Notes sur ce Rêve d’infanticide

Le rêve qui suit fait encore partie de la série des rêves qui paraissent démentir l’affirmation de Freud que le rêve est une réalisation de désir. Ils sont tous cités dans le chapitre « La déformation du rêve » ou « La défiguration onirique ».

Voici le texte de ce rêve  qui n’est pas celui d’un analysant mais d’une connaissance de Freud, un juriste : « Je rêve, rapporte mon informateur que j’arrive devant chez moi, une dame à mon bras. Là attend une voiture fermée, un monsieur s’avance vers moi, excipe de sa qualité d’agent de police et m’enjoint de le suivre. Je le prie seulement de me laisser le temps de régler mes affaires ».1 Continuer la lecture de Notes sur ce Rêve d’infanticide

Notes sur le désir insatisfait de l’hystérique

Lacan indiquait, notamment à propos des symptômes d’Elisabeth Von R. que les hystériques s’intéressent avant tout à des situations de désir, on peut dire que c’est ce qui se passe aussi à propos du rêve de la belle bouchère.

Nous avons affaire à l’intrication de plusieurs désirs qui viennent se croiser et se recroiser, au point d’en faire un véritable imbroglio. Le désir de Freud en premier, puisqu’il s’agit du rêve d’une analysante, puis celui du mari, du peintre, et de l’amie. De plus si le désir de caviar de la bouchère renvoie au désir de saumon de son amie, celui doit encore renvoyer à un autre désir insatisfait et ainsi à l’infini.

A un premier niveau donc il s’agit d’un rêve de transfert. Le rêve de cette analysante est fait pour démontrer à Freud que le rêve, son rêve, n’est pas, contrairement à ce qu’il avance une réalisation de désir. Continuer la lecture de Notes sur le désir insatisfait de l’hystérique

Pas question d’analyser Freud, pourtant…

Dans cette séance du 9 mars 1955, Lacan continue donc son analyse du rêve de Freud, le rêve de l’injection faite à Irma, et on peut se poser une question qui me semble importante à propos de ce qu’il dit de cette analyse après-coup, au début de cette même séance et à la fin. Les deux approches paraissant, au moins au premier abord, contradictoires.

Voici la première : « Entendez bien que je ne suis pas entrain de refaire l’analyse du rêve de Freud après Freud lui-même. Ce serait tout à fait absurde. Pas plus qu’il n’est question d’analyser les auteurs défunts il n’est question d’analyser Freud mieux que Freud son propre rêve. Continuer la lecture de Pas question d’analyser Freud, pourtant…

Une vision d’horreur, la gorge d’Irma

Dans la séance précédente, celle du 9 février 1956, Lacan a commencé à lire ce rêve de l’injection faite à Irma avec l’aide du schéma L. Il inscrit ainsi sur l’axe imaginaire du schéma (du petit autre au moi), toute la première partie de ce rêve où Freud s’identifie avec toute la série des femmes puis des hommes qui ont été invités à discuter avec lui de l’état de santé d’Irma. sur l’axe symbolique (du grand A au S), Il inscrit ce qu’il appelle « sa conversation inconsciente avec Fliess, ce qui correspond donc à son auto-analyse. Nous avons donc là une première vue d’ensemble de la structure de ce rêve.

Dans cette seconde séance du 9 mars 1956, il indique : «  ce rêve nous allons le prendre avec notre point de vue de maintenant » et donc notamment avec la notion du signifiant et surtout avec les trois registres du symbolique, de l’Imaginaire et du Réel. Continuer la lecture de Une vision d’horreur, la gorge d’Irma

Lacan relit le rêve de l’injection faite à Irma avec le schéma L

Séance du 9 février 1955

Quand on commence à lire une séance du séminaire on ne sait jamais où elle va nous entraîner. Comme je voulais un peu replacer à nouveau ce rêve de l’injections faite à Irma, tel que Lacan s’y intéresse dans ce séminaire, je me suis aperçue qu’il prend cette question du rêve d’une façon inversée par rapport à celle de Freud.

