Le goût de la psychanalyse - Liliane Fainsilber Le goût de la psychanalyse

Elle chante, elle rit, elle instruit, elle subvertit, elle est “tout langage” : L’expérience d’une psychanalyse n’est pas de tout repos, aussi bien, pour l’analysant que pour l’analyste mais tous deux peuvent aussi y trouver quelques plaisirs et quelques joies avec la découverte des plus jolies fleurs de l’inconscient. Rêves, lapsus et surtout traits d’esprit suffisent à susciter pour chacun ce goût de la psychanalyse. Avec les quelques pages de ce site nous souhaitons vous faire venir l’eau à la bouche, vous mettre en appétit. Ce site du goût de la psychanalyse est très ancien. J’essaie de le rendre plus vivant sous la forme de ce blog. Mais il est pour l’instant en plein chantier. Le temps qu’il prenne un aspect plus avenant, reportez vous à l’ancienne adresse.

Comment les souvenirs d’enfance oubliés sont retrouvés dans et par les rêves

7 novembre 2019 par Liliane Fainsilber

asplenium ruta muralisLes rêves « hypermnésiques »
Ce qualificatif d’hypermnésique à propos du rêve a été choisi par Freud dans l’un des premiers chapitres de son Interprétation du rêve, intitulé «  B – Le matériau du rêve -La mémoire dans le rêve ». Au cours de mes premières lectures de cet ouvrage, il y a des années, je n’avais jamais prêté attention à ce qualificatif qui résonne pourtant bien avec la célèbre amnésie infantile. C’est en effet grâce, si on peut dire, à ces rêves hypermnésiques (ou supermnésiques ?) que cette dite amnésie infantile peut être levée. Car ils révèlent les plus précieux de nos souvenirs d’enfance et donc les sources de notre névrose. Il me semble que les rêves qui suivent en apportent démonstration.* …Lire la suite

“Mon père, ce héros…”

2 juin 2019 par Liliane Fainsilber

gilgamesh_louvreComment des prouesses de l’analysant et de celles, plus modestes, du psychanalyste, s’assurent les réinventions de la psychanalyse

“Mon père, ce héros…” Cette évocation, née des grandiloquences de Victor Hugo, pourrait être celle de chaque femme hystérique. Son père est en effet toujours pour elle ce héros féminisé souvent vaincu dont elle partage, par identification, le triste destin. De connivence avec lui, complice de ses exploits, elle garde juste ce qu’il lui faut de distance nécessaire pour pouvoir s’en amuser. C’est ce qui la sauve.

Les premiers des héros au “pays des sept épouvantes”, au pays de la phobie

C’était l’enfance de l’humanité. Sur les bords du Tigre et de l’Euphrate, l’antique cité d’Ourouk élevait à peine ses remparts que déjà les deux premiers héros de l’humanité, Enkidou et Gilgamesh, avaient vu le jour. Leurs hauts faits sont racontés avec l’aide des premières écritures sumériennes.
Nous apprenons que tous deux ont tué le gardien de la forêt des cèdres, Houmbaba, un monstre dont “le mugissement est celui du déluge” et ils ont ainsi pu pénétrer, premiers des héros, dans ce “pays des sept épouvantes”.
Ils ne peuvent qu’en tirer gloire et se faire un nom :
“ Ecoutez, anciens d’Ourouk, je veux, moi, Gilgamesh, voir celui dont on parle, celui dont le nom épouvante le pays, je veux le combattre dans la forêt des cèdres, je veux couper les cèdres et me faire un nom immortel. Je ferai entendre au pays les récits du fils d’Ourouk et le pays dira : “Qu’il est vaillant le fils d’Ourouk!” …Lire la suite

Trois boutures de jasmin; Nouvelles

21 février 2019 par Liliane Fainsilber

Souleyman est marocain. Il vient de la région de Ouarzazate. Ses parents y cultivent un petit lopin de terre et possèdent quelques palmiers. Adolescent, il rêve d’une vie meilleure et envisage de venir en France pour y travailler. Un jour, il prépare un très léger bagage et se met en route vers le Nord. Sa jeune sœur, Leila, glisse dans son sac trois boutures du jasmin odorant qui pousse au pied de leur modeste maison de briques…

Trois boutures de jasmin est le titre de l’une de ces nouvelles. Quelques autres l’accompagnent : Arthur le poète ; La terrible vengeance de Victoire, la petite trapéziste; Une escapade en déambulateur ; La vie de château ou encore «Ma vie avec le docteur Lacan».

