L’art d’interpréter les obsessions par rapport à l’art d’interpréter les rêves - Le goût de la psychanalyse Le goût de la psychanalyse

L’art d’interpréter les obsessions par rapport à l’art d’interpréter les rêves

Dans le grand texte des cinq psychanalyses, Freud a entrepris de décrire l’Histoire de l’Homme aux rats, faisant ainsi la magnifique approche théorique et surtout clinique de ce qu’est la structure d’une névrose obsessionnelle.

Dans ce texte, il rédige un paragraphe ayant pour titre « quelques obsessions et leur explication »1

Il y est question de la technique d’interprétation des obsessions.

Première règle ne pas se laisser impressionner par leur apparente « absurdité »

Dès les premières phrases de ce paragraphe Freud nous explique que tout comme pour le rêve il ne faut pas se laisser impressionner par l’apparente absurdité et incohérence de ces obsessions : «  On fait bien de ne jamais se laisser troubler, dans cette tâche de la traduction des obsessions, par leur apparente absurdité ; les obsessions les plus absurdes et les plus étranges se laissent résoudre si on les approfondit dûment. »

Au demeurant quoique de plus absurde que l’obsession princeps de Ernst, celle selon laquelle s’il ne remboursait pas l’argent au capitaine David, son père et sa mère (j’ai fait un lapsus que je maintiens) subiraient le supplice des rats.

A propos de cette absurdité dite des obsessions, il faut remarquer aussi que dans l’Interprétation des rêves, Freud consacre un chapitre spécialement aux rêves absurdes et il faut noter qu’ils sont tous pour thème latent les désirs de la mort du père. Ça vaut la peine de les relire2.

« Dans les exemples que nous avons vus jusqu’ici, nous avons rencontré si fréquemment l’absurdité dans le contenu du rêve que nous ne voulons plus attendre pour en rechercher l’origine et la signification. On se rappelle, en effet, qu’elle a été l’argument capital de ceux qui ne considèrent le rêve que comme un produit, dépourvu de sens, d’une activité réduite et fragmentée.

Je vais commencer par examiner quelques cas où l’absurdité du contenu du rêve n’est qu’une apparence qui s’évanouit dès qu’on pénètre mieux le sens du rêve. Ce sont des rêves qui – par hasard, semble-t-il d’abord – ont trait au père mort.

Freud en cite quatre exemples, dont l’un de ses plus beaux rêves, le rêve dit du Comte de Thun.

Freud l’explique ainsi :

«  Les conditions pour la formation de tels rêves s’y trouvent réunis de façon typique. L’autorité paternelle a éveillé la critique de l’enfant, il apprend de bonne heure à voir toutes les faiblesses de son père afin d’échapper à la sévérité de ses exigences ; mais la piété dont s’entoure la personne du père, spécialement après sa mort, rend plus rigoureux la censure qui écarte toute expression consciente de cette critique ».

Dans l’obsession de Ernst : « si je ne rends pas l’argent au capitaine David alors mon père et ma dame subiront le supplice des rats », la dimension d’absurdité, est sinon expliquée, au moins étayée par le fait que celui qui lui enjoint de le rendre, ce capitaine cruel, se trompe complètement. Ernst sait déjà parfaitement que c’est en fait la demoiselle de la poste qui a avancé l’argent de ses lorgnons pour lui, et non pas le capitaine David. Dans la dérision, il fait semblant d’être obligé d’obéir à cette injonction fausse qu’il vit comme un commandement.

Seconde règle : Rattacher cette obsession aux événements de la vie courante.

Donc en apparence on utilise pour interpréter les obsessions, la même technique que celle de l’interprétation des rêves qui consiste à rechercher le petit événement de la veille qui a provoqué le rêve. Ce que Freud appelle « le reste diurne du rêve ». C’est souvent par là qu’il commence.

Il en est de même pour l’obsession, mais on ne peut plus parler de « reste diurne », il s’agit d’événements qui semblent plus marquants et plus déployés dans le temps. Il ne s’agit plus du jour qui précède le rêve, mais de jours, de mois, voire d’années qui précédent l’obsession.

« On trouve la solution cherchée en confrontant les obsessions avec les événements de la vie du patient, c’est-à-dire en cherchant à quelle époque apparaît pour la première fois une obsession donnée, et dans quelles conditions elle a coutume de réapparaître ».

Plus elle est récente, plus elle est facile à interpréter.

Un exemple d’interprétation : L’obsession de se couper la gorge avec un rasoir.

Il se produit, à propos de cette obsession un travail de substitution fort amusant qui démontre, s’il en était besoin, à quel point le suicide est la mise en acte du désir de la mort de l’autre :

Circonstance de la naissance de cette obsession : son amie était partie soigner sa grand-mère gravement malade.

Une obsession surgit sous forme d’un ordre, celui de se trancher la gorge avec un rasoir.

Mais aussitôt il pense «  Non, ce serait trop simple ; Va et assassine (d’abord) la vieille femme. De terreur je tombais par terre ».

Le « d’abord » est rajouté par Freud, c’est donc la seule interprétation qu’il se permet par rapport aux associations de Ernst.

Mais c’est par ce simple rajout qu’il établit un rapport d’effet à cause entre la première proposition, celle de se trancher la gorge, et la seconde, celle d’assassiner la vieille dame qui retient son amie loin de lui.

On avait vu de même, dans le journal, comment alors qu’il n’avait pu occuper une des chambres qui lui convenait, au cours d’un séjour dans une maison de repos, parce qu’elle était déjà occupée, il avait purement et simplement souhaité que cet intrus, l’occupant de cette chambre, meure d’apoplexie, ce qu’il s’était empressé de faire, selon son vœu, et, du coup, pour sa plus grande culpabilité. Comme s’il lui avait suffit de le penser pour que ce souhait se réalise aussitôt.

L’analyse de cette obsession rappelle ce rêve de père mort raconté par Freud dans un article « Formulations sur les deux principes du cours des événements psychiques »3. Un homme qui s’était longtemps occupé de son père, au cours d’une longue maladie, rêvait souvent, dans les quelques mois qui suivirent sa mort, « que son père était de nouveau en vie mais que pourtant « son père était mort mais ne le savait pas ». Freud rajoute là également, une toute petite interprétation, il ne savait pas et heureusement qu’il était mort « selon son vœu », son vœu oedipien, infantile.

1 S. Freud, Cinq psychanalyses, p.220.

2 S. Freud, L’interprétation des rêves p. 363.

3 Résultats, Idées, problèmes, volume I, PUF, p. 135.



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