les origines pulsionnelles de nos plus hautes performances intellectuelles - Le goût de la psychanalyse Le goût de la psychanalyse

les origines pulsionnelles de nos plus hautes performances intellectuelles

L’isolation, un des mécanismes de fabrication du symptôme

 

Après l’annulation rétroactive, dans ce chapitre VI d’inhibition, symptôme et Angoisse,  Freud décrit ce qu’il appelle le mécanisme de l’isolation. Il rattache ce mécanisme d’une part à la concentration intellectuelle, d’autre part au tabou du toucher. Comme pour le premier mécanisme décrit, celui de l’annulation rétrospective, Freud décrit d’une part ce qui relève de la structure de la névrose et d’autre part de la « normalité ».

 

Mais surtout ce que Freud met en lien c’est la fine fleur de l’activité intellectuelle, celle du penseur,  avec ses sources pulsionnelles. Ainsi Freud, qui est arrivé lui-même, dans ce texte, à un très haut niveau d’élaboration théorique, en apporte une brillante démonstration en acte. Mais il y apporte ceci de plus, qui est d’importance :  il est capable de l’interpréter.

 

« Nous savons que dans le cas de l’hystérie, il  est possible d’obtenir par l’amnésie la fin d’une impression traumatique ; dans le cas de la névrose obsessionnelle, il est fréquent que cela ne réussisse pas : l’expérience vécue n’est pas oubliée, mais dépouillée de son affect et ses relations associatives sont réprimées ou rompues, si bien qu’elle persiste isolée pour ainsi dire, et n’est plus susceptible de reproduction dans le cours de l’activité intellectuelle […] Le processus normal de la concentration fournit le prétexte de ce procédé névrotique. Toute impression, toute tache qui nous paraissent importantes ne doivent pas être perturbées par les exigences simultanées d’autres aspirations intellectuelles ou d’autres activités. Mais dans le cas de l’homme normal déjà, la concentration est employée à tenir éloigné, non pas seulement l’indifférent, l’incongru, mais surtout ce qui à cause de son caractère contradictoire, en convient pas. Le plus perturbant, c’est l’intervention d’éléments qu’à l’origine liait une appartenance réciproque mais que le progrès du développement a dissociés, ainsi par exemple les manifestations d’ambivalence du complexe paternel dans la relation à Dieu, ou les motions des organes d’excrétion dans l’excitation amoureuse. »

 

C’est amusant ce mélange qu’effectue justement Freud, comme par hasard, avec la concentration intellectuelle, la  haine du père  dans la religion et la fameuse formule de l’église «  Entre la merde et les urines nous sommes nés » et tout cela pour arriver au « Tabou du toucher ».

 

Freud arrive à cette remarque clinique de poids le fait que l’obsessionnel a beaucoup de difficulté à respecter la règle fondamentale de l’analyse, celle de l’association libre : «  Tous nous en avons l’expérience, le malade atteint de névrose obsessionnelle rencontre une difficulté particulière à suivre la règle fondamentale de l’analyse. C’est vraisemblablement que son moi est plus vigilant, que les isolations qu’il opère sont plus tranchées, par suite de la tension conflictuelle très grande entre son moi et son ça […] Mais en cherchant ainsi à empêcher associations, liaisons dans les pensées, le moi suit une des plus anciennes, une des plus fondamentales injonctions de la névrose obsessionnelle, le tabou du toucher. Lorsqu’on se pose la question de savoir pourquoi la fuite du toucher, du contact, de la contamination, joue dans la névrose un si grand rôle et devient le contenu de systèmes si compliqués, la réponse est que le toucher, le contact corporel est le but prochain aussi bien de l’investissement agressif que de l’investissement tendre de l’objet […] Puisque la névrose obsessionnelle poursuit au début le toucher érotique puis après la régression, le toucher masqué sous forme d’agression, rien d’autre ne prohibe plus fortement ce contact, rien qui ne se prête mieux à devenir le point central d’un système d’interdiction. »

 

Ce serait intéressant de regarder dans l’après-coup comment ce tabou du toucher avait été mis en acte par l’Homme aux loups et par l’Homme aux rats, y compris dans la façon dont ils avaient pu appliquer la règle fondamentale de l’analyse. En tout cas pour ce dernier, son système d’isolation était particulièrement efficace et bien organisé puisque Freud s’était vu contraint de fixer une date limite à son analyse, pour que l’Homme aux loups réussisse à avoir accès à son savoir inconscient. Cependant on ne peut s’empêcher de penser à cette aphorisme de Lacan : « il n’y a qu’une résistance, c’est celle de l’analyste ». Quelle était donc la part de Freud dans ce mécanisme d’isolation ? Cette part, on la découvre dans l’après-coup, avec les rêves de l’Homme aux loups lorsqu’il avait repris son analyse avec Ruth Mack Brunswick.

 

Il y a encore deux autres points important à travailler dans les quelques lignes qui terminent ce chapitre VI, la névrose comme une tentative de destruction du complexe d’Œdipe (La définition en est quand même inédite) et d’autre part, comment, après avoir étudié de très près l’inhibition et le symptôme, il annonce ce dont il va traiter dans le chapitre suivant, chapitre VII : la question de l’angoisse. Il reprend pour cela la question de la phobie. C’est là que nous retrouverons le Petit Hans.

 

Pour l’instant, reste en suspens pour moi la question de savoir si ces deux mécanismes qu’il a très longuement décrits dans ce chapitre, l’annulation rétrospective et l’isolation sont deux modes du refoulement ou bien s’ils participent plutôt à côté de la régression et du refoulement à la formation des symptômes, mais au titre de formations réactionnelles venant donc du moi et qui sont chargées de lutter contre le retour du refoulé, retour du refoulé qui ne manque pas d’user de son pouvoir, celui de les infiltrer, de les contaminer ; pour finir par triompher d’eux.

Liliane Fainsilber

 



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