Arès et Aphrodite surpris par Vulcain : un mythe de la scène primitive - Le goût de la psychanalyse Le goût de la psychanalyse

Arès et Aphrodite surpris par Vulcain : un mythe de la scène primitive

Au moment où nous avons commencé à  lire les nombreux rêves de l’Homme aux loups qui ont tous pour thème le désir de la mort de Freud, des dermatologues et des médecins ainsi que le désir de les castrer, il se trouve que j’ai travaillé en  même temps le début du séminaire «  Le désir et son interprétation ». Ce qui m’a intriguée c’est le fait que Lacan, dans le cadre de ce séminaire ayant donc pour thème la question du désir, commence par analyser toute une série de rêves concernant le désir de la mort du père. Tout d’abord celui du père mort et qui ne le savait pas, puis,  il est vrai qu’il ne fait que l’évoquer,  l’un des rêves de Freud où son père mort ressemblait à Garibaldi.  Enfin quand il arrive au rêve du chaperon, rêve de l’analysant d’Ella Sharpe, on s’aperçoit que l’analyste centre encore et à nouveau toute la problématique de l’analysant sur la question du désir de la mort de son père. Mais là il y a quand même un changement, car dans ce rêve apparaissent quand même deux femmes, sa propre femme qui assiste impassible à un jeu sexuel de son mari avec une autre femme, jeu sexuel au cours duquel cette autre femme  voulait attraper son pénis, littéralement s’en emparer.

 

Quand, dans ce même séminaire, Lacan aborde alors l’analyse du drame d’Hamlet, là encore ce qui domine c’est le désir de la mort du père même si ce désir a été accompli par quelqu’un d’autre. Mais je pense que c’est ce drame qui a permis à Lacan, d’effectuer  le passage du désir de la mort du père au désir d’un homme pour une femme avec l’apparition de la si émouvante figure d’Ophélie.

 

Or c’est exactement ce qui est en question par toute cette série de rêve concernant le désir de mort et de castration concernant le père de l’Homme aux loups, de Freud et de divers dermatologues, dentistes de tout poil, comment ils pourraient finir par donner accès à son  désir pour une femme, ce que Freud appelle « sa percée vers la femme ».

 

On peut en déduire, me semble-t-il,  que si l’acte sexuel est répétition de la scène primitive, c’est en exterminant le père et en prenant sa place, dans cette répétition de la scène, que le sujet  peut y jouer son rôle en tant qu’homme. De même peut-on dire que c’est le désir de la mort de la mère qui donne à sa fille accès à une position féminine assumée. C’est un peu rude comme constat, mais les rêves faits en cours d’analyse, peuvent nous confirmer la validité de cette hypothèse. A ce titre la haine pour l’objet rival et le désir de sa mort, pour pouvoir prendre sa place, ne peut donc que précéder la naissance des possibilités de l’amour entre un homme et une femme. Elle en devient la condition.

 

Mais dans ce séminaire du désir il y a aussi un autre point qui m’a paru intéressant par rapport à la scène primitive de l’Homme aux loups, scène au cours de laquelle il avait émis une selle comme signe de sa participation, il s’agit d’une autre scène primitive, celle de l’analysant d’Ella Sharpe. Cette scène primitive l’analyste la déchiffre parmi les associations de son rêve du Chaperon.

En effet l’analysant raconte comment il avait eu peur de bloquer le cortège royal, le Roi et la Reine, alors qu’il conduisait sa voiture, protégé par sa capote (chaperon). L’analyste y a  vu ainsi la trace d’une scène primitive au cours de laquelle, lui, avait uriné dans son lit.

 

Ce que j’en ai surtout retenu c’est le fait que, à partir des associations de ce rêve,  Lacan transforme le drame oedipien en comédie en évoquant le rire des dieux devant le spectacle de Mars et Vénus qui ont été piégés par le mari trompé, Vulcain. Celui-ci a en effet forgé un filet métallique dans lequel il les a enveloppés et offerts ainsi en spectacle à tous les dieux de l’Olympe. C’est à ce propos, qu’on parle « du rire inextinguible des dieux ».

 

Cet événement peut en effet être tout à fait interprété comme une forme mythique de la scène primitive où la tragédie de la jalousie oedipienne se transforme en comédie et où surtout le phallus est mis hors jeu parce que, d’une part,  transcendé au rang de signifiant et,  d’autre part  négativé,  du point de vue de l’imaginaire : une fois entortillés dans leur filet, ce phallus disparaît, aussi bien Mars que Vénus sont châtrés. Vulcain représente le sujet qui d’abord témoin impuissant en devient acteur. Ce sera un effet de sa volonté s’ils peuvent  être délivrés. D’ailleurs l’histoire ne dit pas comment : avec l’aide d’une grosse tenaille ?

 

Il existe une autre représentation de cette même scène qui est très surprenante et donc très intéressante : je vous laisse deviner en quoi….

 

 

Ce tableau est du Tintoret.

 

Voir Homère,  L’odyssée, chant VIII.

 

http://philoctetes.free.fr/odchant8.htm

 

Liliane Fainsilber

 



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