Le goût de la psychanalyse - Liliane Fainsilber Le goût de la psychanalyse

Elle chante, elle rit, elle instruit, elle subvertit, elle est “tout langage” : L’expérience d’une psychanalyse n’est pas de tout repos, aussi bien, pour l’analysant que pour l’analyste mais tous deux peuvent aussi y trouver quelques plaisirs et quelques joies avec la découverte des plus jolies fleurs de l’inconscient. Rêves, lapsus et surtout traits d’esprit suffisent à susciter pour chacun ce goût de la psychanalyse. Avec les quelques pages de ce site nous souhaitons vous faire venir l’eau à la bouche, vous mettre en appétit. Ce site du goût de la psychanalyse est très ancien. J’essaie de le rendre plus vivant sous la forme de ce blog. Mais il est pour l’instant en plein chantier. Le temps qu’il prenne un aspect plus avenant, reportez vous à l’ancienne adresse.

Notes sur ce Rêve d’infanticide

9 juillet 2020 par Liliane Fainsilber

Le rêve qui suit fait encore partie de la série des rêves qui paraissent démentir l’affirmation de Freud que le rêve est une réalisation de désir. Ils sont tous cités dans le chapitre « La déformation du rêve » ou « La défiguration onirique ».

Voici le texte de ce rêve  qui n’est pas celui d’un analysant mais d’une connaissance de Freud, un juriste : « Je rêve, rapporte mon informateur que j’arrive devant chez moi, une dame à mon bras. Là attend une voiture fermée, un monsieur s’avance vers moi, excipe de sa qualité d’agent de police et m’enjoint de le suivre. Je le prie seulement de me laisser le temps de régler mes affaires ».1 …Lire la suite

Un rêve où l’analysante voit sa fille de quinze ans, morte, dans une boite

25 juin 2020 par Liliane Fainsilber
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A la suite de ce rêve dit d’impatience, celui de voir l’homme que cette femme aimait au cours de l’enterrement de l’enfant de sa soeur, Freud ne nous raconte, cette fois-ci qu’un petit fragment de rêve de l’une de ses analysantes où il s’agit à nouveau de la mort d’en enfant.

En voici le texte :

«  Cette dame avait l’impression, dans le contexte d’un rêve assez long, qu’elle voyait sa fille unique de quinze ans, morte, couchée là devant elle, dans une boite ».

Il s’agit bien là d’une image, « une image onirique ». Freud la décrit même comme une sorte d’apparition. Elle rend bien compte de ce pourquoi il qualifie le rêve de rébus. C’est une image qu’il convient de déchiffrer, de mettre en mots. Il s’agit d’en faire le récit.

Et ce qui va justement aider au déchiffrage de ce rêve, c’est le signifiant « boite ». …Lire la suite

Le rêve d’impatience d’une femme amoureuse

13 juin 2020 par Liliane Fainsilber
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Le rêve que Freud raconte maintenant est celui d’une jeune femme qui a été élevée par sa sœur aînée. Il fait partie de toute la série de ces rêves que Freud décrit comme faisant objection au rêve comme réalisation de désir .

Quand on prend le texte même du rêve, en l’isolant de son contexte, on découvre à quel point il est impossible de l’analyser sans l’aide de la rêveuse, non seulement de ses associations mais aussi de son histoire. Il est en effet, tel quel, littéralement indéchiffrable :

« Cette nuit je rêve que je vois le jeune Cary, couché mort devant moi. Il est allongé dans un petit cercueil, mains jointes, il y a des cierges tout autour. Bref exactement la même chose que jadis avec le petit Otto, dont la mort m’a tellement bouleversée »1.

De fait, autour de ce rêve aussi sombre nous avons le plaisir de découvrir une sorte de roman d’amour en miniature, un peu désuet puisqu’il a lieu en ce début du vingtième siècle. Cette jeune fille a été très tôt orpheline et elle a été élevée dans le foyer de sa sœur aînée. Elle s’est beaucoup occupée d’un des enfants de sa sœur, Otto, qu’elle a beaucoup aimée, un enfant qui est mort.

A propos de ce rêve, elle pose directement cette question à Freud, elle le prend en quelque sorte à témoin  : «  Vous me connaissez, je ne suis pas méchante au point de désirer pour ma sœur la perte de l’unique enfant qu’elle a encore ou alors le rêve veut-il dire que je désirais plutôt la mort de Kari plutôt que celle d’Otto, que j’ai tellement préféré ? »

Et bien, comme Freud effectivement la connaît, ce qui n’est pas notre cas, il répond à sa question par la négative, non, elle ne préférerait pas que ce soit Kari qui soit mort à la place d’Otto. Mais il laisse en quelque sorte en blanc la réponse concernant sa première question puisqu’il écrit : « Je lui assurais que cette dernière interprétation était exclue ». Celle-là est exclue mais pas la première, celle concernant ce désir de mort du second enfant de sa sœur.

