En temps de guerre mais aussi bien en temps de campagne électorale - Le goût de la psychanalyse Le goût de la psychanalyse

En temps de guerre mais aussi bien en temps de campagne électorale

picasso-guernica-detail3 Une  lettre de Freud adressée à Frederik van Eyden[1] reste d’actualité en ces temps de campagne électorale. On y retrouve deux des  mots de Lacan  qu’il a quelquefois utilisés : « débilité » et «  imbécillité ». Peut-être les avait-il empruntés à Freud : « Elle nous a enseigné encore (la psychanalyse) que notre intellect est une chose débile et dépendante, jouet et instrument de nos penchants pulsionnels et de nos affects, et que nous sommes amenés nécessairement à nous conduire en esprit perspicace ou imbécile selon que nous commandent nos positions comme nos résistances internes ».

 

Vienne, le 28 décembre 1914

Honoré collègue,

Sous l’influence de cette guerre, je me risque à vous rappeler deux affirmations que la psychanalyse a avancées et qui ont certainement contribué à la rendre impopulaire aux yeux du public.

Elle – la psychanalyse – a conclu des rêves et des actions manquées de l’homme sain, comme des symptômes du nerveux, que les impulsions primitives, sauvages et mauvaises de l’humanité n’ont disparu chez aucun individu, mais qu’elles continuent au contraire à exister, quoique refoulées, dans l’inconscient, comme nous le disons dans notre langage technique, et attendent les occasions d’entrer de nouveau en activité.

Elle nous a enseigné encore que notre intellect est une chose débile et dépendante, jouet et instrument de nos penchants pulsionnels et de nos affects, et que nous sommes amenés nécessairement à nous conduire en esprit perspicace ou imbécile selon que nous commandent nos positions comme nos résistances internes.

Et maintenant jetez un regard sur les processus de ce temps de guerre, sur les cruautés et les violations du droit dont les nations les plus civilisées se rendent coupables, sur la manière distincte dont elles jugent leurs propres injustice et celles de leurs ennemis, sur le manque général de discernement, et accordez-moi que la psychanalyse a eu raison dans ces deux affirmations.

En cela elle n’était peut-être pas entièrement originale. Beaucoup de penseurs et de connaisseurs de l’homme ont dit des choses semblables, mais notre science a développé dans le détail ces deux propositions et s’en est servi pour éclaircir de nombreuses énigmes psychologiques.

Je souhaite vous revoir en des temps meilleurs.

Votre cordialement dévoué,

Sigm. Freud

[1] Henri Vermorel, Madeleine Vermorel, Sigmund Freud et Romain Rolland, Correspondance. Puf. p. 153.



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