Psychanalyse-Le goût de la psychanalyse Le goût de la psychanalyse

Articles dans la catégorie ‘Psychanalyse’

La forme figurative du rêve

samedi 8 février 2020

Dans cette séance du 9 mars 1955 du séminaire « Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique analytique » Lacan reprend le rêve de l’injection faite à Irma, mais tout d’abord il apporte une précision importante concernant ce que Freud appelle « les images visuelles » et qu’il définit comme des perceptions ou encore à proprement parler des « hallucinations visuelles » qui surgissent dans les rêves.

Lacan les remet en effet en question ainsi d’ailleurs que ce que Freud qualifie de régression. Il pense que Freud a été contraint d’émettre cette hypothèse en raison même des insuffisances du premier schéma de son appareil psychique, celui qu’il a inventé entre perception et conscience dans l’Esquisse.

Il les remet en question en précisant qu’il ne s’agit pas de perceptions dans le rêve mais d’images, donc du « figuratif »  et à proprement parler de l’imaginaire.

Selon lui «si le terme d’imaginaire avait pu être employé à ce moment là, cela aurait levé bien des difficultés et contradictions. »C’est là qu’on retrouve la métaphore du rêve comme un rébus, un rébus à déchiffrer.

P. 84 et 85 de L’interprétation des rêves on retrouve ce point de vue de Freud : «  Le rêve pense donc de façon prépondérante en images visuelles, mais pas exclusivement. Il travaille aussi avec des images auditives et dans une moindre mesure avec des impressions d’autres sens […] Mais ne sont cependant caractéristiques du rêve que les éléments du contenu qui se comportent comme des images, c’est à dire sont plus semblables aux perceptions qu’aux représentations mnésiques. Par delà toutes les discussions bien connues du psychiatre sur la nature de l’hallucination, nous pouvons déclarer avec tous les auteurs compétents que le rêve hallucine, qu’il remplace des pensées par des hallucinations ».

Dans cette citation, nous pouvons remarquer la différence que Freud établit déjà entre ces dites perceptions et les représentations mnésiques soit les traces mnésiques de l’objet qui sont constitutives de l’inconscient (équivalentes à la fois à ces Vorstellungen freudiennes et ces signifiants lacaniens). Les unes, ces images visuelles, sont de l’ordre de l’imaginaire, vient de nous indiquer Lacan, les autres de l’ordre symbolique. Ne nous manque plus que le réel. Il est très présent dans ce rêve de l’injection à Irma tout au fond de cette gorge profonde.

Cette retraduction des images visuelles, de ces « représentations d’images » avancées par Freud en figuratif, en imaginaire est indispensable pour saisir toute la portée de la relecture du rêve de l’injection faite à Irma avec la jolie petite formule que Lacan nous propose :

Elle est tirée de son grand texte inaugural «  le Symbolique, l’Imaginaire et le Réel » et reprise dans cette séance du séminaire.

Ces énigmatiques « représentations » du rêve

dimanche 19 janvier 2020

 

L’ambiguïté de ces termes « vorstellungen » traduits en français par « représentations » est développée dans cette partie de la littérature sur le rêve qui a pour titre «  Les particularités psychologiques du rêve ». Deux rêves de Maury nous emmènent en voyage et notamment sur l’île de Gilolo1 et servent à les cerner.

1 – La partie du texte qui suit décrit bien le fait que ces représentations du rêve sont tout d’abord des images visuelles : « Les auteurs dont je reproduis ici le point de vue se représentent la formation des rêves à peu près de la manière suivante : la somme des stimuli sensoriels agissant pendant le sommeil à partir des différentes sources mentionnées à un autre endroit éveillent d’abord dans le psychisme un certain nombre de représentations qui se présentent d’abord comme des hallucinations (lesquelles seraient plutôt pour Wundt des illusions en raison des de leur provenance de stimuli externes et internes ). Ces représentations se lient les unes aux autres selon les lois d’association bien connues, et éveillent de leur côté, selon les mêmes règles, une nouvelle série de représentations (d’images). » …Lire la suite

Les Images du rêve

mardi 7 janvier 2020

Ce chapitre «  Particularités psychologiques du rêve » est vraiment très intéressant car Freud souligne trois points d’une extrême importance. Tout d’abord, il emprunte à Fechner ce qui deviendra pour lui «  L’Autre scène du rêve » qui ne peut être domiciliée dans aucune localisation anatomique mais dans ce qu’il appelle « l’appareil psychique ». (p.83, traduction Lefebvre).

En second point, il décrit le rêve comme cette transformation, sur cette scène du rêve, des traces mnésiques, des représentations, en images visuelles qui non seulement existent en elles-mêmes mais sont aussi dramatisées, organisées en scénario.

