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Articles dans la catégorie ‘Psychanalyse’

Un rêve où l’analysante voit sa fille de quinze ans, morte, dans une boite

jeudi 25 juin 2020
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A la suite de ce rêve dit d’impatience, celui de voir l’homme que cette femme aimait au cours de l’enterrement de l’enfant de sa soeur, Freud ne nous raconte, cette fois-ci qu’un petit fragment de rêve de l’une de ses analysantes où il s’agit à nouveau de la mort d’en enfant.

En voici le texte :

«  Cette dame avait l’impression, dans le contexte d’un rêve assez long, qu’elle voyait sa fille unique de quinze ans, morte, couchée là devant elle, dans une boite ».

Il s’agit bien là d’une image, « une image onirique ». Freud la décrit même comme une sorte d’apparition. Elle rend bien compte de ce pourquoi il qualifie le rêve de rébus. C’est une image qu’il convient de déchiffrer, de mettre en mots. Il s’agit d’en faire le récit.

Et ce qui va justement aider au déchiffrage de ce rêve, c’est le signifiant « boite ».

Freud poursuit en effet : «  Elle avait en effet passablement envie de tirer de cette apparition une objection à la théorie de la satisfaction du désir, mais elle pressentait elle-même que le détail de la boite devait certainement désigner une voie vers une autre compréhension du rêve.

C’est ainsi que son analysante aborde tout ce travail signifiant autour de cette boite en passant de l’anglais Box à ses nombreuses traductions en allemand. Elle cite par exemple :

Schachtel : boite

Loge : loge, baignoire

Kasten : caisse, coffre

Ohrfeige : gifle (?)

Büchse : boite de conserve.

C’est ce dernier signifiant qui, en argot, désigne l’organe génital féminin qui amène Freud à interpréter l’enfant dans cette boite comme un « fruit du ventre maternel ». Rien d’étonnant à cela : dans la célèbre prière catholique, celle du « je vous salue Marie », Jésus est bien lui aussi qualifié de « fruit de vos entrailles ». Dans l’inconscient, tout se mélange.

Nous passons, dans l’interprétation de ce rêve, prestement, de l’imaginaire au symbolique, avec ce « fruit du ventre maternel ».

Or comme nous l’indique Lacan, l’interprétation de l’analyste se doit d’être non seulement du registre du symbolique mais aussi de l’ordre du réel, par quoi y accède-t-on dans ce rêve ?

On l’y trouve sous la forme de ce que Freud qualifiait de trauma, d’événement traumatique :

«  Comme tant de jeunes femmes, elle n’avait été nullement heureuse de tomber enceinte et s’avoua plus d’une fois qu’elle désirait que l’enfant dépérisse et meure dans le ventre maternel ; Dans un accès de fureur, à la suite d’une scène violente avec son mari, elle s’était même violemment frappé le ventre avec les poings pour atteindre l’enfant qui s’y trouvait ».

On ne peut que se poser la question de savoir ce qui a pu réveiller un tel désir, au cours de cette analyse, ou au cours de sa vie.

Peut-être une lourde et même très lourde culpabilité pour avoir pu éprouver un tel rejet de cet enfant en lien avec le fait qu’il lui avait été donné par son mari. Il y avait aussi, sans doute, une telle opposition entre l’enfant refusé en début de grossesse et l’enfant aimé dès sa naissance, qu’elle ne pouvait qu’avoir refoulé un tel désir.

« Eclairée sur ce point, écrit Freud, elle ne nia plus désormais que cette image onirique correspondait effectivement à un désir émanant d’elle»

Je trouve ce rêve très beau, sous son apparente simplicité, parce que c’est en quelque sorte un condensé en une seule page de toute la théorie analytique concernant l’interprétation d’un rêve et avec,  entre son contenu manifeste et son contenu latent, tout le jeu des signifiants autour de la boite et son accès au réel sous la forme de cet événement traumatique.

Cela m’a fait aussi penser avec cette boite, au thème des trois coffrets, avec ce qu’en dit Freud, comment, parmi les trois femmes qui comptent dans la vie d’un homme, après la mère et l’épouse, seule la silencieuse déesse de la mort, un jour, le recueillera dans ses bras.

