Une parole d’amour : « Je voudrais te tuer ! » - Le goût de la psychanalyse Le goût de la psychanalyse

Une parole d’amour : « Je voudrais te tuer ! »

Parmi  les textes théoriques qui sont contemporains du texte clinique de l’Homme aux loups, dans les années 1910, Freud a écrit « Introduction à la psychanalyse ». Le chapitre sur la  « fixation et la régression », chapitre 22,   a pour titre « Point de vue du développement et de la régression. Etiologie ».  On peut en effet vérifier que c’est sans doute à partir de son expérience clinique de l’Homme aux loups, que ces nouvelles élaborations ont été énoncées. Freud repart des deux névroses de transfert, celle de l’hystérie et celle de la névrose obsessionnelle. J’y ai découvert quelque chose que je n’avais jamais repéré en tant que tel : ce qui caractérise l’hystérie, c’est le mécanisme du refoulement, tandis que ce qui prédomine dans la névrose obsessionnelle c’est la fixation et la régression jusqu’au point de cette fixation. Freud explicite ces deux mécanismes avec l’aide d’exemples cliniques – p. 322 et 323 – Je reprends ce passage car cela éclaire bien ce que Freud nous décrit de la période de méchanceté de l’Homme aux loups.

« Ces discussions vous paraîtrons sans doute arides. La clinique vous en fournira des applications qui nous les rendrons plus claires. Vous savez que l’hystérie et la névrose obsessionnelle sont les deux principaux représentants du groupe des névroses de transfert. Il existe bien dans l’hystérie une régression de la libido aux premiers objets sexuels, de nature incestueuse, alors qu’on n’y observe pas la moindre tendance à la régression vers une phase antérieure de l’organisation sexuelle. En revanche le refoulement joue dans le mécanisme de l’hystérie le principal rôle […] Des deux régressions de la libido, celle qui s’effectue vers une phase antérieure de l’organisation sexuelle est de beaucoup la plus remarquable […] Attendez-vous à ce que nos points de vue subissent de nouvelles extension et modifications lorsque nous aurons à tenir compte, en plus de l’hystérie et de la névrose obsessionnelle, des névroses narcissiques. » Or d’après la terminologie de Freud en utilisant ce terme de « Névrose narcissique » nous entrons dans le champ de la psychose.

Mais nous en restons pour l’instant à la question de la névrose obsessionnelle : « Dans la névrose obsessionnelle, la régression de la libido vers la phase préliminaire sadico-anale constitue le fait le plus frappant et celui qui marque de son empreinte toutes les manifestations symptomatiques. L’impulsion amoureuse se présente sous le masque de l’impulsion sadique : Je voudrais te tuer, lorsqu’on la débarrasse d’excroissances non accidentelles mais indispensables, signifie au fond ceci : Je voudrais jouir de toi en amour. Supposez encore une régression simultanée intéressant l’objet, c’est-à-dire une régression telle que les impulsions ne s’appliquent qu’aux personnes les plus proches et les plus aimées, et vous avez une idée de l’horreur que peuvent éveiller chez le malade ces représentations obsédantes qui apparaissent à sa conscience comme lui étant tout à fait étrangères. »

Dans ce texte Introduction à la psychanalyse Freud n’accorde pas encore de place au complexe de castration encore qu’il y traite de l’angoisse, il n’y parle pas non plus encore de la découverte de la différence des sexes. Par contre c’est explicite dans le texte de l’Homme aux loups, c’est sous l’effet de la menace de castration exercée par sa Nania qu’il régresse au stade sadique-anal on devrait plutôt dire sadique-masochique-anal.

Paroles sadiques orales et anales d’une chanson de Jeanne Moreau

« Devant mes copains

Tu le sais bien

Tu le sais bien

Tu plais foll’ment aux autres

Moi, tu m’ rends dingue

Moi, tu m’ rends dingue

Avec tes agaceries

Y faut que j’ me retienne à deux mains

Pour pas t’ôter la vie

Pour pas t’ casser

Comme un joujou

Plié sur mon genou

Oui, tu m’énerves à la folie

Ah ! Tu es trop jolie

Aïe !

C’est fou

C’ que ça m’agace

J’ai mal aux dents

Sadique !

Quand tu limes

Tes ongles

Roses

Devant mes copains

Tu le sais bien

Tu le sais bien

Tu plais foll’ment aux autres

Moi, tu m’énerves

Moi, tu m’énerves

Avec tes chatteries

Ça m’ donne envie de t’esquicher

De te moudre d’amour

De te couper en p’tites rondelles

Comme un petit rôti

Et c’est comme ça qu’un de ces jours

J’ te f’rai passer au four « 



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