Un aveu de Freud : « J’ai réussi là où le paranoïaque échoue » - Le goût de la psychanalyse Le goût de la psychanalyse

Un aveu de Freud : « J’ai réussi là où le paranoïaque échoue »

 

J’ai retrouvé la lettre de Freud à Ferenczi où se trouve cette célèbre citation de Freud, si souvent reprise « J’ai réussi là où le paranoïaque échoue ».

Elle nous sera très utile notamment quand nous travaillerons le texte de Schreber mais elle est déjà tout à fait utilisable au point où nous en sommes de notre lecture de l’Homme aux loups, puisque nous avons été entrainés aux confins de la névrose et de psychose, entre la névrose du fils et la psychose du père.

C’est la raison pour laquelle j’ai un peu repris le contexte dans laquelle cette phrase de Freud a été écrite.

Tout d’abord elle figure sans doute dans la correspondance Freud et Ferenczi mais elle est aussi citée dans la biographie de Freud écrite par Ernest Jones .

Freud et Ferenczi ont fait ensemble un voyage en Italie. Il semble que leur compagnonnage n’a pas été très harmonieux et a été surtout pour Ferenczi une source de déception. Freud lui en donne un certain nombre de raisons : « Vous avez non seulement observé mais également compris que je n’éprouve plus le besoin de révéler complètement ma personnalité et vous l’avez fort justement attribué à une raison traumatisante. Depuis l’affaire Fliess que j’ai dû récemment m’occuper de liquider, comme vous savez, le besoin en question n’existe plus pour moi. Une partie de l’investissement homosexuel a disparu et je m’en suis servi pour élargir mon propre moi. J’ai réussi là où le paranoïaque échoue. »

De fait Freud se réfère à ce qui était pour lui la cause de la paranoïa de Schreber, « une explosion de libido homosexuelle ».

Pour peu qu’on prête attention à la date de cette lettre on s’aperçoit qu’elle est du 6 octobre 1910. Or c’est exactement dans cette période qu’a eu lieu la rupture de Freud avec Jung mais c’est aussi l’année où Sergei était en analyse avec Freud.

Il y avait ainsi une sorte de connivence de l’analysant et de l’analyste, par rapport à la psychose, Sergei par rapport à son père, Freud par rapport à celui qu’il avait investi de tous les savoirs, Fliess (il faut, à ce propos, se souvenir des fameuses périodes de Fliess de 28 et de 23 jours, périodes auxquelles, un temps, Freud avait cru )

Quoiqu’il en soit cette citation de Freud peut être utilisée par rapport à notre lecture de ‘l’Homme aux loups et par rapport à la construction que proposait David Berton, construction selon laquelle la question que se posait Sergei est, au delà de la réalité de la scène primitive, celle de la psychose de son père. Au fond on pourrait appliquer cette affirmation de Freud à Sergei, lui aussi a essayé de réussir là où son père avait échoué, grâce à l’analyse. Il a essayé mais a-t-il réussi ?



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