Eloge de la croupe - Le goût de la psychanalyse Le goût de la psychanalyse

Eloge de la croupe

 

Effets de la scène originaire sur le choix d’objet amoureux de Sergei

En haut de la page 199, Freud énonce qu’il va étudier les relations de la scène originaire au rêve, aux symptômes et à l’histoire de la vie du patient. Dans son histoire interviennent bien sûr ses choix amoureux. Il aborde ce point au milieu de la page 200 et en haut de la page 201.

Ainsi le loup dressé lui rappelait la position de son père au cours de cette scène primitive et Freud y rattache ses inhibitions avec les professeurs, surtout avec celui qui se nommait Professeur Wolf.

Mais cette même position du loup dressé était la source de sa phobie du loup en tant que substitut du père.

En ce qui concerne la spécificité de ces choix amoureux, c’est un autre détail de cette même scène primitive qui en constitue le point de fixation, elle concerne la position de sa mère, dans ce coït dit « a tergo » ou encore « more ferarum ».

Au temps de Freud on utilisait toujours le latin pour évoquer l’inconvenant.

« La manifestation la plus frappante de sa vie amoureuse après la maturité était des accès d’amour sensuel compulsif, qui apparaissaient en séquences énigmatiques et disparaissaient ensuite, déchainaient en lui une énergie gigantesque même en des temps d’inhibition générale et étaient entièrement soustraits à sa maîtrise. »

Freud précise en ce point qu’il doit s’arrêter là pour l’instant dans l’analyse de ce choix d’objet compulsif parce que d’autres facteurs interviennent. Il ne fait en effet qu’ évoquer ce qu’il en est la structure obsessionnelle de cet analysant et de ce qui la caractérise la fixation et la régression au stade sadique anal mais il ne semble pas que ce soit la cause de cette mise en attente, il s’agit d’autre chose, de ce qu’il définit comme « matériel relatif à sa condition d’amour inconsciente ». C’est à vérifier mais je pense qu’il s’agit de la scène avec Grouscha.

Quoiqu’il en soit il décrit déjà en partie ces conditions de jouissance :

« La femme devait avoir pris la position que nous attribuons à la mère dans la scène originaire. Dès sa puberté de grosses fesses bien visibles lui apparurent comme le plus grand attrait de la femme ; un autre position que par derrière ne lui apportait que très peu de jouissance ».

A propos de ces grosses fesses posées comme condition au choix d’objet d’amour, je vous recommande la lecture d’un petit bouquin, paru en poche, écrit par Mario Vargas Llosa sous le titre Eloge de la marâtre. Le texte s’organise comme une série d’arabesques autour de quatre tableaux dont les reproductions figurent au centre du livre. L’un de ces tableaux de Jacob Jordaens a pour titre « Candaule, roi de Lydie, montre sa femme au premier ministre Gygès ». L’un des chapitres du livre, évoquant ce tableau, est consacré à ce fantasme, celui de faire admirer les fesses de sa femme, à son insu, par quelqu’un d’autre, par un tiers.

Le chapitre commence ainsi « C’est moi Candaule, roi de Lydie petit pays situé entre l’Ionie et la Carie, au cœur de ce qu’on appellera des siècles plus tard la Turquie. Ma plus grande fierté en mon royaume, ce ne sont pas ses monts crevassés par la sécheresse ni ses chevriers qui lorsqu’il le faut affrontent les envahisseurs phrygiens, éoliens ainsi que Doriens venus d’Asie, et les taillent en pièces […] non mais la croupe de Lutèce, ma femme.

Je dis et je répète : la croupe. Ni derrière, ni postérieur, ni cul, ne fesses, mais croupe. Car lorsque je la chevauche je suis saisi de cette sensation là : celle de chevaucher une jument tout muscles et velours, nerfs et douceur… » Voici décrit on ne peut mieux ce « more ferarum » « comme les animaux » la position préférée de Sergei pour faire l’amour. J’ai lu que suivant les langues, cette position se réfère soit à la levrette, en français, le chien en anglais ou la brebis, en italien.

Ce roman est très intéressant dans sa composition d’abord parce qu’il prend appui sur ces quatre tableaux mais surtout parce qu’on y découvre la structure quaternaire du mythe individuel du névrosé tel que Lacan l’avait décrit à propos de l’Homme aux rats. Mais je le reprendrais dans un autre contexte.



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