Je m’explique, Freud commence par présenter matériellement ce qu’est l’interprétation d’un rêve, avec ce rêve de l’injection faite à Irma, avant même d’avancer son schéma de l’appareil psychique dans le chapitre VII du livre.

Lacan prend le chemin inverse, dans cette première séance qu’il consacre à l’analyse de ce rêve, celle du 9 février 1956, il  décrit  d’abord ce qu’il en est des différents temps d’élaboration de cet appareil de l’Esquisse à la Traumdeutung et s’arrête longuement sur les difficultés qu’a rencontré Freud pour rendre compte de l’état de conscience, ce qu’il appelle le système perception  conscience.  Il explique par une jolie métaphore, que ces appareils ne sont que les « premiers battements d’ailes de Freud » et que ce qui ne lui permettait pas de résoudre le problème c’est le fait qu’il n’avait pas encore pris en compte la question du narcissisme. Continuer la lecture de Lacan relit le rêve de l’injection faite à Irma avec le schéma L

La forme figurative du rêve

Dans cette séance du 9 mars 1955 du séminaire « Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique analytique » Lacan reprend le rêve de l’injection faite à Irma, mais tout d’abord il apporte une précision importante concernant ce que Freud appelle « les images visuelles » et qu’il définit comme des perceptions ou encore à proprement parler des « hallucinations visuelles » qui surgissent dans les rêves.

Lacan les remet en effet en question ainsi d’ailleurs que ce que Freud qualifie de régression. Il pense que Freud a été contraint d’émettre cette hypothèse en raison même des insuffisances du premier schéma de son appareil psychique, celui qu’il a inventé entre perception et conscience dans l’Esquisse.

Il les remet en question en précisant qu’il ne s’agit pas de perceptions dans le rêve mais d’images, donc du « figuratif »  et à proprement parler de l’imaginaire.

Selon lui «si le terme d’imaginaire avait pu être employé à ce moment là, cela aurait levé bien des difficultés et contradictions. »C’est là qu’on retrouve la métaphore du rêve comme un rébus, un rébus à déchiffrer.

P. 84 et 85 de L’interprétation des rêves on retrouve ce point de vue de Freud : «  Le rêve pense donc de façon prépondérante en images visuelles, mais pas exclusivement. Il travaille aussi avec des images auditives et dans une moindre mesure avec des impressions d’autres sens […] Mais ne sont cependant caractéristiques du rêve que les éléments du contenu qui se comportent comme des images, c’est à dire sont plus semblables aux perceptions qu’aux représentations mnésiques. Par delà toutes les discussions bien connues du psychiatre sur la nature de l’hallucination, nous pouvons déclarer avec tous les auteurs compétents que le rêve hallucine, qu’il remplace des pensées par des hallucinations ».

Dans cette citation, nous pouvons remarquer la différence que Freud établit déjà entre ces dites perceptions et les représentations mnésiques soit les traces mnésiques de l’objet qui sont constitutives de l’inconscient (équivalentes à la fois à ces Vorstellungen freudiennes et ces signifiants lacaniens). Les unes, ces images visuelles, sont de l’ordre de l’imaginaire, vient de nous indiquer Lacan, les autres de l’ordre symbolique. Ne nous manque plus que le réel. Il est très présent dans ce rêve de l’injection à Irma tout au fond de cette gorge profonde.

Cette retraduction des images visuelles, de ces « représentations d’images » avancées par Freud en figuratif, en imaginaire est indispensable pour saisir toute la portée de la relecture du rêve de l’injection faite à Irma avec la jolie petite formule que Lacan nous propose :

Elle est tirée de son grand texte inaugural «  le Symbolique, l’Imaginaire et le Réel » et reprise dans cette séance du séminaire.

