17 - L'ennui dans l'analyse - Le goût de la psychanalyse Le goût de la psychanalyse

17 – L’ennui dans l’analyse

Freud et le Petit-HansNous en étions au « Wegen/Wagen » de la page 133 mais j’ai repris quelques pages avant à partir page 130 de l’observation du Petit-Hans, dans les cinq psychanalyses).
Ce commentaire de Freud arrive en effet à point nommé : « L’analyse fait peu de progrès ; son exposé je le crains, va bientôt ennuyer le lecteur. Il est cependant dans toute psychanalyse de telles périodes d’obscurité. Hans va bientôt pénétrer dans une région où nous ne nous attendions pas à le voir aller ».
Je ne sais plus où Lacan parle de la dimension de l’ennui dans l’analyse. Je pense que c’est cette inlassable répétition des événements de notre enfance qui donne cette dimension, ce que Freud appelle le « cent fois sur le métier remettez votre ouvrage ». Je trouve que cette observation du petit Hans en donne la dimension concrète. L’analyse est un travail de patience, aussi bien pour l’analysant que pour l’analyste mais ce travail est quand même ponctué par de nombreuses surprises et ce sont elles qui sont sources de satisfaction pour les deux. Elles sont en effet des points de rencontre entre leurs deux savoirs inconscients qui font symptômes, pour l’analyste, sous la forme de son interprétation et pour l’analysant, comme reconnaissance de son désir inconscient.

Après s’être tellement intéressé à la présence ou non du phallus, le Petit-Hans passe maintenant, dans le registre anal, au thème du loumf et des culottes de sa mère, jaune ou noire, culottes qui sont pour lui objets de dégoût. Pourtant il ne s’agit pas me semble-t-il de culotte en tant que dessous féminin mais plutôt de pantalon. C’est une note du père qui le suggère « Ma femme possède depuis quelques semaines une culotte noire pour faire des promenades à bicyclette. » Elle porte littéralement la culotte.

Il semble que ce soit la couleur qui lui évoque le loumf et provoque son dégoût. Il y a en tout cas apparition de signifiants anaux communs au père et au fils au sujet de la constipation « Dis, est-ce facile du faire loumf lorsqu’on mange du fromage ? » (J’avais un jour dis cela, comme il me demandait pourquoi je mangeais du fromage).
Le père indique alors à Freud que le Petit Hans est constipé : « Il a toujours eu des difficultés à aller à la selle, on doit souvent avoir recours à des laxatifs et à des lavements ».
Il semble que ce soit le fait d’ôter ou de remettre la culotte qui est mis en lien avec les selles.

Mais le père suit sa petite idée et repose toujours les mêmes questions à propos du fait-pipi. C’est là qu’on retombe page 133 sur le Wegen/Wagen, sur le passage entre les deux termes « à cause de » (Wegen) et celui de la « voiture » (wagen).

Nous en étions donc dans le texte de Freud à cette fameuse note « Le terme de « à cause de » a ouverte la voie à l’extension de la phobie des chevaux aux voitures. Il ne faut jamais oublier que l’enfant traite les mots de façon bien plus concrète que ne le fait l’adulte, ce qui donne pour lui aux consonances verbales une tout autre importance. Wegen, à cause de, Wagen, voiture.

Ce que Freud ne souligne pas c’est le fait que ce passage par les signifiants anaux du loumf prépare quand même le thème de la grossesse et de la naissance avec ces voitures à chevaux lourdement chargées. Il précédait en quelque sorte l’apparition de ce thème avec sa constipation… et celle de son père. Avec la nécessité de lui donner des laxatifs et des lavements (qui les lui donnait ?) nous retrouvons comme on pouvait si attendre le symptôme hystérique de l’homme aux loups, sa constipation opiniâtre et le fait qu’il exprimait ainsi son désir d’être aimé du père et d’en recevoir un enfant.
Ainsi avec ce thème nous sommes passés de la première des théories sexuelles infantiles, celle d’après laquelle, tous les êtres humains sont pourvus de phallus, à la seconde, les hommes comme les femmes peuvent avoir un enfant et il naît comme un loumf par l’anus.

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