Freud souligne de plus qu’à ce scénario on y croit, on croit à sa réalité. Il utilise le terme de crédulité à propos de ce qui arrive dans le rêve. ( à ce propos, je me demande quelle différence il y a entre la croyance et la crédulité)

Toute la question, à propos de ce second point est donc de savoir quel est ce lien entre ces tenant-lieux de la représentation et ces images. A cela on peut commencer à répondre en se rappelant que Freud a affirmé que le rêve est un rébus. Je pense que nous allons le retrouver dans le texte de l’Interprétation et que donc deviner ce que veut dire le rébus, d’épeler les mots qui correspondent aux images qui permettent donc de le lire, sera une façon de retrouver ces représentations mnésiques qui s’y trouvent cachées. …Lire la suite

Ici vivent les rêves

dimanche 29 décembre 2019
« je n’ai pas encore fini mon rêve » Théo Tobiasse

 

Dans la partie E de cette « Littérature sur le rêve » intitulé « Les particularités psychologiques du rêve », Freud évoque en effet le lieu du rêve en prenant appui sur les études de G.T. Fechner. C’est ainsi qu’il nomme cette «autre scène du rêve » qui est celle de l’inconscient. Il explique en effet la différence entre la vie onirique et l’état de veille en supposant que «  le théâtre des opérations du rêve » n’est pas le même que « celui de la vie des représentations à l’état de veille ».

Voici la traduction de Lefevbre : « Fechner est d’avis que ni le simple abaissement de la vie psychique consciente en dessous du seuil principal, ni le retrait de l’attention par rapport aux influences de la vie extérieure ne suffisent à expliquer les particularités de la vie onirique face à la vie à l’état de veille. Il suppose au contraire que le théâtre des opérations du rêve lui aussi est un autre que celui de la vie des représentations à l’état de veille […] ce que Fechner veut dire par cette redomiciliation de l’activité psychique n’a sans doute pas abouti à quelque chose de bien clair. Personne d’autre que lui, que je sache, n’a poursuivi plus avant la piste qu’il suggère dans la remarque ci-dessus. Il faudra sans doute exclure une interprétation anatomique visant une localisation cérébrale physiologique voire faisant référence à la stratification histologique du cortex. Mais cette idée (celle de Fechner) s’avérera peut-être un jour à la fois sensée et féconde, si on la réfère à un appareil psychique construit à partir de plusieurs instances mises en action les unes après les autres. » p. 83. …Lire la suite

Rêve de géants à table

lundi 2 décembre 2019

480276_475138595870307_1708050351_nJ’ai avancé dans ma lecture de ce chapitre où Freud décrit le rôle que joue un stimulus extérieur sur le déroulement du rêve et où il se pose la question de savoir quel est le lien entre ce stimulus et les images mnésiques qu’il peut faire surgir. On remarque que s’il y avait une certaine cohérence entre la cloche d’une église qui sonnait pour appeler à la prière, les clochettes du traîneau tiré par des chevaux, où la pile d’assiettes lâchée par la servante, et la sonnerie du réveille-matin, avec ce nouveau rêve, ce lien entre le stimulus et l’image mnésique qu’il fait surgir est pour le moins insolite. p. 65. IDR.

« C’est ainsi par exemple que M.Simon ( le monde des rêves 1888) raconte un rêve dans lequel il voyait des personnes gigantesques assises à une table et entendait distinctement l’affreux claquement de leurs mâchoires tapant les unes sur les autres quand elles mastiquaient. En se réveillant, il entendit le martèlement des sabots d’un cheval qui galopait devant sa fenêtre. » …Lire la suite

De la Vorstellung freudienne au Signifiant lacanien

vendredi 22 novembre 2019

31aa5d2848c0c0ab125924a6e158c84bDans le sous-chapitre « Stimuli et source du rêve », à la suite du rêve de la guillotine, Freud décrit trois rêves de réveil. Ce qui a surtout retenu mon attention, au cours de cette lecture, c’est le fait qu’à l’occasion de ces trois rêves, il y avance pour la première fois dans son ouvrage, au moins, ce terme de « représentation ».

Un même stimulus, celui de la sonnerie du réveil, provoque en effet dans le rêve, l’apparition soit des bruits de cloche d’une église, des clochettes d’un traîneau dans la neige, ou encore ceux d’une pile d’assiettes qu’une servante laisse échapper et qui tombent sur le sol. Ce sont donc trois représentations différentes en réponse au même stimuli.

Je n’ai retenu que la représentation d’un seul de ces rêves, celle des clochettes, parce que cela m’a évoqué Guerre et Paix, de Léon Tolstoï.

« Un grand jour d’hiver sans nuages. Les rues sont couvertes d’une épaisse couche de neige. J’ai accepté de participer à une promenade en traîneau mais je dois attendre longtemps avant que l’on m’annonce que le traîneau est devant la porte […] Mais le départ est encore retardé, jusqu’au moment où les rênes donnent aux chevaux en attente le signal perceptible. Les voilà qui tirent ; les clochettes fortement secouées entament leur musique de janissaires bien connue avec une puissance qui en un instant déchire la toile d’araignée du sommeil. Une fois encore, ce n’était rien d’autre que la sonorité stridente du réveille-matin. » …Lire la suite

Le rêve de la guillotine (Maury)

vendredi 15 novembre 2019

1793-execution-of-louis-xvi-1316x648Ce rêve de Maury a été choisi par Freud comme un des exemples qui explicite comment les stimuli extérieurs, stimuli sensoriels, sont intégrés dans un rêve, coûte que coûte, au prix même d’un certain forçage.