Une messagère clandestine s’est glissée entre les pages de cet ouvrage, espérons que le lecteur la découvrira avec plaisir.

Photo de couverture Daniel Denise.

Sculpture de Gilles Blanchard : «Secrets de famille».

couverture Trois boutures

A propos des effets de la guerre sur les belligérants

15 décembre 2018 par Liliane Fainsilber

nevinson_returning_to_the_trenches-smallJ’ai trouvé dans l’une des lettres de Freud adressée à Jones une remarquable description métapsychologique des mécanismes déclencheurs d’une névrose de guerre. Il écrit cette lettre peu de temps après la fin de la guerre de 1914 puisqu’elle est datée du 17 octobre 1918. Il écrit : « … je suis généralement, en ce moment dépourvu d’idées, néanmoins quelques unes me viennent à l’esprit le matin au réveil. Je mets à votre disposition la dernière de celles-ci, relative aux névroses traumatiques de guerre.

Il s’agit d’un conflit entre deux idéaux du moi, l’idéal habituel et celui que la guerre a suscité chez le sujet. Le dernier idéal se rapporte aux relations avec de nouveaux objets ( officiers et camarades) et équivaut ainsi à un investissement objectal. Nous pourrions parler d’un choix objectal en disharmonie avec le moi ( en note : en disharmonie avec le moi antérieur). Donc le conflit peut se produire tout à fait comme dans les psychonévroses ordinaires. En terme de théorie, un nouveau moi s’est développé sur la base d’un investissement libidinal d’objet et le moi ancien tend à l’en déloger. Il y a ainsi lutte à l’intérieur du moi et non entre le moi et la libido, ce qui au fond revient au même ».
Et à cette analyse, il rajoute cette remarque frappante concernant une similitude entre ces névroses de guerre et la mélancolie : « Un certain parallélisme existe entre la mélancolie où un moi nouveau s’est établi – mais non un idéal – tout simplement un nouveau moi sur la base d’un investissement objectal abandonné ».
Donc si j’ai bien saisi ces différences dans les névroses de guerre, il y a la fois conflit entre deux idéaux du moi et deux moi – les nouveaux et les anciens. Dans la mélancolie, c’est un conflit entre les deux moi.
Pour se repérer dans cette métapsychologie, le petit schéma de Freud qui se trouve dans son chapitre « Etat amoureux et hypnose » peut se révéler précieux.

A propos de cette substitution à l’idéal du moi du sujet remplacé par un autre imposé par une armée en guerre, un idéal guerrier, on ne peut que penser aux dégâts psychiques que peut provoquer le franchissement de cet interdit imposé par la civilisation, celui du « Tu ne tueras point ». Il ne peut en effet qu’entrer en conflit avec le nouvel idéal du moi imposé au sujet, le mot d’ordre devenant « Tu tueras » et même « Tu violeras ». L’un n’allant pas sans l’autre. C’est ainsi qu’indépendamment de son ennemi, on massacre au moins psychiquement si ce n’est physiquement toute la propre jeunesse d’un pays. A bon entendeur, salut !
J’ai vu, par exemple,  il y a quelques temps, sur internet, la vidéo de soldats  passant à tabac un homme désarmé et le bourrer de coups de pieds et de coups de poings alors qu’il était à terre sans défense ! Ils étaient au moins un bonne dizaine à s’acharner sur lui.

Nul doute que ces névroses de guerre se répartissent justement entre tous les belligérants, mieux vaudrait donc en tenir compte. Ce sont toujours elles qui finissent par gagner et haut la main !

Un extrait de mon livre, « La fonction du père et ses suppléances »

13 mai 2018 par Liliane Fainsilber

Pause 6

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Les aléas de la fonction paternelle dans la névrose et dans la perversion

À partir de deux fictions littéraires, La Légende de saint Julien l’hospitalier, l’un des trois contes de Flaubert, puis le roman de Michel Tournier, Le Roi des aulnes, j’essaierai de mettre en évidence ce qui différencie au plus juste la fonction défaillante du père dans l’hystérie et dans la perversion et les deux façons de compenser ce fait psychique.

