Freud

Le transfert comme « transcription d’une langue dans une autre »

Le chapitre VI de l’Interprétation du rêve est intitulé «  Le travail du rêve ». Dans les chapitres précédents, Freud partait toujours du texte du rêve, de son contenu manifeste pour tenter d’y retrouver ce qu’il appelle « les pensées du rêve ». Dans ce chapitre, il inverse la démarche, il part en effet des pensées du rêve pour décrire comment elles trouvent à s’exprimer et quels sont les mécanismes qui sont à l’oeuvre dans la formation du rêve, sa fabrication sous forme de rébus.Nous y retrouverons à la fois le rêve de la monographie botanique que Freud va utiliser à nouveau pour expliciter ce qu’est ce mécanisme du rêve de la « condensation », puis un nouveau rêve que Freud lui-même à intitulé «  Un beau rêve ». Il est en effet très beau. Il y est question de pommes sur un pommier. Dans le bureau de Lacan, ses analysants avaient devant les yeux, allongés sur le divan, un petit tableau que j’aimais beaucoup, un pommier avec ses pommes dans une très verte prairie.

Un rêve de Freud, « orateur perpétuel faisant de l’obstruction au parlement »

Les rêves qui se trouvent dans ce nouveau chapitre, page 309 de la version J.P Lefebvre, ne sont là que pour mettre en évidence le fait que les rêves sont toujours égoïstes et sont des célébrations du Moi du sujet. C’est toujours lui le héros du rêve.

Celui que Freud décrit, page 310, rappelle un peu le rêve de la monographie botanique. Là encore c’est un livre exposé dans la vitrine d’un libraire qui provoque son rêve : « Le nom de la nouvelle collection est : orateurs (ou discours) célèbres, et le numéro 1 de la série porte le nom du docteur Lecher. » Comme ce fragment du texte est mis en italique, cela suppose que c’est le texte même du rêve. Il est donc très court.

Dans l’analyse de ce rêve, Freud s’étonne de l’intérêt qu’il porte à ce dénommé Lecher. Il le définit en effet comme « l’orateur perpétuel de l’obstruction allemande au parlement ». C’est donc un incorrigible parleur ou orateur mais qui ne le fait que pour empêcher les autres de parler. De fait, ce Lecher,  c’est lui,  Freud, obligé de parler plusieurs heures par jour avec de nouveaux analysants.

Comment Cécilia M. confia à Freud le secret de fabrication du symptôme hystérique

Le moment est maintenant venu de vous parler  de celle qui fut pour Freud une vrai Matahari venue des pays de l’inconscient, cette dénommée Cécilia M, celle qu’il appelait dans l’une de ses lettres à Fliess, « son seul maître es Hystérie ».

Alors que ce sont d’autres hystériques qui occupent le devant de la scène, parmi elles, Emma, Catharina ou Lucy, nous ne retrouvons sa présence discrète, mais pourtant essentielle, que dans quelques notes, et quelques pages, toujours donc un peu en marge de ces études sur l’Hystérie.

Il vaut pourtant la peine de la découvrir car Freud souligne le fait que de tous les cas qu’il a décrit, il a  pu rassembler à partir de son histoire clinique, les preuves les plus convaincantes du mécanisme psychique des phénomènes hystériques.

A fleur d’inconscient

0Je m’appelle Liliane Fainsilber. J’ai exercé pendant près de vingt ans la médecine générale à Mantes la jolie, une petite ville de la vallée de la Seine qui était en ces années 70 très prospère. A0près avoir fait une psychanalyse avec Jacques Lacan, je suis devenue psychanalyste.

Je suis maintenant une vieille dame mais, comme je m’intéresse toujours à cette surprenante invention de Freud, une de mes petites filles m’a suggéré, il y a quelques mois, d’enregistrer des podcasts pour y parler de psychanalyse, une psychanalyse que je souhaite légère et même gaie. Aussitôt dit aussitôt fait, autant profiter des occasions que nous offre le dit progrès. Je me lance donc dans cette entreprise. J’espère que vous la partagerez avec moi. Je partirai de cette question qui est importante à savoir que la psychanalyse ne peut pas seulement s’apprendre dans les livres ou à l’université. On ne peut devenir psychanalyste qu’après avoir été analysant.

