D’Hamlet à Timon d’Athènes, l’aversion de la sexualité - Le goût de la psychanalyse Le goût de la psychanalyse

D’Hamlet à Timon d’Athènes, l’aversion de la sexualité

 

 

 

Dans l’interprétation des rêves, Freud évoque pour la première fois la tragédie d’Hamlet en la comparant à celle d’Œdipe Roi (p.230). Il souligne le fait qu’entre les deux tragédies le travail de refoulement a eu lieu. Dans Hamlet on ne retrouve plus comme traces de ces  désirs oedipiens que les scrupules de conscience du héros et son impossibilité d’agir. Freud le qualifie d’hystérique ce qui en soit est quand même surprenant puisqu’on ne trouve pas chez lui trace de ce que Freud a qualifié de saut dans le corporel qui caractérise la névrose hystérique mais sans doute Freud a-t-il retenu cette troisième forme d’identification qu’il a décrite, l’identification hystérique au désir de l’Autre,  en tant qu’ Hamlet s’était identifié à son oncle, celui qui avait réalisé son vœu le plus secret, celui de coucher avec sa mère et de tuer son père. Dans la même veine il évoque aussi cet autre symptôme que nous retrouvons chez Dora, celui du dégoût de la sexualité. Freud utilise même le terme d’aversion : « L’horreur qui devrait le pousser à la vengeance est remplacée par des remords, des scrupules de conscience. Il lui semble qu’à y regarder de plus près qu’il n’est pas meilleur que le pécheur qu’il veut punir. Je viens de traduire en termes conscients ce qui doit demeurer inconscient dans l’âme du héros ; si on dit après cela qu’Hamlet était hystérique, ce ne sera qu’une des conséquences de mon interprétation. L’aversion pour la sexualité que trahissent ses conversations avec Ophélie, concorde avec ce symptôme. Cette aversion qui devait grandir toujours davantage chez le poète, dans les années qui suivirent, jusqu’à atteindre son point culminant dans Timon d’Athènes. »

 

Ici on peut remarquer que Freud attribue au poète ce qui était primitivement attribué à son héros, Hamlet. Mais il y a un autre point qui soulève aussi question, c’est le fait qu’en lisant cette tragédie de Shakespeare on ne peut que constater que l’aversion du héros, Timon, est davantage exercée contre tous les humains, plus que contre la sexualité elle-même, Timon est un misanthrope. L’hypothèse que l’on peut faire c’est que, s’il y a aversion de la sexualité, d’une part elle serait de l’ordre anal,  avec toute la dialectique de l’échange, celle de l’or, de l’argent et des cadeaux. Timon en effet est un déçu des liens de l’amitié, car après avoir dépensé sans compter pour les combler de biens et de cadeaux, au point de perdre toute sa fortune, ses amis refusent tous de lui rendre ce qu’il leur avait donné sans compter. Les deux seules femmes qui apparaissent dans cette tragédie sont deux prostituées à qui à nouveau il donne des pièces d’or. Ce sont donc elles aussi des femmes vénales mais il s’agit plus de misanthropie plus que de misogynie.

On peut aussi considérer que si Timon en tant que misanthrope témoignait ainsi de la plus grande aversion envers la sexualité c’est en tant que l’amour et l’amitié étaient les formes sublimées de cette dite sexualité.

Liliane Fainsilber

Timon d’Athènes

http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre4930.html



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