En effet, ce conte de Flaubert peut être mis au rang des grandes œuvres parricides et hystériques avec celles d’Œdipe, d’Hamlet et des frères Karamazov tandis que le roman de Michel Tournier, redonnant une nouvelle vie, par sa traduction de l’allemand vers le français, au beau poème de Goethe, se révèle une magnifique analyse structurale, une rigoureuse mise à plat de toutes les variantes d’un vrai fantasme pervers. Ce fantasme, Michel Tournier l’appelle une pédéphorie 1. Ce nom a été forgé par lui, à partir du verbe grec phorein, porter, pour décrire la jouissance singulière qu’éprouve son héros, Abel Tiffauges, quand il porte un enfant dans ses bras. Dans la progression du roman, cette « pédéphorie » subit ensuite une « inversion maligne », elle devient « pédophilie » et nous donne donc une approche inattendue de cette perversion. …Lire la suite

La fonction du père et ses suppléances (extrait)

13 janvier 2018 par Liliane Fainsilber

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Joyce le héros, Joyce le poète…
et « Joyce le symptôme »

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Il est tentant de mettre à l’épreuve la comparaison des deux approches de la création poétique que nous proposent Freud et Lacan en se référant à l’une des premières œuvres de James Joyce, Dedalus. Joyce s’y identifie à ce héros du mythe grec qui avait construit, à la demande du roi Minos, un labyrinthe pour y enfermer le Minotaure. Pour pouvoir s’échapper de cette île, Dédale et son fils Icare se fabriquèrent des ailes et purent ainsi échapper à leur prison insulaire par les airs, tels des oiseaux.

On peut en effet retrouver dans cette œuvre de James Joyce, tout d’abord, ce que Freud nous propose, ces trois temps, passé, présent, futur, enfilés sur le cordeau du désir : le désir du lecteur est certes réveillé par la lecture de cette œuvre lorsqu’il s’identifie au héros, en l’occurrence à Dédale. Mais, selon la célèbre formule de Lacan, le désir étant « désir de l’Autre », on peut aussi en déduire, en toute bonne logique, que ce désir du lecteur est également celui de l’auteur. …Lire la suite

La fonction du père et ses suppléances

12 décembre 2017 par Liliane Fainsilber

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La fonction du père et ses suppléances
Sous la plume des poètes

Sommaire

Préface de Gérard Haddad

Chapitre I
Écrits de leur plus belle plume

1- L’art poétique et l’art analytique
2- Ces troubadours de l’inconscient que sont les poètes et les psychanalystes
3- Joyce le héros, Joyce le poète… et « Joyce le symptôme »

Chapitre II
L’œuvre poétique de Goethe évoquée par Freud et par Lacan

1- Quand Freud recevait le prix Goethe de littérature
2- Où on découvre les liens de la création poétique et de la création des symptômes. Les souffrances de Goethe et celles du jeune Werther
3- La fonction de l’œuvre qu’elle soit littéraire ou analytique
4- Quand Lacan, à son tour, s’intéresse à l’œuvre de Goethe

Chapitre III
Les naissances d’une œuvre : Proust, Mallarmé et Rilke

1- « Comme dans les bras d’un père retrouvé ».
Les premières pages écrites par le jeune Marcel Proust
2- « Je t’apporte l’enfant d’une nuit d’Idumée ! »
Douloureux enfantements
3- Avec Rainer Maria Rilke. Lettres à un jeune poète sur la mise au monde d’une œuvre

Chapitre IV
Approches littéraires des défaillances de la fonction paternelle
et des moyens d’y remédier

1- À partir de la clinique analytique, deux étayages de la fonction
du père dans la névrose et dans la psychose
2- Les aléas de la fonction paternelle dans la névrose
et dans la perversion
3- La naissance d’Ève. Un même fantasme de grossesse
du côté de la névrose et du côté de la perversion

Chapitre V
L’importance du nom propre et le désir de se faire un nom
avec Franz Kafka, Émile Zola et James Joyce

1- Les lettres du père
2- La lignée de la grande famille des Rougon-Macquart
3- L’alphabet du désir inconscient
4- Sur le désir de Joyce de se faire un nom

Chapitre VI
La version vers le père

1- La légende de Circé : une fiction littéraire
de la « version vers le père »
2- Des lectures d’Ulysse, celui de Joyce
3- Les « Écrits inspirés » de Joyce
4- Joyce taquinait-il la muse ? Ou était-il plutôt taquiné,
persécuté par elle ?
5- Non, Joyce n’était pas fou
6- La version vers le père, de ces hommes de lettres,
Freud, Lacan, Dostoïevski et Joyce

En aparté
Le démenti de la castration dans la névrose et la perversion

 

Ouvrage paru chez De Boeck Université en mars 2011.

