Le goût de la psychanalyse - Le goût de la psychanalyse

Elle chante, elle rit, elle instruit, elle subvertit, elle est “tout langage” : L’expérience d’une psychanalyse n’est pas de tout repos, aussi bien, pour l’analysant que pour l’analyste mais tous deux peuvent aussi y trouver quelques plaisirs et quelques joies avec la découverte des plus jolies fleurs de l’inconscient. Rêves, lapsus et surtout traits d’esprit suffisent à susciter pour chacun ce goût de la psychanalyse. Avec les quelques pages de ce site nous souhaitons vous faire venir l’eau à la bouche, vous mettre en appétit. Ce site du goût de la psychanalyse est très ancien. J’essaie de le rendre plus vivant sous la forme de ce blog. Mais il est pour l’instant en plein chantier. Le temps qu’il prenne un aspect plus avenant, reportez vous à l’ancienne adresse.

La violence du droit ou l’humour de Freud

31 janvier 2016 par Liliane Fainsilber

bayeux-10661J’ai relu avec grand plaisir les deux lettres échangées entre Freud et Einstein à propos de la guerre. Je suis toujours à la fois surprise et émerveillée par la façon lumineuse et originale dont Freud aborde toujours les questions qu’il tente de cerner. Ainsi cette fois-ci j’ai été frappée par la façon dont il définit le droit et ce à partir de ce dont il est censé nous défendre, à savoir la violence humaine1.

« Des conflits d’intérêt surgissant entre les hommes sont donc, en principe, résolus par la violence. Ainsi en est-il dans tout le règne animal dont l’homme ne saurait s’exclure ; pour l’homme s’y ajoute encore, bien entendu, des conflits d’opinion qui s’élèvent jusqu’aux plus hauts sommets de l’abstraction et dont la solution semble nécessiter une technique différente. Mais cette complication n’est apparue que plus tard. A l’origine dans une horde restreinte, c’est la supériorité de la force musculaire qui décidait ce qui devait appartenir à l’un ou quel était celui dont la volonté devait être appliquée. La force musculaire se trouve secondée et bientôt remplacée par l’usage des instruments ; la victoire revient à qui possède les meilleures armes ou en use avec le plus d’adresse.
L’intervention de l’arme marque le moment où déjà la suprématie intellectuelle commence à prendre la place de la force musculaire. Le but dernier de la lutte est le même : l’une des parties aux prises doit être contrainte, par le dommage qu’elle subit et par l’étranglement de ses forces, à abandonner ses revendications et son opposition. Ce résultat est acquis au maximum lorsque la violence élimine l’adversaire de façon durable – le tue par conséquent.
Ce procédé offre deux avantages : l’adversaire ne pourra pas reprendre la lutte à une nouvelle occasion et son sort dissuadera les autres de suivre son exemple… »
De la violence au droit :

«  Tel donc l’état originel, le règne de la puissance supérieure de la violence brutale ou intellectuellement étayée. Nous savons que ce régime s’est modifié au cours de l’évolution et qu’un chemin a conduit de la violence au droit. Mais lequel ? Il n’en est qu’un à mon avis, et c’est celui qui a aboutit au fait que l’on peut rivaliser avec un plus fort par l’union de plusieurs faibles. L’union fait la force. La violence est brisée par l’union, la force de ces éléments représentent dès lors le droit, par rapport à la violence d’un seul. Nous voyons donc que le droit est la force d’une communauté. C’est encore la violence toujours prête à se retourner contre l’individu qui lui résiste, travaillant avec les mêmes moyens, attachées aux mêmes buts ; la différence réside, en réalité uniquement dans le fait que ce n’est plus la violence de l’individu qui triomphe mais celle de la communauté ».

Je trouve que ce résultat est rude : le droit défini comme étant également violence, « violence de la communauté ».

Comment Lacan introduit, dans l’analyse du Petit-Hans, la « castration symbolique »

9 janvier 2016 par Liliane Fainsilber

chevalAu cours de la séance du 6 mars 1956, Lacan commence à nous donner son fil de lecture de l’analyse du Petit Hans avec l’aide de son tableau de la frustration, castration, privation. Il y met notamment en avant ce qu’est la castration symbolique effectuée par l’agent qui est le père réel et qui porte sur un objet imaginaire. Où Lacan va-t-il repérer ce qu’est cette castration symbolique ? En un point précis de cette observation, le fantasme du plombier qui est venu lui enlever le derrière et le fait-pipi avec une tenaille et surtout lui en mettre un neuf et un plus beau ( p. 163 des cinq psychanalyses). Il considère et à juste titre que ce fantasme marque « la guérison de sa phobie ».