Voici le texte de ce rêve tel qu’il est rapporté «  Il était souffrant, au lit, dans sa chambre. Sa mère était assise à côté de lui. Et voilà qu’il rêve de la terreur à l’époque de la révolution, assiste à d’abominables scènes de meurtres et se retrouve lui-même cité à comparaître devant le tribunal. Il vit là Robespierre, Marat, Fouquier-Tinville et tous les tristes héros de cette sinistre époque, fit face à leurs questions et fut condamné en raisons de toute sorte d’incidents annexes qui ne se sont pas fixés dans son souvenir, puis accompagné d’une foule innombrable, conduit au lieu d’exécution. Il monte sur l’échafaud, le bourreau l’attache sur la planche : celle-ci bascule, le couteau de la guillotine tombe, il sent que sa tête est séparée du tronc, se réveille en proie à la plus épouvantable angoisse. Et découvre que le baldaquin s’était effondré et avait touché sa vertèbre cervicale, très réellement comme le couteau de la guillotine. » …Lire la suite

Comment les souvenirs d’enfance oubliés sont retrouvés dans et par les rêves

jeudi 7 novembre 2019

asplenium ruta muralisLes rêves « hypermnésiques »
Ce qualificatif d’hypermnésique à propos du rêve a été choisi par Freud dans l’un des premiers chapitres de son Interprétation du rêve, intitulé «  B – Le matériau du rêve -La mémoire dans le rêve ». Au cours de mes premières lectures de cet ouvrage, il y a des années, je n’avais jamais prêté attention à ce qualificatif qui résonne pourtant bien avec la célèbre amnésie infantile. C’est en effet grâce, si on peut dire, à ces rêves hypermnésiques (ou supermnésiques ?) que cette dite amnésie infantile peut être levée. Car ils révèlent les plus précieux de nos souvenirs d’enfance et donc les sources de notre névrose. Il me semble que les rêves qui suivent en apportent démonstration.* …Lire la suite

“Mon père, ce héros…”

dimanche 2 juin 2019

gilgamesh_louvreComment des prouesses de l’analysant et de celles, plus modestes, du psychanalyste, s’assurent les réinventions de la psychanalyse

“Mon père, ce héros…” Cette évocation, née des grandiloquences de Victor Hugo, pourrait être celle de chaque femme hystérique. Son père est en effet toujours pour elle ce héros féminisé souvent vaincu dont elle partage, par identification, le triste destin. De connivence avec lui, complice de ses exploits, elle garde juste ce qu’il lui faut de distance nécessaire pour pouvoir s’en amuser. C’est ce qui la sauve.

Les premiers des héros au “pays des sept épouvantes”, au pays de la phobie

C’était l’enfance de l’humanité. Sur les bords du Tigre et de l’Euphrate, l’antique cité d’Ourouk élevait à peine ses remparts que déjà les deux premiers héros de l’humanité, Enkidou et Gilgamesh, avaient vu le jour. Leurs hauts faits sont racontés avec l’aide des premières écritures sumériennes.
Nous apprenons que tous deux ont tué le gardien de la forêt des cèdres, Houmbaba, un monstre dont “le mugissement est celui du déluge” et ils ont ainsi pu pénétrer, premiers des héros, dans ce “pays des sept épouvantes”.
Ils ne peuvent qu’en tirer gloire et se faire un nom :
“ Ecoutez, anciens d’Ourouk, je veux, moi, Gilgamesh, voir celui dont on parle, celui dont le nom épouvante le pays, je veux le combattre dans la forêt des cèdres, je veux couper les cèdres et me faire un nom immortel. Je ferai entendre au pays les récits du fils d’Ourouk et le pays dira : “Qu’il est vaillant le fils d’Ourouk!” …Lire la suite

Trois boutures de jasmin; Nouvelles

jeudi 21 février 2019

Souleyman est marocain. Il vient de la région de Ouarzazate. Ses parents y cultivent un petit lopin de terre et possèdent quelques palmiers. Adolescent, il rêve d’une vie meilleure et envisage de venir en France pour y travailler. Un jour, il prépare un très léger bagage et se met en route vers le Nord. Sa jeune sœur, Leila, glisse dans son sac trois boutures du jasmin odorant qui pousse au pied de leur modeste maison de briques…

Trois boutures de jasmin est le titre de l’une de ces nouvelles. Quelques autres l’accompagnent : Arthur le poète ; La terrible vengeance de Victoire, la petite trapéziste; Une escapade en déambulateur ; La vie de château ou encore «Ma vie avec le docteur Lacan».

Une messagère clandestine s’est glissée entre les pages de cet ouvrage, espérons que le lecteur la découvrira avec plaisir.

Photo de couverture Daniel Denise.

Sculpture de Gilles Blanchard : «Secrets de famille».

couverture Trois boutures