Le livre bleu d’une psychanalyste (table des matières)

20 novembre 2017 par Liliane Fainsilber

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Table des matières

LE LIVRE BLEU D’UNE PSYCHANALYSTE

(Introduction)

I
Lapsus, rêves et symptômes
Les plus belles formations de l’inconscient

                                                     1 – Tout ce qui brille n’est pas or. Un lapsus en guise d’interprétation

2 – Au grand bal masqué du symptôme

3 – Le premier rêve de Dora
4 – Le désir de la petite fille de combler sa mère
5 – Symptôme d’un latiniste en herbe
6 – Superstitions
7 – Le solide oreiller du doute
8 – On est prié de fermer un œil

II
Fragments de théorie analytique
Quand elle surgit comme une invitée qu’on n’attendait pas

1 – Un même désir traduit dans les trois langues de l’hystérie,
de la névrose obsessionnelle et de la paranoïa
2 – La douleur de Niobé. Une énigme de la théorie freudienne :
la pulsion de mort
3 – La complainte des enfants non désirés
4 – Nécrophilie
5 – Une approche par surprise de l’anorexie
6 – De l’odorer d’Aristote à l’odorat de Freud
7 – De l’importance d’avoir du nez
8 – Jouissance, désir et symptôme
9 – La  » jouissance fourrée  » du symptôme

III
La psychanalyse dans le champ social

1 – Liens de la psychanalyse avec les sciences dites humaines
qui l’entourent, qui sont proches d’elle
2 – Non, la psychanalyse n’a rien à faire avec les neurosciences
3 – Les luttes intestines entre institutions analytiques impliquent-elles
de sérieuses divergences théoriques ?

IV
La littérature, sœur de lait de la psychanalyse?

1 – Gardez ceci qui est le plus aimé
2 – Joyce relu par Lacan, Dostoïevski relu par Freud
3 – Au nom des poètes et des romanciers : Émile Zola et James Joyce
4 – Un cadeau de Sigmund Freud refusé par Théodore Reik
5 – Le goût de la madeleine

V
Regard sur le monde qui nous entoure

1 – À toutes ces belles passantes un instant entrevues. Une célébration
de l’objet perdu
2 –  » Fantasme au vautour  » ou  » fantasme au milan  » ?
3 – Secrètes fragrances
4 – Sous le manteau de Noé
5 – À propos d’une amusante expression S’agiter comme un diable
dans un bénitier
6 – Promenade dans les jardins d’Épicure
7 – L’imagination au pouvoir
8 – Ces plaisirs de la bouche

VI
Les malaises de la civilisation en 2008

1 – Le besoin de protection par le père
2 – L’homme est un loup pour l’homme
3 – La salle d’audience du sujet névrosé. Où il se met lui-même en accusation
4 – Les motivations inconscientes du criminel, du délinquant… et de ses juges
5 – Ces  » sauvageons  »
6 – À qui la faute ? Les premières relations de l’enfant à sa mère,
 » facteurs primaires  » de la délinquance
7 – Quand un psychanalyste, au temps de Freud, s’intéressait
aux questions de la délinquance

VII
De guet-apens en escarmouches
Les effets du complexe de castration des hommes et des femmes

1 – Si la guerre des sexes m’était contée
2 – Féminisme et féminité

VIII
Les défaillances de la fonction paternelle dans le champ social :
leurs effets pour le sujet

1 – Quand les tests de paternité prennent force de loi
2 – L’importance du nom propre
3 – Retour au pays de sa naissance. Nos traces silencieuses
4 – À propos du film de Pedro Almodovar Tout sur ma mère

IX
Une lecture singulière de Lacan

1 – Quand Lacan relisait Freud
2 – Quand nous relisons Lacan

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Du bon usage de la dialectique : La mise au monde de la vérité du sujet

29 août 2017 par Liliane Fainsilber

 

13308295_979684865414272_4711145515416470764_oLacan avait consacré les premières années de son séminaire à une rigoureuse relecture des Cinq psychanalyses de Freud. Ce qui est resté de sa lecture de Dora c’est le texte « Intervention sur le transfert » .

Il part de cette première définition  » La psychanalyse est une expérience dialectique  » et c’est en référence à cette expérience, qu’il compte aborder la question du transfert.