Tout d’un coup, on se pose la question de savoir ce qu’il en est pour une femme ?Pour elle, ça ne coule plus de source, un homme y intervient, s’y intercale, mais pourtant une femme ne retourne-t-elle pas, elle aussi,  vers cette terre mère ?

Je vais aller relire ce que dit Freud de ce thème des trois coffrets, avec ces trois métaux, deux précieux qui sont l’or, l’argent et le « vil », le plomb qui représente le silence de la mort.

 

 

Le rêve d’impatience d’une femme amoureuse

samedi 13 juin 2020
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Le rêve que Freud raconte maintenant est celui d’une jeune femme qui a été élevée par sa sœur aînée. Il fait partie de toute la série de ces rêves que Freud décrit comme faisant objection au rêve comme réalisation de désir .

Quand on prend le texte même du rêve, en l’isolant de son contexte, on découvre à quel point il est impossible de l’analyser sans l’aide de la rêveuse, non seulement de ses associations mais aussi de son histoire. Il est en effet, tel quel, littéralement indéchiffrable :

« Cette nuit je rêve que je vois le jeune Cary, couché mort devant moi. Il est allongé dans un petit cercueil, mains jointes, il y a des cierges tout autour. Bref exactement la même chose que jadis avec le petit Otto, dont la mort m’a tellement bouleversée »1.

De fait, autour de ce rêve aussi sombre nous avons le plaisir de découvrir une sorte de roman d’amour en miniature, un peu désuet puisqu’il a lieu en ce début du vingtième siècle. Cette jeune fille a été très tôt orpheline et elle a été élevée dans le foyer de sa sœur aînée. Elle s’est beaucoup occupée d’un des enfants de sa sœur, Otto, qu’elle a beaucoup aimée, un enfant qui est mort.

A propos de ce rêve, elle pose directement cette question à Freud, elle le prend en quelque sorte à témoin  : «  Vous me connaissez, je ne suis pas méchante au point de désirer pour ma sœur la perte de l’unique enfant qu’elle a encore ou alors le rêve veut-il dire que je désirais plutôt la mort de Kari plutôt que celle d’Otto, que j’ai tellement préféré ? »

Et bien, comme Freud effectivement la connaît, ce qui n’est pas notre cas, il répond à sa question par la négative, non, elle ne préférerait pas que ce soit Kari qui soit mort à la place d’Otto. Mais il laisse en quelque sorte en blanc la réponse concernant sa première question puisqu’il écrit : « Je lui assurais que cette dernière interprétation était exclue ». Celle-là est exclue mais pas la première, celle concernant ce désir de mort du second enfant de sa sœur.

Peut-être que Freud ne disait, de chacun de ces rêves, que ce qui était nécessaire à sa démonstration et celui-ci entre dans le cadre de ceux qui paraissent faire obstacle à sa thèse du rêve comme réalisation d’un désir. Mais je me demande si cela n’aurait pas été trop violent de dévoiler ainsi un tel désir de vengeance de la rêveuse.

Et à ce moment là, pour interpréter ce rêve, il raconte les circonstances dans lesquelles il s’est produit et qui peuvent lui donner sens. Mais il faudra d’abord qu’il nous en dise un peu plus sur les éléments qui constituent son histoire et notamment les raisons pour lesquelles elle pouvait désirer se venger si cruellement de sa sœur.

« Orpheline de bonne heure la fillette avait été élevée dans la maison de sa sœur, nettement plus âgée qu’elle, et parmi les amis et les visiteurs, elle avait également rencontré l’homme qui fit une impression durable sur son cœur. Il sembla un moment que ces relations à peine déclarées allaient s’achever par un mariage mais ce dénouement heureux fut mis en échec par la sœur, dont les motifs ne furent jamais complètement clarifiés. Après la rupture, l’homme aimé par notre patiente évita la maison ; quant à elle peu après la mort du petit Otto, vers qui elle avait entre-temps détourné toute sa tendresse, elle prit son autonomie. Mais elle ne parvint pas à s’affranchir de la dépendance dans laquelle l’avait plongée son inclination pour l’ami de sa sœur […] Chaque fois que l’homme aimé qui faisait partie des gens de lettres avait annoncé une conférence ici ou là elle figurait infailliblement parmi les auditeurs et d’une manière générale elle ne manquait aucune occasion de le voir de loin en lieu tiers. »

Or le jour même où elle avait fait ce rêve, elle devait se rendre à un concert où elle espérait bien le rencontrer. Freud interprète donc son rêve comme un rêve d’impatience. Tout comme le jour de l’enterrement du petit Otto, si Kari mourrait, elle pourrait à nouveau rencontrer cet homme si intensément aimé et d’une façon si désespérée.

