Le petit Hans-Le goût de la psychanalyse Le goût de la psychanalyse

Articles dans la catégorie ‘Le petit Hans’

Comment Lacan introduit, dans l’analyse du Petit-Hans, la « castration symbolique »

samedi 9 janvier 2016

chevalAu cours de la séance du 6 mars 1956, Lacan commence à nous donner son fil de lecture de l’analyse du Petit Hans avec l’aide de son tableau de la frustration, castration, privation. Il y met notamment en avant ce qu’est la castration symbolique effectuée par l’agent qui est le père réel et qui porte sur un objet imaginaire. Où Lacan va-t-il repérer ce qu’est cette castration symbolique ? En un point précis de cette observation, le fantasme du plombier qui est venu lui enlever le derrière et le fait-pipi avec une tenaille et surtout lui en mettre un neuf et un plus beau ( p. 163 des cinq psychanalyses). Il considère et à juste titre que ce fantasme marque « la guérison de sa phobie ».

Voici le fragment du texte de Freud qui le décrit :
« L’après-midi, il se risque pour la première fois dans le Stadepark […] En route, nous rencontrons un omnibus qu’il me montre : « Regarde, une voiture avec le coffre à la cigogne ! ». Si ainsi qu’il est convenu, Hans retourne demain avec moi au Stadtpark, on pourra considérer sa maladie comme guérie.
Le 2 mai, Hans vient me trouver le matin : « Tu sais j’ai pensé aujourd’hui à quelque chose ». D’abord il l’a oublié ; plus tard il le raconte, mais en manifestant une résistance considérable : « le plombier est venu et m’a d’abord enlevé le derrière, avec des tenailles, et alors il m’en a donné un autre, et puis la même chose avec mon fait-pipi. Il a dit laisse moi voir ton derrière, alors j’ai du me tourner et il l’a enlevé et alors il a dit « laisse moi voir ton fait-pipi ».
Le père saisit ce fantasme de désir et ne doute pas un instant de la seule interprétation qu’il comporte »
Je trouve que dans ce fantasme, Freud ne porte pas attention au fait que cette opération castratrice ne porte pas seulement sur le pénis mais aussi sur son derrière et que d’autre part il y a aussi une référence au regard : « fais-moi voir » lui dit le plombier. Quoiqu’il en soit, nous pouvons saisir à partir de ce fantasme ce que Lacan entend à proprement parler et dans le réel d’une cure, par le terme de « castration symbolique »
« Néanmoins je voudrais que ceux d’entre vous qui auront bien voulu se soumettre à cette épreuve, me disent la prochaine fois si quelque chose dans ce qu’ils auront lu ne les frappe pas, qui fait le contraste entre l’étape de départ où nous voyons le petit Hans développer à plein tuyau toutes sortes d’ima­ginations extraordinairement romancées concernant ses relations avec tout ce qu’il adopte comme ses enfants. C’est un thème de l’imaginaire où il se démontre avec une grande aisance, comme en quelque sorte encore dans l’état où il peut prolonger, où c’est tellement même le jeu de leurre avec la mère qu’il prolonge, qu’il peut se sentir tout à fait à l’aise lui-même dans une position qui mêle l’identification à la mère, l’adoption d’enfants et en même temps toute une série de formes amoureuses de toutes les gammes, qui va depuis la petite fille qu’il sert et courtise d’un peu près, qui est la fille des propriétaires de l’endroit de vacances où ils vont, jusqu’à la petite fille qu’il aime à distance, et qu’il situe comme déjà inscrite dans toutes les formes de la relation amoureuse qu’il peut poursuivre avec une très grande aisance sur le plan de la fiction.
Et le contraste entre cela et ce qui va se passer quand après les interventions du père, sous la pression de l’interrogation analytique plus ou moins dirigée du père auprès de lui, il se livre à cette sorte de roman vraiment fantastique dans lequel il reconstruit la présence de sa petite sœur dans une caisse dans la voiture sur les chevaux, bien des années avant sa naissance. Bref la cohérence que vous pourrez voir se marquer massivement entre ce que j’appellerai l’orgie imaginaire au cours de l’analyse du petit Hans, avec l’intervention du père réel.