Il  va en effet ne le  » définir (qu’) en termes de pure expérience dialectique  »

Je vais suivre ligne à ligne, de la page 216 à 218, ce que Lacan développe de cette expérience dialectique dans laquelle le concept du transfert peut être abordé comme étant à la fois l’obstacle mais aussi le moteur de cette expérience. C’est en effet grâce à lui que se produisent à chaque fois des renversements dialectiques qui donnent naissance à une  » autre  » vérité. Je mets cette autre entre guillemets parce que ce fait mérite d’être précisé avec le vif de la clinique et notamment par rapport à l’histoire de Dora. …Lire la suite

Déchiffrer les imbroglios du double graphe du désir avec l’aide de Geluck

16 août 2017 par Liliane Fainsilber

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En lisant le séminaire des Formations de l’inconscient, on peut réussir à reconstruire les trajets sur le graphe du désir des deux traits d’esprit que Lacan  a emprunté à Freud, celui du « Famillionnaire » et celui du veau d’or qui n’est plus adoré car il est, de par la magie de son auditeur, devenu veau de boucherie.

Il faut toujours, pour qu’un trait d’esprit fasse rire, qu’il apporte une touche d’absurdité et de faute de logique : J’aime bien celui-ci inventé par Geluck : « Ce qu’on est arrivé à faire avec le téléphone sans fil, est-ce qu’on va le réussir un jour avec les haricots ? »  Qu’y a-t-il en effet de commun entre ces deux fils à part le mot lui-même ?

On voit bien que c’est au niveau du code que s’effectue le changement de sens de ce fil et que c’est ce virement de la signification qui nous fait rire. Cependant,  même si on peut mécaniquement leur faire suivre les trajets du veau d’or et du veau de boucherie, on  ne voit pas trop ce qu’on gagne dans cette analyse à part cette sorte de forçage effectué entre les haricots verts et le téléphone. Il y a quand même un côté un peu trop dérisoire de ce gain de plaisir  et on finit par se demander s’il est si réussi que cela.  Mais  on peut penser que ce qui fait son efficace c’est peut-être le rappel du fait que l’Autre est construit pareil que le sujet, qu’il a lui aussi des besoins et qu’éventuellement il lui arrive de manger des haricots verts qui se trouvent avoir plein de fils.

Ce serait donc une façon un peu ordinaire, prosaïque, d’introduire ce graphe bleu, ce graphe du désir de l’Autre, cet Autre qui,  pour pouvoir entériner le trait d’esprit, doit être construit comme le sujet. Cet Autre en effet ne peut pas être un ordinateur, il doit être un être humain réel, de chair et de sang : il doit pouvoir s’étrangler avec les fils des haricots verts, tout comme il se prenait les pieds dans les fils de son téléphone. Maintenant il y a la WIFI mais heureusement les haricots ont gardé leurs fils !

A propos de ces fils de téléphone qui pouvaient toujours faire des nœuds si inextricables, je me suis soudain souvenue à propos de ce mot de Geluck du fait que, lors de ma première rencontre avec Lacan,  pendant que j’essayais sans doute de façon fort embrouillée de lui dire pourquoi j’avais tellement besoin de faire une analyse et avec lui, comment pendant que je parlais, il désembrouillait lui fort patiemment et avec beaucoup d’attention les fils de son propre téléphone, comme s’il ne m’écoutait pas, alors que je le sentais pourtant fort attentif. Voilà jusqu’où peuvent mener les fils des haricots verts : aux toutes premières paroles de l’analyse. Dans l’après-coup, en y repensant, je me demande si le simple fait de suivre du regard ces gestes de désembrouillage effectués avec beaucoup d’application par Lacan ne me permettait pas déjà de lâcher le fil de mon discours, de le désarrimer de sa cohérence et ainsi de commencer à raconter n’importe quoi, c’est à dire l’essentiel.

Voici deux représentations de ce double graphe. L’une en superposition  montre à quel point il peut être embrouillé, Il y a coïncidence entre les alpha et les gamma des deux graphes, pour que ces fils puissent passer de l’un à l’autre.

  • haricots 2Pour pouvoir être authentifié par l’Autre en tant que trait d’esprit, il faut en effet que, arrivé en ce lieu du code, le trait d’esprit passe par le graphe du désir de l’Autre, soit en quelque sorte adopté par lui, avant de faire retour sur le message, et donc  donner, par son rire, reconnaissance de la validité de ce mot d’esprit. C’est ce graphe que Lacan a dessiné en bleu.

haricots verts Dans ce second schéma, les deux graphes sont en voie de séparation et le graphe bleu est même en passe de remonter d’un cran pour devenir… graphe complet du sujet. Par ce graphe bleu qui vient chevaucher le graphe du désir du sujet pour constituer ce graphe complet, on saisit du regard, par exemple, le sens que prend cette formule de Lacan : « L’inconscient, c’est le discours de l’Autre ».

double graphe

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Ce texte est un avant-goût de mon livre qui est un viens-avec moi du graphe du désir

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