Peut-être que Freud ne disait, de chacun de ces rêves, que ce qui était nécessaire à sa démonstration et celui-ci entre dans le cadre de ceux qui paraissent faire obstacle à sa thèse du rêve comme réalisation d’un désir. Mais je me demande si cela n’aurait pas été trop violent de dévoiler ainsi un tel désir de vengeance de la rêveuse.

Et à ce moment là, pour interpréter ce rêve, il raconte les circonstances dans lesquelles il s’est produit et qui peuvent lui donner sens. Mais il faudra d’abord qu’il nous en dise un peu plus sur les éléments qui constituent son histoire et notamment les raisons pour lesquelles elle pouvait désirer se venger si cruellement de sa sœur.

« Orpheline de bonne heure la fillette avait été élevée dans la maison de sa sœur, nettement plus âgée qu’elle, et parmi les amis et les visiteurs, elle avait également rencontré l’homme qui fit une impression durable sur son cœur. Il sembla un moment que ces relations à peine déclarées allaient s’achever par un mariage mais ce dénouement heureux fut mis en échec par la sœur, dont les motifs ne furent jamais complètement clarifiés. Après la rupture, l’homme aimé par notre patiente évita la maison ; quant à elle peu après la mort du petit Otto, vers qui elle avait entre-temps détourné toute sa tendresse, elle prit son autonomie. Mais elle ne parvint pas à s’affranchir de la dépendance dans laquelle l’avait plongée son inclination pour l’ami de sa sœur […] Chaque fois que l’homme aimé qui faisait partie des gens de lettres avait annoncé une conférence ici ou là elle figurait infailliblement parmi les auditeurs et d’une manière générale elle ne manquait aucune occasion de le voir de loin en lieu tiers. »

Or le jour même où elle avait fait ce rêve, elle devait se rendre à un concert où elle espérait bien le rencontrer. Freud interprète donc son rêve comme un rêve d’impatience. Tout comme le jour de l’enterrement du petit Otto, si Kari mourrait, elle pourrait à nouveau rencontrer cet homme si intensément aimé et d’une façon si désespérée.

On brûlerait  de savoir pour quelles raisons (autres qu’inconscientes) sa sœur aînée avait fait obstacle à ce mariage.   La différence d’âge, à cette période, n’était pas en soi un obstacle, mais des raisons confessionnelles pouvaient tout à fait l’être. De toute façon, cet homme aimé avait quand même été nommé par Freud « ami de sa sœur ». Elle n’avait pas forcément souhaité le partager avec sa petite sœur.

A propos de ce rêve,   je me suis posée la question de savoir  si les rêveurs dont il raconte les rêves dans cet ouvrage en avaient été informés.  C’est une supposition,  mais peut-être que la courte et toujours élogieuse  introduction qui précède ces rêves pour présenter les rêveurs était  une façon de leur donner un statut subjectif qui coupait court au reproche qu’ils auraient pu lui faire, ou qu’il se faisait à lui-même, d’avoir été traités comme des objets d’études bien qu’ en bonne compagnie, puisque Freud avait lui aussi le courage de raconter ses rêves et de les analyser.

1S. Freud, L’Interprétation du rêve, La défiguration onirique, p. 192. traduction J.P Lefebvre.

 

 

 

 

 

 

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Rêve de celle qui ne souhaitait pas passer des vacances avec sa belle-mère

30 mai 2020 par Liliane Fainsilber

j’ai commencé à travailler ce nouveau rêve.  Il a un intérêt supplémentaire,  outre son interprétation,  c’est celui de montrer ce qu’était la technique analytique de Freud, en ce temps de l’interprétation des rêves.  Il semble bien qu’il faisait,  en fonction du matériau analytique livré par l’analysant, des hypothèses sur les événements survenus dans  l’enfance du sujet qui avaient dû provoquer la névrose et surtout qu’il ne les gardait pas pour lui et lui en faisait part. Je pense que cette démarche devait correspondre à ce qu’il décrivait dans son article « Constructions en analyse ». …Lire la suite

Notes sur le désir insatisfait de l’hystérique

7 mai 2020 par Liliane Fainsilber

Lacan indiquait, notamment à propos des symptômes d’Elisabeth Von R. que les hystériques s’intéressent avant tout à des situations de désir, on peut dire que c’est ce qui se passe aussi à propos du rêve de la belle bouchère.