Voici le fragment du texte de Freud qui le décrit :
« L’après-midi, il se risque pour la première fois dans le Stadepark […] En route, nous rencontrons un omnibus qu’il me montre : « Regarde, une voiture avec le coffre à la cigogne ! ». Si ainsi qu’il est convenu, Hans retourne demain avec moi au Stadtpark, on pourra considérer sa maladie comme guérie.
Le 2 mai, Hans vient me trouver le matin : « Tu sais j’ai pensé aujourd’hui à quelque chose ». D’abord il l’a oublié ; plus tard il le raconte, mais en manifestant une résistance considérable : « le plombier est venu et m’a d’abord enlevé le derrière, avec des tenailles, et alors il m’en a donné un autre, et puis la même chose avec mon fait-pipi. Il a dit laisse moi voir ton derrière, alors j’ai du me tourner et il l’a enlevé et alors il a dit « laisse moi voir ton fait-pipi ».
Le père saisit ce fantasme de désir et ne doute pas un instant de la seule interprétation qu’il comporte »
Je trouve que dans ce fantasme, Freud ne porte pas attention au fait que cette opération castratrice ne porte pas seulement sur le pénis mais aussi sur son derrière et que d’autre part il y a aussi une référence au regard : « fais-moi voir » lui dit le plombier. Quoiqu’il en soit, nous pouvons saisir à partir de ce fantasme ce que Lacan entend à proprement parler et dans le réel d’une cure, par le terme de « castration symbolique »
« Néanmoins je voudrais que ceux d’entre vous qui auront bien voulu se soumettre à cette épreuve, me disent la prochaine fois si quelque chose dans ce qu’ils auront lu ne les frappe pas, qui fait le contraste entre l’étape de départ où nous voyons le petit Hans développer à plein tuyau toutes sortes d’ima­ginations extraordinairement romancées concernant ses relations avec tout ce qu’il adopte comme ses enfants. C’est un thème de l’imaginaire où il se démontre avec une grande aisance, comme en quelque sorte encore dans l’état où il peut prolonger, où c’est tellement même le jeu de leurre avec la mère qu’il prolonge, qu’il peut se sentir tout à fait à l’aise lui-même dans une position qui mêle l’identification à la mère, l’adoption d’enfants et en même temps toute une série de formes amoureuses de toutes les gammes, qui va depuis la petite fille qu’il sert et courtise d’un peu près, qui est la fille des propriétaires de l’endroit de vacances où ils vont, jusqu’à la petite fille qu’il aime à distance, et qu’il situe comme déjà inscrite dans toutes les formes de la relation amoureuse qu’il peut poursuivre avec une très grande aisance sur le plan de la fiction.
Et le contraste entre cela et ce qui va se passer quand après les interventions du père, sous la pression de l’interrogation analytique plus ou moins dirigée du père auprès de lui, il se livre à cette sorte de roman vraiment fantastique dans lequel il reconstruit la présence de sa petite sœur dans une caisse dans la voiture sur les chevaux, bien des années avant sa naissance. Bref la cohérence que vous pourrez voir se marquer massivement entre ce que j’appellerai l’orgie imaginaire au cours de l’analyse du petit Hans, avec l’intervention du père réel.

