Le rêve de la guillotine (Maury) - Le goût de la psychanalyse Le goût de la psychanalyse

Le rêve de la guillotine (Maury)

1793-execution-of-louis-xvi-1316x648Ce rêve de Maury a été choisi par Freud comme un des exemples qui explicite comment les stimuli extérieurs, stimuli sensoriels, sont intégrés dans un rêve, coûte que coûte, au prix même d’un certain forçage.

Voici le texte de ce rêve tel qu’il est rapporté «  Il était souffrant, au lit, dans sa chambre. Sa mère était assise à côté de lui. Et voilà qu’il rêve de la terreur à l’époque de la révolution, assiste à d’abominables scènes de meurtres et se retrouve lui-même cité à comparaître devant le tribunal. Il vit là Robespierre, Marat, Fouquier-Tinville et tous les tristes héros de cette sinistre époque, fit face à leurs questions et fut condamné en raisons de toute sorte d’incidents annexes qui ne se sont pas fixés dans son souvenir, puis accompagné d’une foule innombrable, conduit au lieu d’exécution. Il monte sur l’échafaud, le bourreau l’attache sur la planche : celle-ci bascule, le couteau de la guillotine tombe, il sent que sa tête est séparée du tronc, se réveille en proie à la plus épouvantable angoisse. Et découvre que le baldaquin s’était effondré et avait touché sa vertèbre cervicale, très réellement comme le couteau de la guillotine. »

Le récit de ce rêve est encadré par deux faits, d’une part, il est malade et sa mère est à côté de lui, d’autre part, la chute du montant de son lit qui est venu le heurter au niveau du cou provoquant ce rêve de décapitation. Entre les deux faits se développe la trame de ce rêve d’angoisse et de terreur.

Alors on peut se dire que ce rêve met en scène d’une façon aveuglante le grand mythe œdipien selon lequel «  tout homme a un jour rêvé de coucher avec sa mère et de tuer son père ». Mais il est probable que les associations du rêveur nous auraient aussi révélé la singularité de ce rêve par rapport à l’œdipe. A partir, par exemple, de la présence de ces noms propres qui surgissent, Robespierre, Marat, Fouquier-Tinville. Il semble bien que ce soit par eux qu’il soit interrogé et condamné. Etait-ce en tant que régicide/parricide, étant donné qu’ils s’en étaient eux-mêmes rendus coupables ?

Le contenu manifeste de ce rêve semble cohérent, mais c’est parce qu’il a subi le fameux coup de badigeon qui rend ce rêve, si on peut dire, présentable pour le sujet, apte à sa mise en scène . Mais qu’adviendra-t-il de tous ces ingrédients du rêve quand il aura été fragmenté, décomposé en chacun de ses éléments, pour être déchiffré Par exemple, que révélera ce fragment du rêve qui part un peu dans l’indécis et dans le flou «  il fut condamné en raison de toutes sortes d’incidents annexes qui ne se sont pas fixés dans son souvenir ». Ces incidents annexes seront peut-être ainsi décisifs quant au sens à donner à ce rêve en tant qu’ils ont subi un effacement, un gommage dans ce rêve.

De même le fait qu’il soit accompagné d’une foule innombrable, pour être conduit jusqu’au lieu de son exécution. »suscite également notre intérêt Le voici sans nul doute, devenu dans son rêve un de ces grands héros de la révolution.

Je trouve d’autre part que ce rêve est particulièrement intéressant parce qu’il permet de poser la question de ce que serait le réel par rapport à la réalité, de les différencier. Il me semble que ce qu’on pourrait découvrir comme le Réel, réel qui ne pourrait être dégagé qu’après l’interprétation du rêve, ne se trouverait pas dans le texte du rêve lui-même, mais dans un au -delà de la condition d’apparition de ce rêve : « Il est malade et sa mère est à côté de lui ». Cela m’a fait penser à ce que décrit Rilke dans Les cahiers de Malte Laurids Brigge, sur ces angoisses de mort qu’il éprouvait quand il était malade, étant petit, et que sa mère venait le rassurer de sa présence. Il y décrivait la source de son angoisse qu’il appelait « la grande Chose ». Elle était pour lui terrifiante.

Je me suis toujours demandé comment il se fait que Lacan ne se soit jamais intéressé à l’œuvre de Rilke. En tout cas, ils ont tous deux cette Chose en commun, mais après tout, ils ne sont pas les seuls à l’avoir au cœur d’eux-mêmes.

Si on tient compte de ce que disait Lacan que tout ce qui accompagne le rêve fait partie, non pas de son contenu manifeste, mais déjà de son contenu latent, la circonstance de son rêve «  Il est malade et sa mère est à côté de lui » devrait donc être un début de son interprétation. Mais je me demande si cette règle d’interprétation est toujours valable.



Laisser une réponse

*