Si les textes freudiens qui sont à la base de cette invention première doivent être lus
mot à mot et si les textes d’autres analystes et bien sûr, parmi eux, les séminaires de Lacan, doivent être déchiffrés, ce ne peut être qu’en raison des effets de transfert qu’ils provoquent, c’est à dire des nouvelles énonciations qu’elles permettent. Ainsi il ne peuvent être mesurés et appréciés qu’à l’aune du savoir inconscient de leurs lecteurs.

Les concepts de cette nouvelle science inventée par Freud ne sont mis à l’épreuve que
dans l’analyse de chaque analysant.

Une grande déréliction de la fonction paternelle dans le champ social

Freud de son temps avait évoqué, dans l’un de ses ouvrages, les malaises de la civilisation. Nous  évoquons, nous aussi souvent, ces malaises de la civilisation à l’époque où nous vivons. Sont-ils tellement différents ? Une approche analytique peut certes en être tentée et notamment  avec ce terme que Lacan évoquait, celui d’une forclusion du Nom du père dans le champ social, ce qui est un terme très fort puisque cela fait référence à la structure de la psychose, il donne pour cause de cette forclusion  une  perte de la dimension de l’amour et notamment perte de ce qu’on peut appeler une perte de la dimension de l’amour de transfert.

Pour le démontrer (c’est dans le séminaire des non dupes errent)  il décrit la façon dont se monnaye ce Nom-du-père encore appelé par lui métaphore paternelle. Ce terme même de monnayage implique bien sûr tout un système d’échanges, pour ne pas dire de trocs.  Pour avoir la chance de pouvoir porter  le nom de son père,  je dirais de plein droit,  tout  passe par la parole de la mère. De ce monnayage, elle se trouve être en effet l’indispensable intermédiaire ou médiatrice. D’elle,  dépend la réussite ou l’échec de cette brûlante négociation.

Lacan le formule ainsi «  le défilé du signifiant par quoi passe à l’exercice ce quelque chose qui est l’amour, c’est très précisément ce nom du père qui est non, n, o, n, qu’au niveau du dire, et qui se monnaye par la voix de la mère dans le dire non d’un certain nombre d’interdictions ».

Le rêve de la « petite faiseuse d’anges »

Ce rêve sert d’exemple dans l’un des paragraphes de rêves typiques, des rêves de mort concernant des personnes chères. Tout comme le rêves de nudité doivent être accompagnés de gène, ceux de mort concernant les personnes chères doivent être eux aussi accompagnés de chagrin voire de larmes. Le désir exprimé dans ces rêves est bel et bien un désir de mort à l’égard de ces personnes pourtant aimées. Avant de présenter au titre d’exemple ce rêve de la petite faiseuse d’anges, Freud consacre deux ou trois pages à décrire ce qu’il en est de la jalousie infantile à l’égard des frères et sœurs et déploie toute une argumentation pour convaincre ses lecteurs de la réalité de ces désir de mort. «  Bien des gens qui aujourd’hui aiment leurs frères et sœurs et se sentiraient dépossédés par leur disparition, portent à leur rencontre dans leur inconscient, depuis une période précoce, de méchants désirs qui arrivent à se réaliser dans les rêves.

Un rêve de Freud surpris en tenue négligée par une servante

Ce rêve introduit toute une catégorie de rêves typiques concernant la nudité. Il se trouve toujours dans le chapitre « Matériau et sources du rêve » p. 278. Il écrit : «  Un jour je me suis épuisé à essayer de comprendre ce que pouvait bien signifier la sensation d’immobilisation, l’impression de ne pas pouvoir bouger d’un pouce […] dont on rêve si fréquemment et qui est si proche de l’angoisse. La nuit suivante je fais le rêve suivant : je sors en tenue très incomplète d’un logement au rez-de-chaussée et passe par l’escalier à un étage supérieur. Je grimpe trois marches à chaque fois, heureux de pouvoir monter des escaliers aussi agilement. Soudain je vois qu’une servante descend les escaliers et vient donc à ma rencontre. J’ai honte, voudrais me hâter, et c’est alors qu’intervient cet état d’immobilisation, je reste collé aux marches et ne bouge pas d’un pouce ».

