“Nouveau rêve absurde de père mort “

Dans ce rêve ( p. 475, “Le travail du rêve” édition J.P Lefebvre, Essais) Freud exprime tout d’abord sa rancune et ses désirs de mort à l’égard de l’un de ses substituts paternels, Joseph Breuer, celui qui l’avait en quelque sorte abandonné sur les chemins de son invention de la psychanalyse, après avoir écrit avec lui “Etudes sur l’hystérie”. Dans ce même rêve il évoque ensuite le personnage de celui qu’il appelle “le grand Meynert” qui après l’avoir adopté avec sympathie, l’avait ensuite vivement critiqué lorsque de retour de son séjour à Paris et avoir suivi les fameuses leçons du mardi de Charcot, Freud avait voulu faire profiter le milieu médical viennois de ces découvertes notamment celle de l’existence de l’hystérie masculine. Mais il ne rencontra aucun succès.

Voici le texte de ce rêve :

“Je reçois un courrier du conseil communal de ma ville natale concernant les frais de séjour d’une hospitalisation en 1851, rendue nécessaire par une attaque que j’aurais eu. La chose m’amuse bien, car premièrement en 1851 je ne vivais pas encore, et deuxièmement mon père, à qui cela peut se rapporter, est déjà mort. Je vais le trouver dans la pièce à côté, où il est couché dans son lit, et lui rapporte la chose. A ma grande surprise, il se souvient qu’en 1851 il lui est arrivé un jour d’être ivre et qu’il a fallu l’enfermer ou le mettre en garde à vue […] Je lui demande : c’est donc aussi que tu as bu…”

Dans l’analyse de ce rêve Freud nous indique en effet que si le père se trouve être apparemment l’objet de toutes ses railleries c’est parce qu’il est en effet un homme de paille “poussé sur le devant de la scène” alors que l’objet de toute sa vindicte est Josef Breuer.
“Ce rêve, écrit Freud, s’est produit en effet après que j’avais entendu dire qu’un confrère assez âgé, dont le jugement passait pour inattaquable, s’exprimait avec dédain et étonnement sur le fait qu’un de mes patients poursuivait chez moi un traitement psychanalytique pour la cinquième année consécutives. Les phrases introductives du rêve font allusion de manière voilée mais transparente au fait que pendant un certain temps ce confrère avait pris sur lui les obligations de mon père ne pouvait plus assumer ( frais de paiement, séjour à l’hôpital); et que je tombai dans le même conflit affectif que celui qui, dans le cas d’un désaccord entre le père et le fils, est inévitablement ouvert par le rôle et les prestations antérieures du père”
Freud l’indique “les pensées du rêve se défendent avec acharnement contre le reproche qui m’est fait de ne pas avancer plus vite”.

La deuxième partie du rêve, concernant l’ivresse du père, est mise en relation donc avec Meynert qui lui avait avoué un jour s’être drogué, dans sa jeunesse au chloroforme.
Freud écrit “ La personne dont il est ici la couverture n’est rien moins que le grand Théodore Meynert dont j’ai suivi les traces avec un si grand respect et dont le comportement à mon égard, après une brève période de préférence, a basculé dans une hostilité sans fard […] Il me remémore aussi un second épisode vécu peu de temps avant sa fin. J’avais mené avec lui dans la littérature une querelle acharnée au sujet de l’hystérie masculine, dont il niait l’existence, et le jour où je m’étais rendu à son chevet alors qu’il était gravement malade et lui avait demandé comment ça allait, il s’était d’abord attardé à décrire son état puis avez terminé par ces mots : “ Vous le savez bien, j’ai toujours été un des plus beaux cas d’hystérie masculine”

On peut donc dire qu’à la différence de Breuer, Meynert  lui a, même si c’est très tardivement, reconnu la justesse de la théorie freudienne, avec la reconnaissance simultanée de l’existence de l’hystérie masculine, cette hystérie traumatique, celle provoquées par des accidents de chemin de fer. C’est en effet à partir de là, de cette notion du trauma, en la modifiant quelque peu, que Freud bâtira en effet toute sa théorie de l’hystérie et par extension celle de toute névrose.
C’est peut-être pour cette raison,cette reconnaissance tardive qui apporte satisfaction à Freud que Meynert surgit à la fin de son rêve qui exprimait tout d’abord sa rancune envers Breuer et son désir de le voir disparaître. Comme on peut le constater, Freud, à la moindre critique concernant ses essais thérapeutiques, avait la gâchette facile au moins en rêve.

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Navigate