En d’autres termes, si l’enfant aboutit à une cure des plus satisfaisante, nous verrons ce que veut dire cure satisfaisante à propos de sa phobie, c’est très nettement pour autant qu’est intervenu le père réel qui était si peu intervenu jusque là, parce qu’il a pu intervenir d’ailleurs parce qu’il avait derrière le père symbolique qui est Freud. Mais il est intervenu, et dans toute la mesure où il intervient, tout ce qui tentait à se cristalliser sur le plan d’une sorte de réel prématuré repart dans un imaginaire si radical qu’on ne sait plus même tel­lement bien où on est, qu’à tout instant on se demande si le petit Hans n’est pas là pour se moquer du monde ou pour faire un humour raffiné, et il l’est d’ailleurs incontestablement, puisqu’il s’agit d’un imaginaire qui joue pour réor­ganiser le monde symbolique. Mais il y a en tous cas une chose certaine, c’est que la guérison arrive au moment où s’exprime de la façon la plus claire sous la forme d’une histoire articulée, la castration comme telle, c’est à savoir que « l’installateur » vient, la lui dévisse et lui en donne une autre.
C’est exactement là que s’arrête l’observation. La solution de la phobie est liée à si on peut dire, la constellation de cette triade intervention du père réel, et nous y reviendrons la prochaine fois, tout soutenu et épaulé qu’il soit par le père symbolique. II entre là-dedans comme un pauvre type. Freud à tout instant est forcé de dire : c’est mieux que rien, il fallait bien le laisser parler, surtout dit-il – et vous le trouverez au bas d’une page comme je vous l’articule – « ne comprenez pas trop vite », et ces questions avec lesquelles il le presse. Manifestement, il fait fausse route. N’importe, le résultat est scandé par ces deux points : l’orgie imaginaire de Hans, l’avènement si on peut dire de la castration pleinement articulée comme ceci : on remplace ce qui est réel par quelque chose de plus beau, de plus grand. L’avènement, la mise au jour de la castration est ce qui met à la fois le terme à la phobie, et ce qui montre, je ne dirais pas sa finalité, mais ce à quoi elle supplée.
Il n’y a là, vous le sentez bien, qu’un point intermédiaire de mon discours, simplement j’ai voulu vous en donner assez pour que vous voyiez où s’étage, où s’épanouit son éventail de question. Nous reprendrons la prochaine fois cette dialectique de la relation de l’enfant avec la mère, et la valeur de la signification véritable du complexe de castration » .

19 – La caisse à bébés ou comment Hans se venge de son père en se moquant de lui

10 décembre 2015 par Liliane Fainsilber

chevalDans ce que rapporte son père de la journée du 11 avril, nous avons toujours le thème de la baignoire, après le fantasme au perçoir, il déploie le fantasme que sa mère le noie dans la baignoire, tout comme il a souhaité que sa petite sœur soit elle aussi noyée et qu’il en soit ainsi définitivement débarrassé ( p. 139 des cinq psychanalyses ) :

« Moi – Quand tu étais là pendant que maman donnait son bain à Anna, tu as peut-être souhaité qu’elle lâchât les mains, afin qu’Anna tomba dans l’eau ?
Hans – Oui.
Nous croyons que le père de Hans a ici deviné très juste. »
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18 – Le fantasme au perçoir

22 octobre 2015 par Liliane Fainsilber

Freud et le Petit-HansNous en sommes à la page 137 des cinq psychanalyses. Le père continue de plus belle son interrogatoire et brouille toutes les pistes que tente d’explorer le Petit-Hans. Au milieu de cette recherche Freud intervient pour donner quelques conseils à ceux qui souhaiteraient devenir psychanalystes : « Le père de Hans pose trop de questions et pousse son investigation d’après des idées préconçues, au lieu de laisser le Petit-Hans exprimer ses propres pensées. C’est pourquoi l’analyse devient obscure et incertaine. Hans suit son propre chemin et n’arrive à rien quand on veut l’en détourner. Son attention est évidemment accaparée par le loumf et le pipi nous ne savons pas pourquoi. …Lire la suite

17 – L’ennui dans l’analyse

9 octobre 2015 par Liliane Fainsilber

Freud et le Petit-HansNous en étions au « Wegen/Wagen » de la page 133 mais j’ai repris quelques pages avant à partir page 130 de l’observation du Petit-Hans, dans les cinq psychanalyses).
Ce commentaire de Freud arrive en effet à point nommé : « L’analyse fait peu de progrès ; son exposé je le crains, va bientôt ennuyer le lecteur. Il est cependant dans toute psychanalyse de telles périodes d’obscurité. Hans va bientôt pénétrer dans une région où nous ne nous attendions pas à le voir aller ». …Lire la suite

12 – Le signifiant cheval comme « un soc qui va refendre d’une nouvelle façon le réel »