On brûlerait  de savoir pour quelles raisons (autres qu’inconscientes) sa sœur aînée avait fait obstacle à ce mariage.   La différence d’âge, à cette période, n’était pas en soi un obstacle, mais des raisons confessionnelles pouvaient tout à fait l’être. De toute façon, cet homme aimé avait quand même été nommé par Freud « ami de sa sœur ». Elle n’avait pas forcément souhaité le partager avec sa petite sœur.

A propos de ce rêve,   je me suis posée la question de savoir  si les rêveurs dont il raconte les rêves dans cet ouvrage en avaient été informés.  C’est une supposition,  mais peut-être que la courte et toujours élogieuse  introduction qui précède ces rêves pour présenter les rêveurs était  une façon de leur donner un statut subjectif qui coupait court au reproche qu’ils auraient pu lui faire, ou qu’il se faisait à lui-même, d’avoir été traités comme des objets d’études bien qu’ en bonne compagnie, puisque Freud avait lui aussi le courage de raconter ses rêves et de les analyser.

1S. Freud, L’Interprétation du rêve, La défiguration onirique, p. 192. traduction J.P Lefebvre.

 

 

 

 

 

 

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Rêve de celle qui ne souhaitait pas passer des vacances avec sa belle-mère

samedi 30 mai 2020

j’ai commencé à travailler ce nouveau rêve.  Il a un intérêt supplémentaire,  outre son interprétation,  c’est celui de montrer ce qu’était la technique analytique de Freud, en ce temps de l’interprétation des rêves.  Il semble bien qu’il faisait,  en fonction du matériau analytique livré par l’analysant, des hypothèses sur les événements survenus dans  l’enfance du sujet qui avaient dû provoquer la névrose et surtout qu’il ne les gardait pas pour lui et lui en faisait part. Je pense que cette démarche devait correspondre à ce qu’il décrivait dans son article « Constructions en analyse ». …Lire la suite

Notes sur le désir insatisfait de l’hystérique

jeudi 7 mai 2020

Lacan indiquait, notamment à propos des symptômes d’Elisabeth Von R. que les hystériques s’intéressent avant tout à des situations de désir, on peut dire que c’est ce qui se passe aussi à propos du rêve de la belle bouchère.

Nous avons affaire à l’intrication de plusieurs désirs qui viennent se croiser et se recroiser, au point d’en faire un véritable imbroglio. Le désir de Freud en premier, puisqu’il s’agit du rêve d’une analysante, puis celui du mari, du peintre, et de l’amie. De plus si le désir de caviar de la bouchère renvoie au désir de saumon de son amie, celui doit encore renvoyer à un autre désir insatisfait et ainsi à l’infini.

A un premier niveau donc il s’agit d’un rêve de transfert. Le rêve de cette analysante est fait pour démontrer à Freud que le rêve, son rêve, n’est pas, contrairement à ce qu’il avance une réalisation de désir. …Lire la suite

Le rêve dit des services d’amour

samedi 25 avril 2020

Ce rêve ne figure qu’en note de l’interprétation du rêve1. Il a été rapporté par le docteur Hermine von Hug-Hellmuth et il est cité par Freud pour décrire ce qu’est la fonction de la censure dans la déformation du rêve. Il n’a pas été interprété mais il est malgré tout assez transparent.

Celle qui rêve est une femme de cinquante ans, veuve depuis douze ans d’un colonel de l’armée et dont l’un de ses fils est lui aussi dans l’armée.

