Une obsession de l’Homme aux loups : « Dieu-Crotte, Dieu-Cochon » - Le goût de la psychanalyse Le goût de la psychanalyse

Une obsession de l’Homme aux loups : « Dieu-Crotte, Dieu-Cochon »

 

La névrose obsessionnelle de l’Homme aux loups est étroitement intriquée à sa foi religieuse. Freud analyse toutes les composantes de cette intrication. Par son identification au Christ il satisfaisait sa passivité envers le père en fonction de ces trois divisions selon le stade génital (homosexuel dans l’inconscient), selon le stade anal, masochique, selon le stade oral, dans sa névrose, peur d’être dévoré par le père-loup. Mais par contre il arrive à s’inscrire comme un homme dans la fonction phallique grâce à cette identification au Christ.

P.221 ( L’homme aux loups par ses psychanalystes et par lui-même) Freud aborde un autre aspect des effets de son enseignement de l’histoire sainte, il pouvait grâce à la religion satisfaire également son ambivalence et sa révolte à l’égard du père. Jusqu’à présent, aucune trace de ce désir de la mort du père qui était prévalent dans la névrose obsessionnelle de l’Homme aux rats, n’a été mise en évidence par Freud à propos de celle de l’Homme aux loups et même là, on s’aperçoit que cette haine est haine avant tout de Dieu et non pas tellement haine de son père. C’est même en raison de l’amour qu’il éprouve pour son père qu’il peut tellement détester Dieu.

Par rapport au grand mythe de Totem et tabou, cela peut paraître être une singularité de l’Homme aux loups. En effet selon le mythe, c’est après avoir tué le père et l’avoir mangé, que les fils pris de remords, inventèrent Dieu auquel ils adressèrent ensuite leur amour. Là, il semblerait que Sergeï prend appui sur l’amour de son père, pour détester Dieu et non pas l’inverse. Mais de fait ce n’est qu’une question de temps logique car l’amour de Dieu peut avoir été rejeté et transformé en révolte et en haine. A sa façon, le Christ se révolte contre le dieu de ses pères, puisque il est le descendant d’une longue lignée de juifs avant de fonder sa nouvelle religion et de triompher de leur Dieu.

Ce n’est pas très clair dans ce que Freud en décrit parce que c’est de fait encore plus complexe « Le garçon ressentit en quelque sorte l’ambivalence affective à l’égard du père qui est inscrite dans toutes les religions, et attaqua sa religion à cause du relâchement de ce lien paternel ». Ce relâchement est lié à la remise en cause de ce que lui avait raconté sa Nania que sa sœur était l’enfant de sa mère et lui l’enfant de son père, que d’autre part Joseph n’était que le père nourricier du Christ et que son vrai père s’était Dieu. En quelque sorte un vrai pataquès sur cette question du père.

« Naturellement son opposition cessa bientôt d’être un doute sur la vérité de la doctrine et se tourna directement contre la personne de Dieu. Dieu avait traité son fils durement et cruellement, mais il n’était pas meilleur à l’égard des hommes. Il avait sacrifié son fils et exigé la même chose d’Abraham. Il commença à redouter Dieu. »

Ainsi sa haine de Dieu devint crainte de Dieu. Il y a tout un passage qui suit où Freud analyse les liens entre sa révolte contre Dieu et ces sentiments ambivalents à l’égard de son père :

C’est l’amour de son père qui alimentait sa révolte contre Dieu mais dans le même temps, sa haine du père venait renforcer cette hostilité qu’il éprouvait à l’égard de Dieu : « Ce fut donc le vieil amour pour son père… auquel il emprunta l’énergie de combattre Dieu et la perspicacité nécessaire à la critique de la religion. Mais d’autre part, cette hostilité contre le nouveau Dieu n’était pas non plus un acte originel, elle avait son modèle dans une motion hostile contre le père, qui était apparue sous l’influence du rêve d’angoisse et n’était au fond qu’une renaissance de celle-ci ».

Toujours dans cette même page 221, Freud articule maintenant en lien avec cet amour et cette haine du père, le surgissement de ces symptômes obsessionnels qui prennent la forme de blasphèmes, blasphèmes contre Dieu et plus précisément du conflit entre les deux :

« Les deux motions opposées qui devaient régir toute sa vie ultérieure se rencontraient ici dans le combat d’ambivalence à propos du thème de la religion. Ce qui résulta de ce combat comme symptôme, les idées blasphématoires, la compulsion qui le submergea de penser Dieu-Crotte, Dieu-cochon, fut de ce fait aussi une véritable formation de compromis, comme l’analyse de ses idées nous le montrera en rapport avec l’érotisme anal. »

Un commandement

Donc si nous regroupons maintenant ce que nous savons des symptômes obsessionnels de l’Homme aux loups, il y a d’une part ce rituel qu’il avait instauré avant d’aller au lit à savoir qu’il devait baiser toutes les icônes qui tapissaient les murs de sa chambre, d’autre part ses pensées blasphématoires à l’égard de Dieu ? Une troisième série de symptômes est décrite ensuite, elle sera mise en rapport avec la maladie du père. Là aussi, comme dans l’histoire de l’Homme aux rats, existent des « commandements » : « Au cérémonial de piété avec lesquels il expiait finalement ses blasphèmes contre Dieu, appartenait aussi le commandement de respirer sous certaines conditions de façon solennelle. En faisant le signe de la croix il devait chaque fois inspirer profondément ou expirer fortement ». Nous sommes en haut de la page 222.

Je crois qu’il ne faut pas oublier que c’est la névrose obsessionnelle d’un enfant qui débuta au cours de sa quatrième année et que pourtant elle est déjà très complexe et déjà bien mise en place, installée et que de plus elle ne fait pas de doute.



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