« La névrose a pour issue la destruction du complexe d’Œdipe » - Le goût de la psychanalyse Le goût de la psychanalyse

« La névrose a pour issue la destruction du complexe d’Œdipe »

Je livre à votre méditation ce passage d’inhibition, symptôme et angoisse, à la fin du chapitre VI :  « Etudier la formation de symptôme, dans d’autres affections que les phobies, l’hystérie de conversion et la névrose obsessionnelle, serait infructueux, car nous en savons trop peu à leur sujet. Mais l’examen critique et comparé de ces trois névroses fait apparaître un problème d’importance et qui ne saurait plus être ajourné. Chacune de ces trois névroses a pour issue la destruction du complexe d’Œdipe et nous admettons que dans toutes les trois l’angoisse de castration est ce qui conduit le moi à se dresser contre le processus pulsionnel du (moi) ». Ici, c’est un lapsus sans doute du traducteur. Bien sûr il faut lire « le processus pulsionnel du ça ».

Donc, premier point, nous sommes en 1925 et pourtant Freud déclare en quelque sorte forfait quant à son approche des deux autres structures, psychose et  perversion, alors qu’il a pourtant déjà écrit son texte sur le Président Schreber mais n’a pas trouvé le mécanisme spécifique qui détermine le phénomène psychotique.

 Mais le second point important est celui de la « destruction » du complexe d’Œdipe comme issue de la névrose. Il reprend ainsi ce qu’il avait déjà abordé dans un autre texte de 1923, sur « La  disparition  du complexe d’Œdipe ». A propos de cette disparition, il écrit «  Je ne vois aucune raison de refuser le nom de « refoulement » au fait que le moi se détourne du complexe d’Œdipe bien que des refoulements ultérieurs se produisent la plupart du temps avec le concours du surmoi, lequel n’est ici qu’en formation. Mais le procès que nous avons décrit est plus qu’un refoulement, il équivaut, si les choses se produisent de manière idéale, à une destruction et à une suppression du complexe. Nous sommes portés à admettre que nous sommes tombés, ici, sur la ligne frontière jamais tout à fait tranchée entre le normal et le pathologique ».

Sur cette frontière, en effet, ne devrait-on pas plutôt parler d’une tentative de destruction plutôt  que d’une destruction effective ? Ce qui le laisse penser c’est justement le fait que le retour du  refoulé lui-même apporte un démenti à cette destruction. Le désir inconscient ne s’en laisse pas pour autant compter malgré la présence de l’angoisse de castration. Il fait quand même retour et insiste pour y être reconnu.

Cette frontière entre le normal et le pathologique peut être définie par le fait que la métaphore paternelle jouerait à plein son rôle, pour le normal, tandis que pour le pathologique, elle aurait besoin de l’appui, de l’aide, de la suppléance de la métaphore symptomatique, par exemple celle de la phobie du Petit Hans. Mais ne sommes nous pas tous des névrosés ? Nous avons donc tous besoin de l’appui du symptôme. Même Freud et même Lacan n’ont pu y échapper.

 Avez-vous vu ce film qui vient de sortir en salle « Guillaume et les garçons, à table ». Sur cette parole de la mère, s’édifie une très belle métaphore de cette traversée de l’Œdipe et également de sa destruction, pour l’Œdipe masculin. Tout y est, l’identification féminine de Guillaume dans son désir de coïncider à l’objet du désir de sa mère, son désir d’être le phallus, l’ épreuve de son rapport avec des hommes qui le mettent en grand danger d’être violé et castré et qui lui font prendre la poudre d’escampette, le guérissant à jamais de sa fausse homosexualité,  puis son choix amoureux d’une femme, qui fait que la formule de la mère s’inverse soudain puisqu’elle devient dans la bouche de l’une de ses amies « Guillaume et les filles, à table ! ». Guillaume a même cette jolie formule «  cela nous arrangeait tous les deux : ma mère avait une fille (elle avait déjà trois garçons avant lui) et moi j’étais unique et privilégié par rapport à mes frères. Le père est présent. Il exige que Guillaume porte des vêtements de garçon, malgré son désir de se déguiser en fille. C’est un film à voir et à déchiffrer soi-même.

 Une des premières chansons que j’ai apprises à l’école maternelle, c’était « bonjour Guillaume, as-tu bien déjeuné ? –Oh oui, madame, j’ai mangé du pâté, du pâté d’alouettes, Guillaume et Guillaumette, chacun s’embrassera et Guillaume restera ».  Peut-être est-ce cette chanson qui a inspiré l’auteur du film.

 Pour en revenir à la question de cette destruction de l’Œdipe, certes l’angoisse de castration qui provoque le symptôme pose à sa façon l’interdit, un interdit qui est la condition de la naissance du désir, mais il n’en reste pas moins vrai que Lacan parlait de la « jouissance fourrée du symptôme », c’est une jouissance qui s’est en quelque sorte fourvoyée et qui aurait besoin d’être libérée, dégagée, ce qui est sans nul doute le but de l’analyse.

Liliane Fainsilber



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