Le rêve dit des services d’amour

Ce rêve ne figure qu’en note de l’interprétation du rêve1. Il a été rapporté par le docteur Hermine von Hug-Hellmuth et il est cité par Freud pour décrire ce qu’est la fonction de la censure dans la déformation du rêve. Il n’a pas été interprété mais il est malgré tout assez transparent.

Celle qui rêve est une femme de cinquante ans, veuve depuis douze ans d’un colonel de l’armée et dont l’un de ses fils est lui aussi dans l’armée.

Freud écrit « Pour effacer les passages qui lui paraissent choquants la défiguration onirique travaille dans cet exemple avec les mêmes moyens que la censure épistolaire. Celle-ci rend ce genre de passages illisibles en les recouvrant d’un large trait d’encre, la censure onirique les remplace par un marmonnement incompréhensible »

Voici un fragment du texte de ce rêve «  Elle pénètre dans l’hôpital de garnison n°1 et déclare au planton à l’entrée qu’elle doit parler absolument au médecin chef… […] car elle veut prendre un service à l’hôpital, ce faisant en accentue le mot service de telle manière que le sous-officier remarque aussitôt qu’il s’agit de « services d’amour » […] au lieu de venir chez le médecin chef, elle arrive dans un grande pièce sinistre où un grand nombre d’officiers et de médecins militaires, qui debout, qui assis, sont posés autour d’une grande table […] Les mots qu’elle prononce sont les suivants : je suis disposée, comme de nombreuses autres femmes et jeunes filles de Vienne à fournir aux soldats, hommes de troupe ou officiers sans distinction, les … Ici prend place dans le rêve un marmonnement. Mais elle se rend compte que ce marmonnement est compris sans équivoque par tous les présents, à voir les mines mi-embarrassées, mi-sarcastiques des officiers ».

Il semblerait qu’on a donné suite à sa demande car elle est alors invitée à monter aux étages supérieurs par un escalier en fer étroit. «avec le sentiment d’avoir fait simplement son devoir ».

Freud reprendra dans la symbolique du rêve, le sens de cette montée dans l’escalier comme une représentation de l’acte sexuel. Ce beau rêve des services d’amour illustre parfaitement ce qu’Hélène Deutsch a décrit comme des fantasmes de prostitution dans son grand article qui a pour titre «  le masochisme féminin », fantasmes que l’on retrouve dans beaucoup d’analyses de femmes, si ce n’est pas dans toutes, et qui sont mis en scène dans les rêves mais aussi dans les symptômes. Dora, par exemple, tousse, certes comme son père, mais aussi comme la Dame aux camélias. Il en va de même d’Irma dans ce que nous en rapporte Freud.

Ces services d’amour proposées par cette dame m’ont fait penser au fait que dans les romans à l’eau de rose, l’héroïne se donne toujours à son amoureux  comme preuve d’amour, mais il n’est jamais évoqué qu’elle puisse en obtenir un quelconque avantage.

A propos de ces fantasmes de prostitution décrits en cette fin du dix neuvième siècle, je me demande quelles formes ils ont pris de nos jours. Existent-t-ils toujours après la dite libération sexuelle ?

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