Ici vivent les rêves - Le goût de la psychanalyse Le goût de la psychanalyse

Ici vivent les rêves

« je n’ai pas encore fini mon rêve » Théo Tobiasse

 

Dans la partie E de cette « Littérature sur le rêve » intitulé « Les particularités psychologiques du rêve », Freud évoque en effet le lieu du rêve en prenant appui sur les études de G.T. Fechner. C’est ainsi qu’il nomme cette «autre scène du rêve » qui est celle de l’inconscient. Il explique en effet la différence entre la vie onirique et l’état de veille en supposant que «  le théâtre des opérations du rêve » n’est pas le même que « celui de la vie des représentations à l’état de veille ».

Voici la traduction de Lefevbre : « Fechner est d’avis que ni le simple abaissement de la vie psychique consciente en dessous du seuil principal, ni le retrait de l’attention par rapport aux influences de la vie extérieure ne suffisent à expliquer les particularités de la vie onirique face à la vie à l’état de veille. Il suppose au contraire que le théâtre des opérations du rêve lui aussi est un autre que celui de la vie des représentations à l’état de veille […] ce que Fechner veut dire par cette redomiciliation de l’activité psychique n’a sans doute pas abouti à quelque chose de bien clair. Personne d’autre que lui, que je sache, n’a poursuivi plus avant la piste qu’il suggère dans la remarque ci-dessus. Il faudra sans doute exclure une interprétation anatomique visant une localisation cérébrale physiologique voire faisant référence à la stratification histologique du cortex. Mais cette idée (celle de Fechner) s’avérera peut-être un jour à la fois sensée et féconde, si on la réfère à un appareil psychique construit à partir de plusieurs instances mises en action les unes après les autres. » p. 83.

Voici la traduction de Meyerson : « Fechner pense que « ni le simple passage de la vie mentale au dessous du seuil de la conscience », ni le fait que nous soustrayons notre attention aux influences du monde extérieur ne suffisent à expliquer tout ce que la vie du rêve a de particulier, d’opposé à la veille. Il croit bien plutôt que la scène du rêve n’est pas la même que celle où se déroulent nos représentations pendant la veille […] On n’a pas pu savoir clairement, il est vrai ce que Fechner entendait par ce déplacement de la vie psychique ; personne que je sache n’a poussé ces recherches dans le sens qu’il avait indiqué. Il semble qu’il faille exclure une explication anatomique : localisation cérébrale ou stratification histologique du cortex. Mais la pensée de Fechner nous apparaîtra sagace et féconde, si nous l’appliquons à l’appareil psychique, que nous supposerons formé d’instances successives. » p. 50.

Ainsi Freud nous y invite, ce lieu du rêve est à localiser au sein de l’appareil psychique, appareil psychique dont il existe plusieurs ébauches, celle de l’Esquisse, celle de la lettre 52 et enfin celle du Chapitre VII de cet ouvrage que Freud nous annonce ainsi dans ces premiers chapitres de cette littérature sur le rêve. C’est là, dans cet appareil psychique que le rêve est domicilié. Dans sa traduction, Lefebvre choisit, pour caractériser ce lieu du rêve, le terme de « redomiciliation de l’activité psychique » à la place de « déplacement ».

Lacan lui l’appelle, en traduisant littéralement le texte de Freud, «  une autre localité ». C’est dans l’une des séances du séminaire « Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse », du 12 Février1964, qu’à son tour, il évoque cette autre scène du rêve et, à la suite de Freud, il la localise entre perception en conscience, au lieu dit de l’inconscient, non sans marquer aussi cet autre lieu, celui du réel, sous la forme du trauma.

« Et ce Zwang, cette contrainte à quoi nous sommes obligés, dit FREUD, qu’il définit par la Wiederholung [répétition], ce quelque chose par où toujours nous ne pouvons que cerner ce point central où elle commande le détour même du processus primaire. Ce processus primaire, qui n’est autre que ce que j’ai essayé pour vous de définir dans les dernières leçons sous la forme de l’inconscient, il nous faut bien une fois de plus le saisir dans son expérience de rupture « entre perception et conscience», vous ai-je dit, dans ce lieu, ce lieu intemporel et qui force à ce que FREUD appelle: «einer anderen Lokalität» qui est une autre localité, un autre espace, une autre scène. Cet « entre perception et conscience», nous pouvons à tout instant le saisir. L’autre jour, n’ai-je point été éveillé, d’un court sommeil où je cherchais le repos, par quelque chose qui frappait à ma porte déjà avant que je me réveille. Avec ces coups pressés, j’avais déjà formé un rêve, un rêve qui me manifestait autre chose que ces coups. Et quand je me réveille, ces coups, cette perception, si j’en prends conscience, c’est pour autant qu’autour d’eux, je reconstitue, je replace toute ma représentation, je sais que je suis là, à quelle heure je me suis endormi, et ce que je cherchais par ce sommeil. Quand le bruit du coup parvient non point à ma perception mais à ma conscience… ».

Note 1 – j’ai été vérifier la chronologie de l’élaboration de cet appareil psychique, c’est l’Esquisse qui est première (automne 1895). La lettre 52 vient en second (6/12/1896) et l’élaboration du chapitre VII de l’interprétation du rêve en est son achèvement en novembre 1899. Il reste que j’aime bien la première description de Freud dans l’Esquisse entre les trois systèmes phi, psy, et oméga. J’en avais reconstitué ce schéma autour de ce Das Ding isolé par Lacan dans le texte freudien. Cette autre « localité » où se déploie le rêve est celle du système psy, celle que Lacan décrit comme étant celle ou tourne la ronde des Vorstellungen. la ronde des signifiants, c’est là que vivent les rêves.

Note 2 – page 15 de cette séance (sténotypie) des Quatre concepts fondamentaux Lacan évoque le représentant de la représentation et propose de le traduire plutôt comme étant le tenant-lieu de la représentation.

Note 3. Quand nous en serons au rêve de l’enfant qui brûle, dans le chapitre VII, il faudra se rappeler que Lacan en parle dans cette séance.

 

 

 

 

 

 



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