A propos de la situation familiale de Renée (2) - Le goût de la psychanalyse Le goût de la psychanalyse

A propos de la situation familiale de Renée (2)

 

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Ce qui frappe dans l’exposé que nous en fait Bouvet, c’est la sorte de maîtrise qu’il en a, comme si rien ne lui avait échappé, ni de son Œdipe normal, haine pour la mère et amour pour le père, ni de son Œdipe inversé, avec fixation intense à la mère et haine pour le père en tant qu’il est son objet rival dans cet amour.

Malgré cette critique, on ne que le constater, l’analyste en a quand même repéré l’essentiel :

Vis-à-vis du père :

« Cette femme s’était entièrement identifiée à son père et l’ensemble de sa vie émotionnelle était uniquement polarisée par sa mère ; elle accabla en effet son père de critiques sévères visant sa situation. Il était brigadier de gendarmerie et la fillette rougissait de cet état, qui l’humiliait auprès de ses compagnes … En réalité, derrière ces reproches se dissimulait une agressivité infiniment plus importante, la malade produisit des rêves indiscutables de castration de son père, tel celui-ci par exemple : « je rentre dans la chambre mortuaire de mon oncle (frère du père). C’est écœurant : je vois ses organes génitaux en pleine décomposition »; et les associations fournies n’eurent trait qu’aux circonstances de la mort du père, énoncées sans aucune émotion. »

 Voici donc un des premiers rêves de Renée. Mais nous sommes d’emblée soumis à une sorte de frustration qui ne fera que s’accentuer au fil de l’observation. Car même si Bouvet nous indique le texte du rêve, son contenu manifeste, les associations du rêve ne sont pas indiquées et Bouvet ne nous en livre que sa propre interprétation. Nous apprenons cependant, à propos de ce rêve un événement important : le fait que son père est déjà mort. Mais pour l’instant, on n’en sait pas plus, et notamment pas la date de cette mort.  Autre élément important concernant le père : « Son caractère : il était bon, mais ne savait pas le montrer. Il était chagrin, taciturne, déprimé…. sa situation dans le ménage : il n’avait pu triompher de l’attachement de sa femme à un premier amour, d’ailleurs platonique, il était jaloux et ne rompait son mutisme que pour éclater en scènes véhémentes dont il sortait toujours vaincu… »

Vis-à-vis de la mère :

Effectivement comme le soulignait David, l’événement traumatique a été pour elle la naissance de sa sœur. Elle avait sept ans. C’est là qu’elle a commencé à développer sa névrose :

« Quant à sa mère, si l’investigation analytique montrait d’abord les sentiments négatifs que la malade nourrissait à son égard, elle ne tarda pas à rendre évident l’intérêt passionné qu’elle avait pour elle. Si elle lui reprochait avec véhémence de l’avoir contrainte, soumise à une discipline féroce, empêchée de s’exprimer, de lui avoir interdit toute relation masculine si innocente soit-elle, elle lui en voulait surtout de ne pas l’avoir assez aimée et de lui avoir préféré constamment sa sœur cadette, de 7 ans moins âgée qu’elle. Ses sentiments de jalousie ne sont d’ailleurs pas éteints et Renée ne renonce qu’insensiblement à la certitude de cette préférence affichée par la mère pour sa cadette… Renée était liée à elle sur un plan exclusivement sado-masochique. L’alliance mère-fille jouait ici avec une extrême rigueur et toute transgression du pacte provoquait un mouvement d’une violence extrême, qui, jusqu’à ces derniers temps, ne fut jamais objectivée. Toute personne, s’immisçant dans cette union, était l’objet de souhaits de mort, ainsi que le démontra un matériel abondant, soit onirique, soit infantile, relatif au désir de la mort de la sœur. »

Bouvet précise également ses relations avec son mari et avec ses enfants déjà adultes. Concernant son mari, il décrit ce que Freud avait déjà repéré, le fait qu’une femme répète souvent avec son mari, les relations conflictuelles qu’elle a eu avec sa mère. Dans ce registre, il est peut-être intéressant de prendre en compte le fait qu’elle avait tout fait « pour le castrer ». La relation à la mère en donne en effet un éclairage différent.

Point également intéressant des relations privilégiées avec des femmes maternelles un peu plus âgées qu’elle qui évoquent, je trouve, l’adolescence de la jeune homosexuelle telle que Freud l’avait décrite.

Or c’est à l’une de ces figures maternelles que l’analyste sera plus tard identifié.  Il écrit : « … à l’adolescence, elle éprouva une très violente passion pour une infirmière américaine qui cantonnait près de chez elle. Rien ne permet de croire que cette amitié fut sexualisée mais tout montre qu’elle fut intense ; elle se trouvait très heureuse auprès de cette femme qui, type accompli de la bonne mère, la comprenait, l’aimait, la traitait en égale. Plus tard, l’infirmière partie, elle renoua des relations de ce genre, en général avec des amies plus âgées. »

On pourrait croire retrouver donc dans cette analyse de Renée, ce que Freud avait appelé l’amour gynécophile de Dora pour Madame K. Mais il me semble qu’il y a quand même une différence. Dora admire en Madame K. sa féminité, pour Renée, il faudra le vérifier, mais c’est plutôt quelque chose de l’ordre du maternel qui est encore recherché.

 On peut aussi rajouter dans ce que Bouvet appelle « anamnèse », des souvenirs de jeux sexuels, notamment des lavements donnés par des filles plus âgées. On peut se demander si ce ne sont pas des souvenirs-écrans, tout autant que le souvenir de la séduction par un homme qui la tenait dans ses bras. Là encore, cela renvoie aux souvenirs-écrans d’Ernst quand il se glissait sous les jupes de sa gouvernante pour explorer ses organes génitaux.

Après ce que Bouvet annonce comme une description clinique, l’énumération d’un certain nombre de ses obsessions, puis la situation familiale, Bouvet aborde un paragraphe intitulé « Analyse ».  C’est une analyse en cours, elle dure depuis quatorze mois. Il compte insister sur l’étude du transfert et des rêves.

Je note donc le premier, celui de la décomposition des organes génitaux du père : « Je rentre dans la chambre mortuaire de mon oncle (frère du père). C’est écœurant : je vois ses organes génitaux en pleine décomposition » ; et les associations fournies n’eurent trait qu’aux circonstances de la mort du père, énoncées sans aucune émotion ». De ce rêve bien sûr on ne peut rien dire de plus sauf quand même que la censure n’a pas été très efficace par rapport au contenu de ce rêve. Il ne semble pas avoir suscité d’angoisse. Mais elle a quand même trouvé cela « écœurant». Il me semble que j’aurais peut-être attiré l’attention de cette analysante sur ce mot car de là, beaucoup de choses pouvaient lui faire «mal au cœur » et notamment la mort de son père.



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