Le goût de la psychanalyse - Liliane Fainsilber Le goût de la psychanalyse

Elle chante, elle rit, elle instruit, elle subvertit, elle est “tout langage” : L’expérience d’une psychanalyse n’est pas de tout repos, aussi bien, pour l’analysant que pour l’analyste mais tous deux peuvent aussi y trouver quelques plaisirs et quelques joies avec la découverte des plus jolies fleurs de l’inconscient. Rêves, lapsus et surtout traits d’esprit suffisent à susciter pour chacun ce goût de la psychanalyse. Avec les quelques pages de ce site nous souhaitons vous faire venir l’eau à la bouche, vous mettre en appétit. Ce site du goût de la psychanalyse est très ancien. J’essaie de le rendre plus vivant sous la forme de ce blog. Mais il est pour l’instant en plein chantier. Le temps qu’il prenne un aspect plus avenant, reportez vous à l’ancienne adresse.

Du bon usage de la dialectique : La mise au monde de la vérité du sujet

29 août 2017 par Liliane Fainsilber

 

13308295_979684865414272_4711145515416470764_oLacan avait consacré les premières années de son séminaire à une rigoureuse relecture des Cinq psychanalyses de Freud. Ce qui est resté de sa lecture de Dora c’est le texte « Intervention sur le transfert » .

Il part de cette première définition  » La psychanalyse est une expérience dialectique  » et c’est en référence à cette expérience, qu’il compte aborder la question du transfert.

Il  va en effet ne le  » définir (qu’) en termes de pure expérience dialectique  »

Je vais suivre ligne à ligne, de la page 216 à 218, ce que Lacan développe de cette expérience dialectique dans laquelle le concept du transfert peut être abordé comme étant à la fois l’obstacle mais aussi le moteur de cette expérience. C’est en effet grâce à lui que se produisent à chaque fois des renversements dialectiques qui donnent naissance à une  » autre  » vérité. Je mets cette autre entre guillemets parce que ce fait mérite d’être précisé avec le vif de la clinique et notamment par rapport à l’histoire de Dora. …Lire la suite

Déchiffrer les imbroglios du double graphe du désir avec l’aide de Geluck

16 août 2017 par Liliane Fainsilber

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En lisant le séminaire des Formations de l’inconscient, on peut réussir à reconstruire les trajets sur le graphe du désir des deux traits d’esprit que Lacan  a emprunté à Freud, celui du « Famillionnaire » et celui du veau d’or qui n’est plus adoré car il est, de par la magie de son auditeur, devenu veau de boucherie.

Il faut toujours, pour qu’un trait d’esprit fasse rire, qu’il apporte une touche d’absurdité et de faute de logique : J’aime bien celui-ci inventé par Geluck : « Ce qu’on est arrivé à faire avec le téléphone sans fil, est-ce qu’on va le réussir un jour avec les haricots ? »  Qu’y a-t-il en effet de commun entre ces deux fils à part le mot lui-même ?

On voit bien que c’est au niveau du code que s’effectue le changement de sens de ce fil et que c’est ce virement de la signification qui nous fait rire. Cependant,  même si on peut mécaniquement leur faire suivre les trajets du veau d’or et du veau de boucherie, on  ne voit pas trop ce qu’on gagne dans cette analyse à part cette sorte de forçage effectué entre les haricots verts et le téléphone. Il y a quand même un côté un peu trop dérisoire de ce gain de plaisir  et on finit par se demander s’il est si réussi que cela.  Mais  on peut penser que ce qui fait son efficace c’est peut-être le rappel du fait que l’Autre est construit pareil que le sujet, qu’il a lui aussi des besoins et qu’éventuellement il lui arrive de manger des haricots verts qui se trouvent avoir plein de fils.

Ce serait donc une façon un peu ordinaire, prosaïque, d’introduire ce graphe bleu, ce graphe du désir de l’Autre, cet Autre qui,  pour pouvoir entériner le trait d’esprit, doit être construit comme le sujet. Cet Autre en effet ne peut pas être un ordinateur, il doit être un être humain réel, de chair et de sang : il doit pouvoir s’étrangler avec les fils des haricots verts, tout comme il se prenait les pieds dans les fils de son téléphone. Maintenant il y a la WIFI mais heureusement les haricots ont gardé leurs fils !