Rêve « Le pape est mort »

«  Le Pape est mort ». Tel est le contenu manifeste de ce rêve, son texte, son récit. Ce doit être le rêve le plus court de tous les rêves de son livre (dans le chapitre « les sources somatiques du rêve ». Freud mentionne qu’il n’a pas de contenu visuel, c’est donc dire qu’il n’est pas arrivé au figuratif et donc n’a pas pris la forme de rébus. C’est donc un drôle de rêve, et de plus il ne peut pas l’interpréter tout seul. C’est Martha qui lui en livre la solution : les cloches du petit village du Tyrol où ils sont en vacances ont sonné à toute volée au petit matin. Freud a rêvé que le Pape était mort pour se venger d’avoir été ainsi dérangé dans son sommeil. Il dit s’être vengé ainsi de ceux qui l’avaient ainsi incommodés, ces «  chrétiens » mais aussi peut-être en écho à cette scène…

De l’objet perdu à l’objet a

Du texte de Freud à celui de Lacan

En 1895, au retour d’un de leur « congrès », Freud envoyait à Fliess un document sans titre qui plus tard a été nommé « Esquisse d’une psychologie scientifique » . En prenant appui sur l’arc réflexe, le couple stimulus réponse, il tentait de décrire de façon cohérente, scientifique, la structure de l’appareil psychique et de rendre compte de son mode de fonctionnement.

Entre perception et conscience, « comme on dit entre cuir et chair », Freud décrit un système psy, qui est le lieu où sont stockées, emmagasinées les traces mnésiques de l’objet, celles qui permettront de le rechercher au moment où le petit sujet en proie à la faim, sous la pression du besoin, alertera par ses cris une personne secourable qui seule pourra procurer à l’enfant les moyens de l’apaiser.
C’est ainsi que l’enfant rencontre, sous la forme de cet être secourable, sa première Autre, son Etrangère.

Et nous nous apercevons alors que ce système Psy, qui n’est autre que ce Freud appellera l’Inconscient, est constitué tout d’abord des traces mnésiques d’une expérience, l’expérience de la satisfaction, donc des traces d’une heureuse rencontre avec l’objet et de ses coordonnées de plaisir, mais aussi d’une épreuve dite « épreuve de la souffrance » quand cet objet vous fait défaut ou que dans cette quête de l’objet, se produit une mauvaise rencontre.

Le rêve de Freud à cheval, alors qu’il souffre d’un furoncle très mal placé

Freud analyse ce rêve avec beaucoup d’humour. Il souffre depuis plusieurs jours de furoncles. Un de ces furoncles de la grosseur d’une pomme se situe à la base du scrotum. Il a tenté de calmer les douleurs en y mettant un gros cataplasme. Ces ingrédients d’origine somatique se retrouvent dans son rêve mais n’en sont pas la cause. C’est ce que Freud tente de démontrer. Il se trouve en effet dans le paragraphe «  Sources somatiques du rêve » et dans le grand chapitre «  Matériau et sources du rêve ».

Voici le début du texte de ce rêve : «  Je monte un cheval gris, intimidé et maladroit d’abord, comme si j’étais simplement posé dessus. Je rencontre alors un confrère P. magnifiquement juché sur sa monture en costume de loden et qui me signale quelque chose ( sans doute que ma position sur le cheval n’est pas bonne). Je me trouve maintenant de plus en plus à l’aise sur ce cheval extrêmement intelligent, mon assise est confortable et je me dis que je suis parfaitement chez-moi là-haut. En guise de selle j’ai une espèce de rembourrage qui comble parfaitement l’espace entre l’encolure et la croupe du cheval… »

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