Trois verbes de la langue analytique : parler, entendre, lire - Le goût de la psychanalyse Le goût de la psychanalyse

Trois verbes de la langue analytique : parler, entendre, lire

Un passage de ce texte « Clefs pour la psychanalyse » éclaire mais aussi bien est éclairé par un passage du séminaire Encore qui a pour titre « Fonction de l’écrit ». « Le psychanalyste n’est pas un explorateur de continents inconnus ou de grands fonds, c’est un linguiste : il apprend à déchiffrer l’écriture qui est là, sous ses yeux, offerte au regard de tous. Mais qui demeure indéchiffrable tant qu’on n’en connaît pas les lois, la clé. »
Et un peu plus loin encore :
« …la vérité, refoulée, va persister mais transposée dans un autre langage, le langage névrotique.
À ceci près qu’on n’est plus capable de dire à ce moment-là quel est le sujet qui parle, mais que « ça » parle, que « ça » continue à parler ; et ce qui se passe est déchiffrable entièrement à la façon dont est déchiffrable, c’est-à-dire non sans difficulté, une écriture perdue. »

Pourquoi Lacan soutient-il ce paradoxe : le fait que « ça parle » et que pourtant il se réfère à une écriture perdue qu’il s’agit de retrouver.

Cela m’a fait penser d’une part au fait que, pour Freud, un rêve, même raconté à son conjoint ou à l’analyste, est toujours posé comme un texte. On parle en effet du texte du rêve qui est à déchiffrer. Freud en fait un rébus, qui ne peut donc se référer qu’à une écriture, son interprétation étant sa transcription d’une langue dans une autre. Là encore il s’agit d’une scription, d’une écriture.

Mais il y a surtout un passage du séminaire Encore qui relie étroitement le fait d’entendre et de lire.
Il y a donc trois temps qui permettent de passer de parler à entendre puis à lire.
J’ai été retrouver ce passage dans lequel Lacan dit quelque chose comme ça « à ce que vous entendez de signifiant », sous-entendu dans la parole de l’analysant, « vous donnez une autre lecture que ce qu’il signifie ». Il s’agit de la séance du séminaire Encore, séance du 9 janvier 1963.

Trois passages nous permettent de repérer ce dont il s’agit :
« … dans le discours analytique il ne s’agit que de ça, de ce qui se lit, de ce qui se lit au-delà de ce que vous avez incité le sujet à dire, qui n’est pas tellement, comme je l’ai souligné la dernière fois, de tout dire que de dire n’importe quoi, sans hésiter à dire des bêtises. »

« S’il y a quelque chose qui peut nous introduire à la dimension de l’écrit comme tel, c’est de nous apercevoir que le signifié n’a rien à voir avec les oreilles mais seulement avec la lecture, la lecture de ce qu’on entend de signifiant. Le signifié n’est pas ce qu’on entend, Ce qu’on entend, c’est le signifiant. le signifié est l’effet du signifiant. »
Cet effet du signifiant tout dépend donc de la façon dont on va choisir de le lire.
Prenons ce calembour le plus bête qui soit. « Je fais des maths à mort ». Si vous le lisez d’une autre façon cela devient « faire le matamore ». il y a entre les deux une différence de lecture de ce qu’on a entendu comme signifiant.  C’est une modification d’orthographe, de graphie. C’est par l’écrit qu’on passe donc pour décider de ce qu’on va donner comme signification à ce qu’on a entendu. C’est donc grâce à l’écrit, et surtout grâce à la façon dont on lit ce qu’on entend, qu’on peut jouer des équivoques signifiantes, équivoques signifiantes sur lesquelles prend appui l’interprétation de l’analyste.
Cette phrase éclaire ce travail sur l’équivoque signifiante qu’est l’interprétation :



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