Freud écrit « Pour effacer les passages qui lui paraissent choquants la défiguration onirique travaille dans cet exemple avec les mêmes moyens que la censure épistolaire. Celle-ci rend ce genre de passages illisibles en les recouvrant d’un large trait d’encre, la censure onirique les remplace par un marmonnement incompréhensible » …Lire la suite

Le rêve de l’oncle Joseph

lundi 20 avril 2020

Freud va répondre aux arguments de tous ceux qui objectent à son approche du rêve comme étant une satisfaction de désir, en avançant l’existence des rêves d’angoisse. A cela il rétorque qu’il faut tenir compte de l’existence du contenu manifeste et du contenu latent du rêve. Il écrit «  il est juste qu’il existe des rêves dont le contenu manifeste est de l’espèce la plus pénible. Mais quelqu’un a-t-il jamais tenté d’interpréter ces rêves, d’en mettre au jour le contenu latent ? Or, si ce n’est pas le cas, les deux objections ne nous touchent plus ; il demeure malgré tout possible que même les rêves pénibles et les rêves d’angoisse s’avèrent après interprétation être des satisfactions de désir. » …Lire la suite

Rêves tout simples et rêves d’enfants

mercredi 25 mars 2020

Dans ce chapitre III intitulé «  le rêve est une réalisation de désir », Freud décrit quelques rêves qu’il qualifie de « simples ». Et bien sûr on peut se poser la question de ce qu’il entend par là. De la série d’exemples qu’il donne, il me semble qu’on peut en déduire qu’ils sont simples à déchiffrer et donc à interpréter. Ils ne font pas mystère du désir qui s’y exprime. Celui-ci n’est pas masqué, déguisé, comme il le précisera dans le chapitre suivant sous le titre la « défiguration du rêve ».

Ces caractéristiques étant posées on peut aisément les retrouver dans quelques-uns des rêves décrits, le premier rêve de soif que Freud raconte avant celui du rêve de l’urne cinéraire, mais aussi dans tous les petits rêves d’enfants où quelques-unes des frustrations de la journée se transforment en désirs réalisés dans les rêves de la nuit. Ils s’y expriment tous de façon explicite et ne recèlent aucun mystère. …Lire la suite

Rêves de soif

samedi 21 mars 2020

A l’orée de ce nouveau chapitre, chapitre III ayant pour titre « Le rêve est une satisfaction de désir » Freud devient lyrique. Il admire le paysage qui se présente devant lui, prend le temps de choisir les chemins qu’il empruntera, se réjouit surtout de l’exploit accompli. On le sent heureux et il y a de quoi  : « Quand au sortir d’un nouveau chemin creux on débouche soudain sur une hauteur où les chemins se divisent et où s’offrent au regard dans des directions différentes les perspectives les plus riches, on a bien le droit de se poser un instant et de se demander de quel côté on va d’abord tourner ses pas. Quelque chose de semblable nous arrive à présent, maintenant que nous avons passé le cap de cette première interprétation d’un rêve. Nous sommes dans la grande clarté d’une révélation soudaine». Arrivé au sommet, Freud admire le panorama qui se présente à lui. …Lire la suite

Une approche du Réel, de l’Imaginaire et du Symbolique dans le rêve de l’injection faite à Irma

mardi 10 mars 2020

Dans le séminaire « Le Moi dans la théorie de Freud et de la technique analytique », Lacan consacre une dernière séance, celle du 16 mars 1955, au rêve de l’injection faite à Irma. Beaucoup de fils peuvent être suivis et notamment celui de la question de la régression, mais j’ai choisi de mettre l’accent sur un point qui va continuer à nous servir de façon efficace dans notre lecture de tous les rêves de l’Interprétation des rêves, la façon dont Lacan repère dans ce rêve les trois registres du Réel, de l’Imaginaire et du Symbolique et surtout comment ils sont en quelque sorte noués l’un aux deux autres. …Lire la suite

Pas question d’analyser Freud, pourtant…

lundi 2 mars 2020

Dans cette séance du 9 mars 1955, Lacan continue donc son analyse du rêve de Freud, le rêve de l’injection faite à Irma, et on peut se poser une question qui me semble importante à propos de ce qu’il dit de cette analyse après-coup, au début de cette même séance et à la fin. Les deux approches paraissant, au moins au premier abord, contradictoires.

Voici la première : « Entendez bien que je ne suis pas entrain de refaire l’analyse du rêve de Freud après Freud lui-même. Ce serait tout à fait absurde. Pas plus qu’il n’est question d’analyser les auteurs défunts il n’est question d’analyser Freud mieux que Freud son propre rêve. …Lire la suite