Au cœur de l'expérience analytique, le mythe d'Œdipe - Le goût de la psychanalyse Le goût de la psychanalyse

Au cœur de l’expérience analytique, le mythe d’Œdipe

Au cœur de l’expérience analytique, se trouve le mythe d’Œdipe, mythe qu’il convient de reprendre, de compléter à partir de l’expérience que nous en avons. Ce texte « Le mythe individuel du névrosé » date de 1953. Il sera intéressant de le mettre en correspondance avec l’un des séminaires plus tardifs, celui d’un discours qui ne serait pas du semblant où il s’attaque résolument à ces deux mythes de l’Œdipe et de Totem et tabou, pour nous proposer d’y substituer une logique de l’écrit. Partant de la logique des quantificateurs, il mettra en place ce qu’on appelle depuis les quatre formules de la sexuation. La place du père, celui de Totem et tabou, le père de la horde primitive inventé par Freud, est remplacé par le fonction d’exception du père, il existe un x qui dit non à la fonction phallique. Il est l’exception qui confirme la règle. Grâce à lui, tous les hommes sont soumis à la castration. C’est cela qui fait d’eux des hommes désirants.

Mais revenons au texte :

Donc premier point, Lacan rapproche la psychanalyse de ces arts libéraux qui se caractérisent par la recherche du vrai alors que les beaux arts se préoccupent de la recherche du beau et les « arts serviles » de l’utile, la poterie, la vannerie, nous pouvons rajouter le tissage et le tricot. Ainsi avec ses nœuds borroméens, on peut se demander si Lacan n’a pas fait basculer ou exporté la psychanalyse du côté de ces arts serviles. C’est en effet opposé à ce qualificatif « servile » que surgit le terme « libéral », littéralement « digne d’un homme libre » opposé à l’esclave.

Mais si lui rapproche la psychanalyse de ces arts libéraux, c’est plus que par rapport à la recherche du vrai, le fait de ce rapport de l’homme à lui-même, dans une référence au langage et à la parole, mais avec une sorte d’impossibilité d’en rendre compte :

« … l’expérience analytique ne peut s’épuiser dans aucun rapport, qu’elle n’est pas décisivement et définitivement objectivable, puisqu’en somme la relation analytique même implique toujours au sein d’elle-même la constitution d’une vérité, qui en quelque sorte ne peut être dite, puisque ce qui la constitue et ce qui la dit c’est la parole, et qu’il <faudrait> en quelque sorte dire la parole elle-même, ce qui est à proprement parler : ce qui ne peut pas être dit en tant que parole. »

Faute de mieux, pour marquer cette impossibilité l’homme en est réduit à inventer un mythe.
Au cœur de la psychanalyse se trouve le mythe d’Œdipe :

« Elle ne peut pas se saisir, ni saisir ce mouvement d’accès à la vérité comme une vérité objective, elle ne peut que l’exprimer d’une façon mythique, et c’est bien en ce sens qu’on peut dire que, jusqu’à un certain point, ce en quoi se concrétise la parole intersubjective fondamentale, tel qu’il a été manifesté dans la doctrine analytique, le complexe d’Œdipe, a, à l’intérieur même de la théorie analytique, une valeur de mythe. »

Or ce mythe œdipien, à la lumière de l’expérience, mérite d’être repris, complété au nom de quoi ? Si j’ai bien compris en raison d’une part d’une certaine dégradation de la fonction paternelle – et il reprend là un thème des complexes familiaux – et d’autre part ce qu’il appelle la fonction du maître, un maître qui initie à la dimension des relations humaines »