A propos de ces fils de téléphone qui pouvaient toujours faire des nœuds si inextricables, je me suis soudain souvenue à propos de ce mot de Geluck du fait que, lors de ma première rencontre avec Lacan,  pendant que j’essayais sans doute de façon fort embrouillée de lui dire pourquoi j’avais tellement besoin de faire une analyse et avec lui, comment pendant que je parlais, il désembrouillait lui fort patiemment et avec beaucoup d’attention les fils de son propre téléphone, comme s’il ne m’écoutait pas, alors que je le sentais pourtant fort attentif. Voilà jusqu’où peuvent mener les fils des haricots verts : aux toutes premières paroles de l’analyse. Dans l’après-coup, en y repensant, je me demande si le simple fait de suivre du regard ces gestes de désembrouillage effectués avec beaucoup d’application par Lacan ne me permettait pas déjà de lâcher le fil de mon discours, de le désarrimer de sa cohérence et ainsi de commencer à raconter n’importe quoi, c’est à dire l’essentiel.

Voici deux représentations de ce double graphe. L’une en superposition  montre à quel point il peut être embrouillé, Il y a coïncidence entre les alpha et les gamma des deux graphes, pour que ces fils puissent passer de l’un à l’autre.

  • haricots 2Pour pouvoir être authentifié par l’Autre en tant que trait d’esprit, il faut en effet que, arrivé en ce lieu du code, le trait d’esprit passe par le graphe du désir de l’Autre, soit en quelque sorte adopté par lui, avant de faire retour sur le message, et donc  donner, par son rire, reconnaissance de la validité de ce mot d’esprit. C’est ce graphe que Lacan a dessiné en bleu.

haricots verts Dans ce second schéma, les deux graphes sont en voie de séparation et le graphe bleu est même en passe de remonter d’un cran pour devenir… graphe complet du sujet. Par ce graphe bleu qui vient chevaucher le graphe du désir du sujet pour constituer ce graphe complet, on saisit du regard, par exemple, le sens que prend cette formule de Lacan : « L’inconscient, c’est le discours de l’Autre ».

double graphe

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Introduction de mon livre « Les orthographes du désir »

12 juillet 2017 par Liliane Fainsilber

Un Viens-avec-moi du graphe du désir

76840224_o Avec cet ouvrage, je propose un Viens-avec-moi du graphe du désir tel que Lacan l’a élaboré, pas à pas, au cours des deux années du séminaire qu’il lui a consacrées, dans celui des « Formations de l’inconscient » et celui du « Désir et de son interprétation ».

A partir de ces deux séminaires, il serait possible  d’explorer quelques autres usages possibles de ce graphe du désir. Dans le fil de son usage appliqué à la structure des trois névroses, phobie, hystérie et névrose obsessionnelle, on pourrait reprendre la question de la fin de l’analyse de l’Homme aux loups tel que nous en avons le témoignage dans la belle observation de Ruth Mack Brunswick.

J’ai étendu, au titre d’exemple,  l’usage de ce graphe du désir tel que Lacan l’a inventé des amours d’Hamlet et d’Ophélie aux amours de Roméo et de Juliette. J’ai donc repris, avec leur aide, les approches les plus tardives de Lacan sur la sexualité féminine dans le séminaire Encore en retrouvant sur le graphe du désir les mêmes lettres utilisées par Lacan pour indiquer ce qu’il en est de la jouissance féminine.

Il est en effet important de remarquer que Lacan n’a jamais complètement abandonné l’usage de ce graphe du désir tout au long de ces années de séminaires et ce jusque dans les plus tardives. On peut en retrouver de nombreuses traces. J’en ai repris quelques-unes notamment à propos de ce que Lacan a cru bon de dénommer « linguisterie » pour indiquer ce en quoi, tout en prenant appui sur la linguistique, il s’en était pourtant démarqué avec sa formule devenue célèbre « L’inconscient est structuré comme un langage ». C’est en effet, avec le graphe du désir, que nous pouvons en dessiner une démonstration rigoureuse.

Cette dénomination, un Viens-avec-moi du graphe du désir, incite à un total engagement du lecteur dans ce travail de découverte de l’efficacité du graphe du désir dans la clinique analytique. Il implique également une lecture rigoureuse et minutieuse du texte de Lacan dans lequel il a trouvé place, voire de celui de Freud en arrière-plan, car il est en effet impensable de lire Lacan sans avoir lu et relu Freud.