En d’autres termes, si l’enfant aboutit à une cure des plus satisfaisante, nous verrons ce que veut dire cure satisfaisante à propos de sa phobie, c’est très nettement pour autant qu’est intervenu le père réel qui était si peu intervenu jusque là, parce qu’il a pu intervenir d’ailleurs parce qu’il avait derrière le père symbolique qui est Freud. Mais il est intervenu, et dans toute la mesure où il intervient, tout ce qui tentait à se cristalliser sur le plan d’une sorte de réel prématuré repart dans un imaginaire si radical qu’on ne sait plus même tel­lement bien où on est, qu’à tout instant on se demande si le petit Hans n’est pas là pour se moquer du monde ou pour faire un humour raffiné, et il l’est d’ailleurs incontestablement, puisqu’il s’agit d’un imaginaire qui joue pour réor­ganiser le monde symbolique. Mais il y a en tous cas une chose certaine, c’est que la guérison arrive au moment où s’exprime de la façon la plus claire sous la forme d’une histoire articulée, la castration comme telle, c’est à savoir que « l’installateur » vient, la lui dévisse et lui en donne une autre.
C’est exactement là que s’arrête l’observation. La solution de la phobie est liée à si on peut dire, la constellation de cette triade intervention du père réel, et nous y reviendrons la prochaine fois, tout soutenu et épaulé qu’il soit par le père symbolique. II entre là-dedans comme un pauvre type. Freud à tout instant est forcé de dire : c’est mieux que rien, il fallait bien le laisser parler, surtout dit-il – et vous le trouverez au bas d’une page comme je vous l’articule – « ne comprenez pas trop vite », et ces questions avec lesquelles il le presse. Manifestement, il fait fausse route. N’importe, le résultat est scandé par ces deux points : l’orgie imaginaire de Hans, l’avènement si on peut dire de la castration pleinement articulée comme ceci : on remplace ce qui est réel par quelque chose de plus beau, de plus grand. L’avènement, la mise au jour de la castration est ce qui met à la fois le terme à la phobie, et ce qui montre, je ne dirais pas sa finalité, mais ce à quoi elle supplée.
Il n’y a là, vous le sentez bien, qu’un point intermédiaire de mon discours, simplement j’ai voulu vous en donner assez pour que vous voyiez où s’étage, où s’épanouit son éventail de question. Nous reprendrons la prochaine fois cette dialectique de la relation de l’enfant avec la mère, et la valeur de la signification véritable du complexe de castration » .

8- Le fantasme des deux girafes

vendredi 21 novembre 2014

 

 Ce fantasme est une étape essentielle de ce que Lacan a appelé cette « phobie en marche ». Il est mentionné page 116 et 117 des cinq psychanalyses. Dans la nuit du 26 au 27 mars, donc plus de trois mois après le début de ses troubles, le père du Petit Hans rapporte ainsi ce fantasme de deux girafes : …Lire la suite

6 – Investigations sur l’existence du fait-pipi et les affres du complexe de castration du Petit-Hans

samedi 18 octobre 2014

Nous en sommes au chapitre II qui a pour titre «  Histoire de la maladie et analyse », et au second sous-chapitre, à la page 110 des cinq psychanalyses. L’histoire de la maladie est composée des notes que le père du Petit-Hans faisait parvenir à Freud et bien sûr accompagné de ses commentaires. Ces notes sont datées et d’ailleurs divisées en sous-chapitres. Les premières que nous avons déjà relues sont datées des premiers jours de janvier de l’année 1908. lElles relatent l’apparition de sa phobie. Elle a été précédée d’un rêve d’angoisse. Il ne peut pas sortir dans la rue parce qu’il a peur qu’un cheval ne le morde. Nous avons déjà mis en place la triade, inhibition, symptôme, angoisse. …Lire la suite

Première apparition de ce que Freud nomme complexe de castration dans les « Trois essais sur la théorie de la sexualité »

mercredi 3 septembre 2014

Chacune des cinq psychanalyses a à trouver place dans l’ensemble de l’oeuvre freudienne. Ainsi l’analyse de Dora devait avoir primitivement pour titre « Rêve et hystérie » et se trouvait être un complément à « L’interprétation des rêves ». De même l’analyse du Petit Hans, comme Freud nous l’annonce, prend la suite des « Trois essais sur la théorie de la sexualité ». Ces derniers datent de 1905 et le Petit Hans de 1909. …Lire la suite