« … certaines modifications de structure qui sont exactement corrélatives aux progrès que nous faisons nous-mêmes à l’intérieur de l’expérience analytique, dans la compréhension de cette expérience, et en quelque sorte ce qui nous permet au second degré de comprendre que toute la théorie analytique est tendue à l’intérieur de la distance qui sépare le conflit fondamental qui, par l’intermédiaire de la rivalité au père, lie le sujet à une valeur symbolique essentielle… mais, vous allez le voir, qui est toujours en fonction d’une certaine dégradation concrète – peut-être liée aux conditions, aux circonstances sociales spéciales – de l’image et de la figure du père, … expérience tendue donc entre cette image du père et, d’autre part, une image dont l’expérience analytique nous permet de prendre de plus en plus la mesure, nous permet de plus en plus de mesurer les incidences chez l’analyste lui-même en tant que, sous une forme assurément voilée, masquée, presque reniée par la théorie analytique, il prend tout de même, d’une façon presque clandestine, la situation, dans la relation symbolique avec le sujet, de ce personnage très effacé par le déclin de notre histoire, qui est celui en somme du maître : le maître moral, le maître qui initie à la dimension des relations humaines fondamentales celui qui est dans l’ignorance – ce qu’on peut appeler d’une certaine façon : l’accès à la conscience, voire même à la sagesse, dans la prise de possession de la condition humaine comme telle. »
C’est donc dans ce contexte, qu’il définit le mythe comme « une certaine représentation objectivée d’un s, pour tout dire d’une geste exprimant d’une façon imaginaire les relations fondamentales caractéristiques d’un certain mode d’être de l’être humain à une époque déterminée, on peut dire que, très exactement de la même façon que le mythe se manifeste sur le plan social… nous pouvons trouver, dans le vécu même du névrosé, toutes sortes de manifestations qui rentrent à proprement parler dans ce schéma, et dont on peut dire qu’il s’agit à proprement parler d’un mythe. »
Beaucoup plus tardivement, dans le séminaire « D’un discours qui ne serait pas du semblant » Lacan reprend cette question : Au cœur de l’expérience analytique, ont été inventés deux mythes, le mythe de Totem et tabou et le mythe d’Œdipe. Le premier est, selon Lacan, « la participation névrotique de Freud à la théorie analytique », sous son versant obsessionnel, le second a été inventé ou retrouvé par Freud, « sous la dictée des hystériques ». On peut se poser la question de savoir quelle a été la participation névrotique de Lacan à la théorie analytique ?
A mon avis, on peut en retrouver la trace explicite avec ce séminaire qu’il a juré de ne jamais reprendre, celui qu’il comptait consacrer aux Noms du père.
Pour Lacan, c’est en effet le mythe d’Abraham sacrifiant Isaac qui a sa préférence. Cela nous change un peu du père de la horde et d’Œdipe couchant avec sa mère, sans rien en savoir, après avoir trucidé son père, au détour d’un chemin. Sa participation névrotique serait-elle sur le versant phobique, avec l’apparition du bélier primordial, qui vient se proposer sous le couteau du sacrifice ? Je n’en mettrai pas ma main au feu… mais quand même.



2 commentaires sur “Au cœur de l’expérience analytique, le mythe d’Œdipe”

  1. Didier Potin dit :

    Chère Liliane,
    Maintenant « jeune » analyste de 64 ans, installé depuis 2 belles années à Bagnols-sur-Cèze dans le Gard, en contrôle depuis le début de mon « autorisation », je me mets à refréquenter la nomenclatura analytique dans un « programme psychanalytique d’Avignon », nouvelle invention de l’ECF avec présentations de malades au CHS de Montfavet, anciennement nommé « Montdevergue », où Camille Claudel avait, en son temps, était internée. Exposés théoriques et cliniques … bref … j’y propose un Cartel, qui s’inscrira ou ne s’inscrira pas, sur « s’autoriser de soi-même et de quelques autres », avec, en référence de lecture, le bon vieux numéro ronéotypé de l’Ecole freudienne de Paris qui a retranscrit les débats de 1975 sur … les cartels de l’Ecole.
    Pourquoi proposer un Cartel, et, en même temps, poser la question de l’inscrire ou pas ?
    Parce que, ayant 64 ans, je suis, de temps à autre socllicité par de jeunes analystes qui s’installent et qui me supposent, étant donné mes cheveux blancs, sans doute une certaine sagesse (ça me renvoie aux noms du père).
    Parce qu’aussi, je suis sollicité par un bon vieux toubib, artiste peintre et analyste de surcroît, qui, assez récemment et sévèrement atteint d’un Parkinson, désirait que nous nous remettions au travail (« y’a que ça qui m’fait encore vivre » me dit-il).
    Tout ça pour vous adresser une demande, évidemment, à vous que j’appelle « ma révérende », ma référente, qui lit et relit (relie ?) depuis longtemps déjà, vos bouquins et qui continue de fréquenter votre trés beau site, assidûment : l’éxégète de Sigmund et de Jacques que vous êtes aurait-elle une « ptite » minute de son précieux temps à consacrer pour me donner d’autres conseils de lecture que celles qui vont alimenter le cartel pendant au moins une bonne année ?
    Si tel était le cas, vous m’enverriez réjoui et reconnaissant.
    Bien cordialement.

    Didier Potin

  2. Fainsilber dit :

    Cher Didier, vous savez que je ne saurais résister au plaisir de vous proposer de lire des textes de Freud, de Lacan et d’autres bien sûr, sauf d’un certain… mais dont je tairais le nom (je vous le dirais éventuellement en privé à moins que vous ne teniez pas à le savoir. Amicalement. Liliane.

    Je me demande si, il y a maintenant longtemps il n’y avait pas eu quelque chose autour de ce qu’on appelait « Le Christ de Montfavet ». En savez-vous quelque chose ?

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