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Le transfert comme acte de parole

356_450_matisse-modeleNote sur le transfert symbolique, comme acte de parole, opposé au transfert imaginaire, défini comme amour de transfert.

L’intervention au congrès de Rome de Lacan date de septembre 1953. Il en existe deux versions, une version parlée et une version écrite. Cette dernière figure dans les Ecrits sous ce titre « Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse. Etant donné que Lacan avait commencé son séminaire sur les Ecrits techniques en novembre 1953, donc trois mois après ce congrès et étant donné aussi l’importance de ce texte, je me suis posée la question de savoir si un repérage de ces dates pouvait avoir quelques incidences sur notre lecture de ce séminaire, si cela pouvait nous en donner une approche inattendue.

Je vais vous dire ce que j’en ai repéré. Ce qui m’a frappé c’est que cela permet à Lacan de prendre résolument à revers cette question du transfert et de la résistance qui fait tellement difficulté aux analystes.  Il les prend à revers en abandonnant momentanément ce qui constitue le transfert comme obstacle et difficulté dans le progrès dialectique de l’analyse, pour miser sur ce qu’est son efficacité. Autrement dit, il passe outre à la question du transfert et de la résistance dans leurs approches cliniques et empiriques pour en donner une autre approche théorique, celle d’un « transfert symbolique » opposé au transfert imaginaire.

De même la résistance est prise comme difficulté de la parole elle-même « à exprimer l’être du sujet ». Donc la résistance n’est plus seulement une affaire du moi mais la parole elle-même aux prises avec la vérité du sujet.  Mais occupons nous d’abord du transfert : « Dans son essence, le transfert efficace dont il s’agit, c’est tout simplement l’acte de la parole. Chaque fois qu’un homme parle à un autre d’une façon authentique et pleine, il y a, au sens propre transfert, transfert symbolique – il se passe quelque chose qui change la nature des deux être en présence ».« Mais il s’agit d’un autre transfert que celui qui s’est d’abord présenté dans l’analyse non seulement comme un problème mais comme un obstacle. Cette fonction est à situer sur le plan imaginaire. C’est pour la préciser qu’ont été forgées les notions que vous savez, répétition des situations anciennes, répétition inconsciente, mise en action d’une réintégration d’histoire ».

C’est à partir de cette définition du transfert comme acte de parole que Lacan pourra reprendre, dans un effet d’après-coup et avec beaucoup plus d’aisance, les approches « classiques » du transfert.  C’est donc ainsi que Lacan réinterprète comme étant de la catégorie de l’imaginaire ce transfert que Freud qualifie par cette formule « ce qui ne peut pas être remémoré est mis en acte pas le transfert ». Et Lacan précise ainsi ce qu’est cette mise en acte du transfert décrite par Freud, c’est l’ « histoire en sens contraire à celui que je promeus, puisqu’il s’agit d’une réintégration imaginaire, la situation passée n’étant vécue dans le présent, à l’insu du sujet, que pour autant que la dimension historique est par lui méconnue – je n’ai pas dit insconsciente, vous le remarquerez ». (Lacan introduit dans cette phrase la fonction de la méconnaissance, celle qui caractérise le moi).

C’est donc avec cette double référence, repérage du transfert comme acte de parole, comme transfert symbolique, comme facteur thérapeutique, et la dimension imaginaire du transfert, comme obstacle, qu’il va évoquer le texte de Freud, observation sur l’amour de transfert, mais surtout lire le texte de Freud « Introduction au narcissisme » pour pouvoir construire progressivement le schéma optique.

Dans cette approche, le transfert comme acte de parole est me semble-t-il un fil conducteur posé comme indispensable même si on ne peut continuer à le suivre qu’en filigrane. Il sera mis en évidence, à propos de Dora, mais comme ayant été radicalement manqué, manqué au point d’avoir entraîné la rupture de l’analyse et donc le départ de Dora. Le point où ces deux formes de transfert se rejoignent peut être mis en évidence sous ce terme qui peut paraître énigmatique, celui d’introjection, qui est toujours nous le rappelle Lacan, introjection de la parole de l’autre. Sans doute faut-il l’écrire avec un grand A.

A propos de ce transfert symbolique ainsi introduit, dans la foulée de Fonction et champ de la parole et du langage, il me semble que l’on peut donner une nouvelle portée à ce que Lacan disait du transfert en 1951, dans son Intervention sur le transfert : « Nous croyons pourtant que le transfert a toujours le même sens d’indiquer les moments d’errance et aussi d’orientation de l’analyste, la même valeur pour nous rappeler à l’ordre de notre rôle : un non agir positif en vue de l’orthodramatisation de la subjectivité du patient ».  Mais cela sera plus aisément approché quand nous reprendrons pas à pas ce que Lacan raconte de l’histoire de Freud et de Dora.

Lacan prend la question du transfert selon les trois registres, symbolique, imaginaire et réel. Celui du réel est laissé dans l’ombre. Je me risquerai bien à dire que c’est la présence de l’analyste, au point d’acmé de la résistance, qui en donne la dimension.  J’ai trouvé cette référence au transfert comme acte de parole dans la séance du 17 mars 1954 des Ecrits techniques . Elle se trouve p. 127 dans l’édition du seuil.



Un commentaire sur “Le transfert comme acte de parole”

  1. nathanael dit :

    bonjour

    une question?

    par ou pas à propos de cette phrase,je cite: ce qui ne peut pas être remémoré est mis en acte pas le transfert .
    autre chose,le transfert symbolique,la parole de l’analysant vers son analyste,la symbolisation: le voir comme son pere par ex,mais alors le transfert imaginaire,c’est la reminiscence?

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