Nous avons affaire à l’intrication de plusieurs désirs qui viennent se croiser et se recroiser, au point d’en faire un véritable imbroglio. Le désir de Freud en premier, puisqu’il s’agit du rêve d’une analysante, puis celui du mari, du peintre, et de l’amie. De plus si le désir de caviar de la bouchère renvoie au désir de saumon de son amie, celui doit encore renvoyer à un autre désir insatisfait et ainsi à l’infini.

A un premier niveau donc il s’agit d’un rêve de transfert. Le rêve de cette analysante est fait pour démontrer à Freud que le rêve, son rêve, n’est pas, contrairement à ce qu’il avance une réalisation de désir. …Lire la suite

Le célèbre rêve de la belle bouchère

6 mai 2020 par Liliane Fainsilber

 

 

Le moment est venu de travailler le rêve de la belle bouchère. A vrai dire, comme je l’ai déjà beaucoup travaillé au fil de toutes ces années, j’avais peur d’en être un peu lassée à l’avance, mais avec Freud, les lectures sont toujours nouvelles, j’avais grand tort de le penser. Je l’ai lu et retravaillé avec un très grand plaisir

Ce rêve dit de la Belle Bouchère, figure avec quelques autres, dont le rêve de l’oncle Joseph, dans le chapitre IV de l’Interprétation du rêve, ayant pour titre, « La défiguration du rêve ». …Lire la suite

Le rêve dit des services d’amour

25 avril 2020 par Liliane Fainsilber

Ce rêve ne figure qu’en note de l’interprétation du rêve1. Il a été rapporté par le docteur Hermine von Hug-Hellmuth et il est cité par Freud pour décrire ce qu’est la fonction de la censure dans la déformation du rêve. Il n’a pas été interprété mais il est malgré tout assez transparent.

Celle qui rêve est une femme de cinquante ans, veuve depuis douze ans d’un colonel de l’armée et dont l’un de ses fils est lui aussi dans l’armée.

Freud écrit « Pour effacer les passages qui lui paraissent choquants la défiguration onirique travaille dans cet exemple avec les mêmes moyens que la censure épistolaire. Celle-ci rend ce genre de passages illisibles en les recouvrant d’un large trait d’encre, la censure onirique les remplace par un marmonnement incompréhensible » …Lire la suite

Le rêve de l’oncle Joseph

20 avril 2020 par Liliane Fainsilber

Freud va répondre aux arguments de tous ceux qui objectent à son approche du rêve comme étant une satisfaction de désir, en avançant l’existence des rêves d’angoisse. A cela il rétorque qu’il faut tenir compte de l’existence du contenu manifeste et du contenu latent du rêve. Il écrit «  il est juste qu’il existe des rêves dont le contenu manifeste est de l’espèce la plus pénible. Mais quelqu’un a-t-il jamais tenté d’interpréter ces rêves, d’en mettre au jour le contenu latent ? Or, si ce n’est pas le cas, les deux objections ne nous touchent plus ; il demeure malgré tout possible que même les rêves pénibles et les rêves d’angoisse s’avèrent après interprétation être des satisfactions de désir. » …Lire la suite

Le rêve d’Anna et le rêve d’Hermann

2 avril 2020 par Liliane Fainsilber

Parmi tous les rêves d’enfants que Freud décrit dans ce chapitre III intitulé « le rêve est une satisfaction de désir », se trouvent deux rêves qui méritent d’être rapprochés l’un de l’autre, surtout si on les inscrit sur les deux chaînes, signifiante et signifiée, du graphe du désir. …Lire la suite

Rêves tout simples et rêves d’enfants

25 mars 2020 par Liliane Fainsilber

Dans ce chapitre III intitulé «  le rêve est une réalisation de désir », Freud décrit quelques rêves qu’il qualifie de « simples ». Et bien sûr on peut se poser la question de ce qu’il entend par là. De la série d’exemples qu’il donne, il me semble qu’on peut en déduire qu’ils sont simples à déchiffrer et donc à interpréter. Ils ne font pas mystère du désir qui s’y exprime. Celui-ci n’est pas masqué, déguisé, comme il le précisera dans le chapitre suivant sous le titre la « défiguration du rêve ».

Ces caractéristiques étant posées on peut aisément les retrouver dans quelques-uns des rêves décrits, le premier rêve de soif que Freud raconte avant celui du rêve de l’urne cinéraire, mais aussi dans tous les petits rêves d’enfants où quelques-unes des frustrations de la journée se transforment en désirs réalisés dans les rêves de la nuit. Ils s’y expriment tous de façon explicite et ne recèlent aucun mystère. …Lire la suite