22 septembre 2015 par Liliane Fainsilber

Lacan et le petit-HansCette séance du 8 mai 1957 de le relation d’objet a beaucoup d’intérêt. Il faut vraiment la lire ligne à ligne. Dans les premiers paragraphes, Lacan y décrit donc ce qu’il appelle « la fomentation mythique du Petit-Hans, fomentation qu’il rapproche de ce que Freud appelle « les théories sexuelles infantiles ». théories sexuelles qui sont de trois ordres : Tous les êtres vivants ont un phallus. Les hommes et les femmes peuvent avoir un enfant. Il vient par l’anus. Enfin ce qu’il appelle « la conception sadique du coït. …Lire la suite

Une remarque de Freud à propos des effets de la guerre sur les belligérants

1 août 2015 par Liliane Fainsilber

 

nevinson_returning_to_the_trenches-smallJ’ai trouvé dans l’une des lettres de Freud adressée à Jones une remarquable description métapsychologique des mécanismes déclencheurs d’une névrose de guerre. Il écrit cette lettre peu de temps après la fin de la guerre de 1914 puisqu’elle est datée du 17 octobre 1918. Il écrit : « … je suis généralement, en ce moment dépourvu d’idées, néanmoins quelques unes me viennent à l’esprit le matin au réveil. Je mets à votre disposition la dernière de celles-ci, relative aux névroses traumatiques de guerre. …Lire la suite

L’eau à la bouche

26 juillet 2015 par Liliane Fainsilber

1872 Hortense Breast Feeding Paul oil on canvas Private CollectionLes signifiants de la pulsion et ses liens avec l’objet a
A propos des signifiants de la pulsion et de leurs liens avec l’objet a, dans l’occurrence, avec l’objet oral, une courte observation clinique de Ferenczi peut en apporter la preuve. Elle démontre qu’il vaut mieux ne pas ouvrir le corsage d’une femme pour espérer y retrouver l’objet pourtant à jamais perdu. Il rapporte en effet l’histoire d’un jeune médecin qui chaque fois qu’il devait ausculter une femme et qu’il approchait donc son oreille de sa poitrine se mettait à saliver. Il en avait l’eau à la bouche1 :

« Un étudiant qui finit sa médecine me raconte qu’à chaque fois qu’il va ausculter une femme et dans ce but approche sa tête de la poitrine de celle-ci, il es pris d’un brusque afflux de salive ; en général sa sécrétion salivaire ne dépasse pas la normale. Je n’ai aucun doute sur l’origine infantile ( érotisme oral) de cette particularité (cf.le cas de « pollutions buccales » communiqué par Abraham dans Zeitschr. f. Psa.IV. p.71 et sq.).

S.Ferenczi, Psychanalyse 3 , ptyalisme dans l’érotisme oral, Payot. p. 195.

« Un certain savoir sur la psychose »

24 juin 2015 par Liliane Fainsilber

GAROUSTE-Jeu-de-malin-2010_BDJ’ai eu la chance mais aussi l’honneur d’être l’amie de Jacy Arditi. C’est un honneur car elle était exigeante aussi bien par rapport à son travail que par rapport au choix de ses amis. Elle avait une grande rigueur aussi bien morale qu’intellectuelle. Elle était cultivée et grâce à elle j’ai découvert beaucoup de livres que je ne connaissais pas.Quand elle trouvait que ce que j’avais écrit était bien, je  pouvais m’y fier, quand elle le critiquait, c’était justifié, j’en tenais le plus grand compte. Le plus souvent à la fin de mon texte, elle s’écriait «  « c’est tout ! Tu ne vas quand même pas t’arrêter là ! ». Le lendemain je me remettais courageusement à l’ouvrage sous son impulsion. Tous ceux qui s’essaient à l’écriture le savent, le savoir inconscient qui demande pourtant à s’exprimer, se montre cependant rebelle, récalcitrant. Il faut le forcer, le débusquer. Jacy m’y encourageait. …Lire la suite

Du cheval à la voiture ou le travail de Freud avec le signifiant

21 juin 2015 par Liliane Fainsilber

Freud et le Petit-HansLa page 133 des cinq psychanalyses est consacrée à l’équivoque que permet la langue allemande entre « wegen » et « wagen », le premier pouvant être traduit «  à cause de » et le second étant « voiture »au pluriel. C’est à cause des voitures que le Petit Hans dit avoir attrapé la bêtise. En fait c’est à cause de cette équivoque signifiante qu’il y a eu une extension de la phobie du cheval aux voitures à chevaux. …Lire la suite