Les trois pères dans la traversée de l’Œdipe

vendredi 25 avril 2014

 

Nous pouvons  déjà repérer dans ces séances consacrées à la métaphore paternelle ‘dans le séminaire des Formations de l’inconscient,  que Lacan explore toutes les  questions que soulève l’Œdipe, celle bien sûr de la névrose, avec au coeur de celle-ci, les difficultés théoriques et cliniques que pose l’Œdipe dit inversé, celui où le sujet, le garçon, souhaite être aimé de son père comme une femme, dans une position féminine passive. Il évoque aussi la question  des perturbations qui se produisent dans le champ de la réalité perturbations qui sont communes, quoique de façon différente, à la perversion et à la psychose.  …Lire la suite

les origines pulsionnelles de nos plus hautes performances intellectuelles

vendredi 21 mars 2014

L’isolation, un des mécanismes de fabrication du symptôme

 

Après l’annulation rétroactive, dans ce chapitre VI d’inhibition, symptôme et Angoisse,  Freud décrit ce qu’il appelle le mécanisme de l’isolation. Il rattache ce mécanisme d’une part à la concentration intellectuelle, d’autre part au tabou du toucher. Comme pour le premier mécanisme décrit, celui de l’annulation rétrospective, Freud décrit d’une part ce qui relève de la structure de la névrose et d’autre part de la « normalité ». …Lire la suite

Une savante métapsychologie de la phobie du Petit Hans (1)

vendredi 10 janvier 2014

Donc dans ce chapitre IV d’Inhibition, symptôme et angoisse, Freud évoque, au titre d’exemple clinique des liens du moi avec le symptôme, les deux phobies du Petit Hans et de l’Homme aux loups. La première phrase mérite d’emblée notre attention «  Commençons par considérer le cas d’une phobie infantile hystérique d’animaux, par exemple le cas du « Petit Hans » ».  La phobie est donc bien rangée dans l’hystérie, alors que nous avions déjà repéré, avec l’Homme aux loups, qu’il y avait toujours un soubassement hystérique à la névrose obsessionnelle. C’est ce qui apporte la preuve de l’existence d’une névrose en gigogne, la phobie en constituant le noyau sur lequel s’édifie l’hystérie puis la névrose obsessionnelle.  …Lire la suite

La formation du symptôme comme substitut de cette motion pulsionnelle refoulée par le moi

dimanche 24 novembre 2013

Jusqu’à la page 11 d’inhibition, symptôme et angoisse, dans ce chapitre II, il était question de la façon dont le moi exerçait son pouvoir sur les motions pulsionnelles venues du ça pour les refouler, quand elles faisaient obstacle au principe de plaisir (le moins de vagues possible) pour cela il lui suffisait d’envoyer un simple petit signal de déplaisir sous forme de l’angoisse. …Lire la suite

Inhibitions par rapport à trois autres fonctions du moi, alimentation, locomotion, travail

vendredi 25 octobre 2013

Tout se révèle si compliqué que  je vais m’en tenir, pour l’instant,  à ce premier chapitre du texte de Freud sur l’inhibition. Il a abordé l’inhibition par rapport à la fonction sexuelle, du côté des hommes. Mais pour les femmes, il a abordé directement la question de l’angoisse, comme si pour elles, il n’y avait pas d’inhibition qui tienne et qui soit donc là pour les en protéger (voir le texte précédent). Comme promis il aborde ensuite les trois autres fonctions  du moi, la nutrition, la locomotion et le travail. …Lire la suite

Qu’est que l’inhibition par rapport au symptôme ? Les lieux de l’angoisse

lundi 14 octobre 2013

Inhibition et symptôme 

En principe le chapitre I de « Inhibition, symptôme et angoisse » est consacré aux inhibitions, le second aux symptômes. Dans les faits il en va tout autrement car dés le début du chapitre l’angoisse fait son apparition et elle perturbe ce beau plan. …Lire la suite