Au nom du père du fils et du saint Esprit - Le goût de la psychanalyse Le goût de la psychanalyse

Au nom du père du fils et du saint Esprit

 

 

Nous en sommes p. 222. Nous avons vu que Sergeï s’était identifié au Christ ce qui lui permettait de maintenir sa position masochique féminine par rapport au père. Cela lui avait permis aussi de se dégager de ses identifications féminines et de s’identifier à un homme.

Quant à ses relations à Dieu elles lui permettaient d’exprimer sa haine et sa révolte à l’égard du père. Elles se manifestaient par des symptômes obsessionnels, rituel du soir, celui des baisers aux icônes, blasphèmes « Dieu-Crotte » et « Dieu cochon » (p.221).

 

Mais le troisième terme de la sainte trinité intervient aussi, le Saint Esprit, sous forme de symptômes respiratoires.

Ce sont des commandements expiatoires : « Au cérémonial de piété avec lequel il expiait finalement ses blasphèmes contre Dieu, appartenait aussi le commandement de respirer sous certaines conditions de façon solennelle. En faisant le signe de la croix il devait à chaque fois respirer profondément ou expirer fortement. Souffle dans sa langue veut dire esprit. C’était donc le rôle du Saint-Esprit. Il devait inspirer le Saint Esprit ou expirer les mauvais esprits qu’il connaissait par ouï-dire ou par la lecture. »

 

Il a encore un autre symptôme du même registre, celui d’être contraint d’expirer quand il voyait des malheureux :

« A ces mauvais esprits il attribuait aussi les pensées blasphématoires, pour lesquelles il devait s’imposer tant de pénitences. Il était aussi contraint d’expirer quand il voyait des mendiants, des estropiés, des gens laids, vieux, pitoyables et il ne parvenait pas à mettre cette compulsion avec les esprits. Il ne la justifiait pas autrement à ses yeux qu’il le faisait pour ne pas devenir comme eux ».

 

Grâce à un rêve, Freud put interpréter ce symptôme. Il se rattachait à un souvenir de sa sixième année, lorsqu’il avait été voir son père malade dans un sanatorium « Le père était donc le modèle de tous les estropiés, mendiants et pauvres devant lesquels il devait expirer, comme il est en général le modèle des visages grimaçants qu’on voit dans des états d’angoisse et des caricatures qu’on dessine par dérision ».

Quand il expirait ainsi devant ces représentations qu’il avait du père réel, il s’agissait donc d’un refus de s’identifier à lui. Mais il y a un autre élément qui entre en jeu, c’est à nouveau un élément de la scène primitive, celle de la respiration du père au cours du coït. « Le rpjet de ne pas devenir comme ceux-ci (les mendiants et les estropiés) était donc la vieille identification au père en négatif. En cela, pourtant il copiait aussi le père dans un sens positif, car la forte respiration était une imitation du bruit qu’il avait entendu sortir du père lors du coït ».

Cela nous rappelle également la dyspnée de Dora qui elle aussi pouvait être mise en relation avec sa conception orale de la scène primitive. Mais dans les phrases qui suivent, il me semble que Freud donne encore une autre portée à ce symptôme respiratoire en interrogeant le terme même de Saint Esprit : « Le Saint Esprit devait son origine à ce signe de l’excitation sexuelle de l’homme. Par le refoulement cette respiration devint le mauvais esprit, pour lequel il existait encore une autre généalogie, à savoir la malaria, dont il avait souffert au temps de la scène originaire. » Ainsi la dyspnée, l’essoufflement avait donc une double origine, celle de l’excitation sexuelle du père au cours de la scène primitive et celui qu’avait provoqué la fièvre au cours de son accès de malaria. Or d’après ses souvenirs, les deux causes avaient coïncidés, puisqu’il était atteint de malaria et donc couché dans son lit quand il avait pu assister à la scène primitive.

Il y a encore une autre chaîne d’association qui met en lien ces mauvais esprits avec la scène de séduction par Anna ainsi que ses blasphèmes Dieu-Cochon et Dieu-Crotte. Cette nouvelle chaîne part d’une autre partie de l’histoire sainte celle où « le Christ avaient banni des mauvais esprits dans les pourceaux, qui ensuite se jetèrent dans un précipice, il pensa que la sœur, dans ses premières années d’enfance, avant son souvenir à lui, avait roulé au bas d’un sentier… » C’était donc elle le pourceau : « De là un cours chemin conduisait à Dieu cochon. »

 

On a ainsi toute une constellation signifiante qui part de la scène primitive et de la scène de séduction avec Anna, pour arriver à la série de ses symptômes obsessionnels à savoir d’une part, ses blasphèmes, Dieu-Cochon, et Dieu-Crotte, d’autre part son cérémonial d’expiation, le baiser du soir aux icônes, et aussi ses commandements « En faisant le signe de la croix il devait à chaque fois inspirer profondément ou expirer fortement ».

D’autre part, il expirait fortement devant des mendiants et estropiés en tout genre.

 

Avec ce tableau on peut admirer la logique de Freud, sa rigueur mais aussi le brio de ses interprétations. On ne peut que se poser la question : les analystes d’aujourd’hui sauraient-ils en faire autant ? On ne peut que l’espérer.

 

 

 



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