« Qu’est ce qu’une obsession ? » "un sacrilège verbal" - Le goût de la psychanalyse Le goût de la psychanalyse

« Qu’est ce qu’une obsession ? » « un sacrilège verbal »

Nous arrivons à la fin de la séance du 18 juin 1958 ( séminaire des Formations de l’inconscient ) Lacan indique ce qu’est une obsession, « c’est une destruction par le verbe et par le signifiant », par une formule magique.

 Lacan reprend le graphe du désir pour tracer le circuit de cette destruction verbale et il l’introduit par le blasphème.  « Qu’est-ce que blasphémer ? Là-dessus je voudrais bien que quelque théologien me donne la réplique. Disons que c’est quelque chose qui fait déchoir un signifiant éminent dont il s’agit de voir à quel niveau de l’autorisation (ou articulation) signifiante, si l’on peut dire, se situe assurément son rapport avec ce signifiant avec le père méconnu… quelque chose qui fait déchoir ce signifiant au rang d’objet, qui identifie en quelque sorte le logos à son effet métonymique qui le fait tomber d’un cran, c’est quelque chose qui n’est sans doute pas la bonne réponse, la réponse complète à la question du blasphème, mais c’est assurément une approche essentielle pour ce dont il s’agit dans l’obsession, sacrilège verbal… »

Donc l’obsession pour résumer est une tentative de destruction par le verbe et par le signifiant. C’est non pas forcément un blasphème, dans sa référence religieuse, mais en tout cas un sacrilège, un sacrilège verbal.

 Dans le dictionnaire étymologique d’Alain Rey, le sacrilège est une profanation des objets sacrés. Le blasphème à un sens qui lui est proche, mais a un sens plus religieux. On pense par exemple aux « Dieu-Merde » ou « Dieu-Cochon » que prononçait l’Homme aux loups. Il est difficile de savoir si c’est un blasphème ou un sacrilège.

 A propos de l’obsession comme sacrilège, Lacan évoque le souvenir d’enfance de l’Homme aux rats, celui de sa colère envers son père où il l’avait injurié avec les termes qu’il avait à sa disposition en l’appelant « toi, serviette, toi assiette etc.

« Comme toujours, souligne Lacan, mais c’est aussi lui qui sait le lire ainsi, c’est encore dans Freud que nous trouvons les choses les plus colossalement exemplaires en une véritable collusion et collusion du toi essentiel de l’Autre avec ce quelque chose d’inerte, cet effet si l’on peut dire déchu de l’introduction du signifiant dans le monde humain qui s’appelle un objet. » Comme si au fond l’objet n’était plus que la dépouille, le reste de ce qui a été élevé au rang de signifiant.

 Lacan doit montrer ce moment là un point du graphe le tout étant de savoir lequel :

« Vous me direz que ce dont il s’agit dans cette destruction de l’autre dans l’obsession verbale est quelque chose … qui se passe ici et dont nous verrons la prochaine fois toute la structure, ce quelque chose qui fait que c’est dans une certaine articulation signifiante que le sujet obsessionnel arrive à préserver l’autre, que l’effet de destruction vers lequel il aspire doit le soutenir grâce à une articulation signifiante.

Je pense que cette articulation signifiante est celle du symptôme, donc il doit s’agir de l’inscrire au niveau du message du signifié de grand A.

 

Mais il y a aussi une autre formule que déduit Lacan de l’observation de l’Homme aux rats. Il en livre cette formule « Tu es celui qui me tue ». Je ne sais pas trop comment l’inscrire si ce n’est tournant en rond peut-être entre les deux étages du fantasme et de la ligne imaginaire du bas. Mais je n’en suis pas sûre. Peut-être est plutôt dans le petit circuit imaginaire du bas. Nous aurons la solution éventuellement dans la séance suivante.

Nous avons dans la psychologie de la vie quotidienne un magnifique exemple de ce que peut être cette profanation de l’objet sous la forme d’un acte manqué de Freud.

Freud fait tous les jours une piqure de morphine à une vieille dame et lui instille quelques gouttes de collyre dans l’œil. Pensant à tout autre chose, il inverse l’ordre des flacons et instille de la morphine dans l’œil de la nonagénaire. Il se console en pensant qu’au moins, il n’a pas fait l’inverse, injecté le collyre dans la fesse de cette dame. Toutefois analysant son acte manqué lui vient cette idée « Profaner la vieille ». On ne peut d’empêcher de penser que l’interprétation de cet acte manqué revêt la forme d’une obsession.

A noter tout de même que le mot allemand Vergreifen a le double sens de se tromper et de profaner.



Laisser une réponse

*