisse sont intriqués, articulés l’un aux deux autres.

 

Ce nouage entre cette triade, inhibition, symptôme, angoisse, a été repris par Lacan avec l’aide du nœud borroméen.

 

Pour le saisir il faut partir d’un peu plus loin : Lacan a posé comme équivalents à chacun des ronds de ficelle du nœud borroméen, l’ouverture de ce rond qui devient ainsi une droite qui ne se rejoindrait qu’à l’infini. Cette droite et ce rond de ficelle délimitent ainsi entre eux un espace (vous retrouverez ces précisions dans cette première séance de RSI)

 

C’est dans trois de ces espaces que Lacan va inscrire respectivement avec l’imaginaire, l’inhibition, avec le symbolique, le symptôme et avec le Réel, l’angoisse.

 

A noter que cet espace ainsi délimité va en quelque sorte rejoindre la surface de l’un des deux autres ronds. Le symptôme va balayer l’espace du réel, l’inhibition vient s’insérer dans trou du symbolique tandis que l’angoisse vient interférer dans l’espace de l’Imaginaire. C’est cette interférence dans l’imaginaire qui justifie sans doute cette définition de l’angoisse que donne Freud : « l’angoisse est un signal qui surgit dans le moi ».

 

Voici comment Lacan décrit ces trois champs dans la première séance du séminaire RSI.

 

« Un point que je suggère est d’ores et déjà celui-ci, pour revenir à Freud, c’est à savoir ce quelque chose de triadique, il l’a énoncé Inhibition, Symptôme, Angoisse […] je dirai que l’inhibition, comme Freud lui-même l’articule, est toujours affaire de corps, soit de fonction. Et pour l’indiquer déjà sur ce schéma, je dirai que l’inhibition, c’est ce qui quelque part s’arrête de s’immiscer, si je puis dire, dans une figure qui est figure de trou, trou du Symbolique. Nous aurons à discuter cette inhibition pour savoir si ce qui se rencontre chez l’animal, où il y a dans le système nerveux des centres inhibiteurs, est quelque chose qui est du même ordre que cet arrêt du fonctionnement en tant qu’imaginaire, en tant que spécifié chez l’être parlant, s’il est concevable que quelque chose soit du même ordre, à savoir la mise en fonction dans le névraxe, dans le système nerveux central, d’une activité positive en tant qu’inhibitrice. Comment est-il concevable que l’être présumé n’avoir pas le langage se trouve conjoindre dans le terme d’inhibition quelque chose du même ordre que ce que nous saisissons là, au niveau de l’extériorité du sens, que ce que nous saisissons là comme relevant de ce qui se trouve en somme extérieur au corps, à savoir comme surface pour la topologiser de la façon dont je vous ai dit que c’est assurément seulement sur deux dimensions que ceci se figure, comment l’inhibition peut avoir affaire à ce qui est effet d’arrêt qui résulte de son intrusion dans le champ du Symbolique.

Il est, à partir de ceci, et pas seulement à partir, il est tout à fait saisissant de voir que l’angoisse, en tant qu’elle est quelque chose qui part du Réel, il est tout à fait sensible de voir que c’est cette angoisse qui va donner son sens à la nature de la jouissance qui se produit ici (sous a) du recoupement mis en surface, du recoupement eulérien du Réel et du Symbolique.

Enfin, pour définir le troisième terme, c’est dans le symptôme que nous identifions ce qui se produit dans le champ du Réel. Si le Réel se manifeste dans l’analyse et pas seulement dans l’analyse, si la notion de symptôme a été introduite, bien avant Freud par Marx, de façon à en faire le signe de quelque chose qui est ce qui ne va pas, dans le Réel, si en d’autres termes, nous sommes capables d’opérer sur le symptôme, c’est pour autant que le symptôme est l’effet du Symbolique dans le Réel. C’est pour autant que ce Symbolique, tel que je l’ai dessiné ici, doit se compléter ici, (et pourquoi est-ce extérieur? c’est ce que j’aurai à manipuler pour vous dans la suite) c’est pour autant que l’inconscient est pour tout dire ce qui répond du symptôme. C’est pour autant que ce nœud, ce nœud, lui bien réel quoique seulement reflété dans l’Imaginaire, c’est pour autant que ce nœud rend compte d’un certain nombre d’inscriptions par quoi des surfaces se répondent, que nous verrons que l’inconscient peut être responsable de la réduction du symptôme ». R.S.I. séance du Leçon I, 10 décembre 1974.

 

 

 

Ce qui me parait déjà très intéressant à souligner en relisant ce texte de Freud avec à l’arrière-plan la façon dont Lacan les a indiqué comme fonctionnant sur le nœud borroméen, c’est le fait que cela met bien en évidence à quel point ce nœud borroméen représente certes la structure du sujet, mais avant tout la structure d’une névrose.

 

Comme on le lit déployé dans le texte de Freud, l’inhibition protège de l’angoisse, celle-ci provoquant le refoulement permet la formation du symptôme, symptôme qui est en première instance un symptôme phobique laquelle phobie est rangée par Freud au titre d’hystérie. Par contre les mesures d’évitement des actions compulsives sont elles définies comme étant de nature phobique. Cela fait un drôle d’emboitement, différent de celui déjà repéré par Freud dans l’Homme aux loups, puisque au départ chez lui, il y avait eu certes son rêve des loups, mais aussi le noyau hystérique de sa névrose obsessionnelle. Ce n’est plus une névrose en gigogne phobie, hystérie, névrose obsessionnelle. Ce qui est possible c’est le fait que seules les mesures d’évitement de la névrose obsessionnelle soient considérées comme étant de nature phobique, en somme ce que Freud nomme les formations réactionnelles. Elles sont en effet là pour éviter l’angoisse, l’angoisse que provoque le conflit avec le ça, à savoir les pulsions hostiles qui demandent à s’exprimer.

 

 

 

 

 

 

 

 



Un commentaire sur “Premières notes de lecture d’Inhibition, symptôme et angoisse”

  1. Bruno de Florence dit :

    Dans un article publié en 1923 à propos de l’analyse des enfants, Mélanie Klein repère la même chose:  » en psychanalyse nous trouvons fréquemment le fait que l’inhibition du talent est déterminé par un refoulement opérant sur les idées libidinales associées à ces activités mêmes, et donc en même temps sur les activités elles-mêmes ». (ma traduction, pour référence: Klein, Infant Analysis, 1923, dans The International Psycho-Analytical Library, No 34). L’article de Freud est de 1926.

    J’ai eu l’occasion de discuter de ceci dans notre groupe de lecture à Londres sur le seminaire 7 de Lacan. Quelques participants travaillent dans le secteur éducatif, et sont très intéressés par la possibilité d’une « pédagogie lacanienne ».

Laisser une réponse à Bruno de Florence

*