Notes sur le rêve de l’injection faite à Irma

Freud a fait précédé le rêve de l’injection faite à Irma, d’une sorte de préambule qu »il a appelé « Informations préalables ». Elles étaient en effet destinées à indiquer en quelles circonstances Freud avait fait ce rêve. Son ami Otto lui avait donné la veille des nouvelles d’Irma, l’une de ses analysantes. Elle n’allait pas très bien, selon lui, et se plaignait toujours de ses malaises. Ce qui a incommodé Freud au plus au point. Ce rêve de l’injection faite à Irma, est, selon son propre aveu, un rêve de disculpation par rapport à ce qui est arrivé à Irma, mais aussi et peut-être avant tout un rêve de vengeance, le problème étant de savoir quel en était la cible réelle. Était-ce bien ce pauvre Otto, le porteur de cette mauvaise nouvelle, ou bien le Dr M. ? C’est en tout cas eux qui en font les frais dans le contenu manifeste de ce rêve. Mais on ne sait quel en sera la vraie victime dans le contenu latent. Continuer la lecture de Notes sur le rêve de l’injection faite à Irma

Une Initiation à la technique analytique

La deuxième partie de cet ouvrage, « L’interprétation du rêve », a pour titre «  la méthode d’interprétation du rêve ; Analyse d’un modèle de rêve ». Nous arrivons donc à la lecture du fameux rêve de l’injection faite à Irma, longuement depuis commenté par les analystes et notamment par Lacan dans le séminaire « Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse ». Mais auparavant, Freud, en quelques pages pose, avec brio et rigueur, ce qu’il en est de la règle analytique, celle de l’association libre. C’est dans le cadre de cette thérapeutique des symptômes qu’il replace en effet la théorie du rêve et les possibilités de son interprétation. Continuer la lecture de Une Initiation à la technique analytique

Ces énigmatiques « représentations » du rêve

 

L’ambiguïté de ces termes « vorstellungen » traduits en français par « représentations » est développée dans cette partie de la littérature sur le rêve qui a pour titre «  Les particularités psychologiques du rêve ». Deux rêves de Maury nous emmènent en voyage et notamment sur l’île de Gilolo1 et servent à les cerner.

1 – La partie du texte qui suit décrit bien le fait que ces représentations du rêve sont tout d’abord des images visuelles : « Les auteurs dont je reproduis ici le point de vue se représentent la formation des rêves à peu près de la manière suivante : la somme des stimuli sensoriels agissant pendant le sommeil à partir des différentes sources mentionnées à un autre endroit éveillent d’abord dans le psychisme un certain nombre de représentations qui se présentent d’abord comme des hallucinations (lesquelles seraient plutôt pour Wundt des illusions en raison des de leur provenance de stimuli externes et internes ). Ces représentations se lient les unes aux autres selon les lois d’association bien connues, et éveillent de leur côté, selon les mêmes règles, une nouvelle série de représentations (d’images). » Continuer la lecture de Ces énigmatiques « représentations » du rêve

Les Images du rêve

Ce chapitre «  Particularités psychologiques du rêve » est vraiment très intéressant car Freud souligne trois points d’une extrême importance. Tout d’abord, il emprunte à Fechner ce qui deviendra pour lui «  L’Autre scène du rêve » qui ne peut être domiciliée dans aucune localisation anatomique mais dans ce qu’il appelle « l’appareil psychique ». (p.83, traduction Lefebvre).

En second point, il décrit le rêve comme cette transformation, sur cette scène du rêve, des traces mnésiques, des représentations, en images visuelles qui non seulement existent en elles-mêmes mais sont aussi dramatisées, organisées en scénario.

Freud souligne de plus qu’à ce scénario on y croit, on croit à sa réalité. Il utilise le terme de crédulité à propos de ce qui arrive dans le rêve. ( à ce propos, je me demande quelle différence il y a entre la croyance et la crédulité)

Toute la question, à propos de ce second point est donc de savoir quel est ce lien entre ces tenant-lieux de la représentation et ces images. A cela on peut commencer à répondre en se rappelant que Freud a affirmé que le rêve est un rébus. Je pense que nous allons le retrouver dans le texte de l’Interprétation et que donc deviner ce que veut dire le rébus, d’épeler les mots qui correspondent aux images qui permettent donc de le lire, sera une façon de retrouver ces représentations mnésiques qui s’y trouvent cachées. Continuer la lecture de Les Images du rêve