 

 

 

Mon nouveau livre : Les orthographes du désir

1 juillet 2017 par Liliane Fainsilber

Un viens-avec moi du graphe du désir

orthogaphe couverture4 ieme orthographe

En temps de guerre mais aussi bien en temps de campagne électorale

11 mai 2017 par Liliane Fainsilber

picasso-guernica-detail3 Une  lettre de Freud adressée à Frederik van Eyden[1] reste d’actualité en ces temps de campagne électorale. On y retrouve deux des  mots de Lacan  qu’il a quelquefois utilisés : « débilité » et «  imbécillité ». Peut-être les avait-il empruntés à Freud : « Elle nous a enseigné encore (la psychanalyse) que notre intellect est une chose débile et dépendante, jouet et instrument de nos penchants pulsionnels et de nos affects, et que nous sommes amenés nécessairement à nous conduire en esprit perspicace ou imbécile selon que nous commandent nos positions comme nos résistances internes ». …Lire la suite

Comment Joyce visait le symptôme en tant que tel

19 avril 2017 par Liliane Fainsilber

kleeEn plus des deux versions existantes de Joyce le symptôme, il existe un troisième texte qui a pour titre : « De James Joyce comme symptôme ». C’est le texte d’une conférence qui a eu lieu à Nice en janvier 1976.

 Lacan dans ce texte commence par rappeler ce qui est son mode de lecture de Freud :

« C’est dans lalangue, avec toutes les équivoques qui résultent de tout ce que lalangue supporte de rimes et d’allitérations, que s’enracine toute une série de phénomènes que Freud a catalogués et qui vont du rêve, du rêve dont c’est le sens qui doit être interprété, du rêve à toutes sortes d’autres énoncés qui, en général, se présentent comme équivoques, à savoir ce qu’on appelle les ratés de la vie quotidienne, les lapsus, c’est toujours d’une façon linguistique que ces phénomènes s’interprètent, et ceci montre… montre aux yeux de Freud que un certain noyau, un certain noyau d’impressions langagières est au fond de tout ce qui se pratique humainement, qu’il n’y a pas d’exemple que dans ces trois phénomènes – le rêve, le lapsus (autrement dit la pathologie de la vie quotidienne, ce qu’on rate), et la troisième catégorie, l’équivoque du mot d’esprit –, il n’y a pas d’exemple que ceci comme tel ne puisse être interprété en fonction […] d’un premier jeu qui est… dont ce n’est pas pour rien qu’on peut dire que la langue maternelle, à savoir le soin que la mère a pris d’apprendre à son enfant à parler, ne joue un rôle ; un rôle décisif un rôle toujours définitif ; et que, ce dont il s’agit, c’est de s’apercevoir que ces trois fonctions que je viens d’énumérer, rêve, pathologie de la vie quotidienne : c’est-à-dire simplement de ce qui se fait, de ce qui est en usage, la meilleure façon de réussir, c’est, comme l’indique Freud, c’est de rater. Il n’y a pas de lapsus, qu’il soit de la langue ou de la plume, il n’y a pas d’acte manqué qui n’ait en lui sa récompense. C’est la seule façon de réussir, c’est de rater quelque chose. Ceci grâce à l’existence de l’inconscient. …Lire la suite

Ces troubadours de l’inconscient

20 janvier 2017 par Liliane Fainsilber

Ces troubadours de l’inconscient que sont les poètes que les psychanalystes

amour Lacan a très souvent évoqué ces liens si ambigus de la littérature et de la psychanalyse et s’est référé plus d’une fois, au cours de ses séminaires,  aux grands auteurs. Je pense à André Gide, à Jean  Genet, ou à Paul Claudel,  à James Joyce, bien sûr, aux poètes de l’amour courtois, notamment à Marguerite de Navarre, mais aussi à William Shakespeare , à Goethe, à Racine, avec son fameux vers « Oui, je viens de ce pas, adorer l’Éternel », au moyen duquel il a évoqué le point de capiton soit la façon dont le signifiant réussit de temps en temps à embrocher le signifié . …Lire la suite

Rilke et ses « lions intérieurs »

14 septembre 2016 par Liliane Fainsilber

lionsDans quelques-unes de ses  lettres à Merline, Rilke a une sorte de pré-science analytique des mécanismes de la sublimation, en quoi elle exige un retour à l’objet perdu, célébré en tant que tel, au détriment des objets d’amour au cœur desquels l’objet perdu pourrait être recherché. Il tente d’expliquer à son amante pourquoi, dans une certaine mesure, il renonce à elle : C’est en effet en cela qu’il parle de sacrifice. Il sacrifie  ses objets d’amour, pour retourner, par son art,  aux sources de son être et, au cœur de celui-ci, à son objet perdu, à ce Das Ding dont Lacan a dégagé le concept à partir du texte freudien. Outre la subtile description de ce mécanisme de la sublimation, c’est intéressant de voir surgir sous sa plume, en ses confins de l’être, des animaux phobiques, des montres réveillés par lui, ses « lions intérieurs ». …Lire la suite

Rilke, le poète et le parricide

6 septembre 2016 par Liliane Fainsilber

Georges-de-Lydda-dit-Saint-Georges-terrassant-le-dragon C’est dans cet ouvrage,  «  Les carnets de Malte laurrids Brigge », que se trouve cette célèbre phrase de Rilke selon laquelle  chacun porte en lui-même sa propre mort, comme le fruit, son noyau.  Dans ces carnets, c’est l’angoisse qui y règne en maître, l’angoisse de mort. En relisant cet ouvrage,  je pensais sans cesse au grand texte de Freud qu’il a consacré aux crises d’angoisse de mort de Dostoïevski, sous ce titre « Dostoïveski et le parricide ». C’est en effet en pensant aux « attaques de mort » du poète russe, que j’ai commencé à repérer, dans le texte de Rilke, qu’il y décrivait certes ses crises d’angoisse, dont les plus anciennes, celles qui remontaient à l’enfance, mais qu’il y décrivait aussi plusieurs agonies et surtout, les plus marquantes, celles de son père et de son grand-père,  qui laissent deviner que ce n’est pas toujours de sa propre mort dont il s’agirait pour lui, mais plutôt de celle des autres.

Ainsi dès les premières pages, le grand morceau de littérature de ce roman de Rilke a pour thème la mort de son grand-père. Il agonise pendant des semaines  dans la grande maison familiale entouré de toute sa famille et de très nombreux serviteurs et des chiens également. …Lire la suite

La violence du droit ou l’humour de Freud

31 janvier 2016 par Liliane Fainsilber

bayeux-10661J’ai relu avec grand plaisir les deux lettres échangées entre Freud et Einstein à propos de la guerre. Je suis toujours à la fois surprise et émerveillée par la façon lumineuse et originale dont Freud aborde toujours les questions qu’il tente de cerner. Ainsi cette fois-ci j’ai été frappée par la façon dont il définit le droit et ce à partir de ce dont il est censé nous défendre, à savoir la violence humaine1.

« Des conflits d’intérêt surgissant entre les hommes sont donc, en principe, résolus par la violence. Ainsi en est-il dans tout le règne animal dont l’homme ne saurait s’exclure ; pour l’homme s’y ajoute encore, bien entendu, des conflits d’opinion qui s’élèvent jusqu’aux plus hauts sommets de l’abstraction et dont la solution semble nécessiter une technique différente. Mais cette complication n’est apparue que plus tard. A l’origine dans une horde restreinte, c’est la supériorité de la force musculaire qui décidait ce qui devait appartenir à l’un ou quel était celui dont la volonté devait être appliquée. La force musculaire se trouve secondée et bientôt remplacée par l’usage des instruments ; la victoire revient à qui possède les meilleures armes ou en use avec le plus d’adresse.
L’intervention de l’arme marque le moment où déjà la suprématie intellectuelle commence à prendre la place de la force musculaire. Le but dernier de la lutte est le même : l’une des parties aux prises doit être contrainte, par le dommage qu’elle subit et par l’étranglement de ses forces, à abandonner ses revendications et son opposition. Ce résultat est acquis au maximum lorsque la violence élimine l’adversaire de façon durable – le tue par conséquent.
Ce procédé offre deux avantages : l’adversaire ne pourra pas reprendre la lutte à une nouvelle occasion et son sort dissuadera les autres de suivre son exemple… »
De la violence au droit :

«  Tel donc l’état originel, le règne de la puissance supérieure de la violence brutale ou intellectuellement étayée. Nous savons que ce régime s’est modifié au cours de l’évolution et qu’un chemin a conduit de la violence au droit. Mais lequel ? Il n’en est qu’un à mon avis, et c’est celui qui a aboutit au fait que l’on peut rivaliser avec un plus fort par l’union de plusieurs faibles. L’union fait la force. La violence est brisée par l’union, la force de ces éléments représentent dès lors le droit, par rapport à la violence d’un seul. Nous voyons donc que le droit est la force d’une communauté. C’est encore la violence toujours prête à se retourner contre l’individu qui lui résiste, travaillant avec les mêmes moyens, attachées aux mêmes buts ; la différence réside, en réalité uniquement dans le fait que ce n’est plus la violence de l’individu qui triomphe mais celle de la communauté ».

Je trouve que ce résultat est rude : le droit défini comme étant également violence, « violence de la communauté ».