Psychanalyse

Qu’est-ce que le complexe de castration ?

La première fois que Freud parle, tout au moins d’une façon un peu élaborée, du complexe de castration masculin, dans les « Trois essais sur la théorie de la sexualité »,  il le définit ainsi :  «  Les petits garçons ne mettent pas en doute que toutes les personnes qu’ils rencontrent ont un appareil génital semblable au leur ; il ne leur est donc pas possible de concilier l’absence de cet organe avec l’idée qu’ils se forment d’autrui. »  Cette phrase des trois essais précède le titre du paragraphe intitulé «  Complexe de castration et envie du pénis ». On remarquera d’emblée dans ce passage que Freud réserve le terme complexe de castration pour le garçon et l’envie du pénis pour la fille, ce n’est en effet que plus tard que cette dénomination du complexe de castration englobera celle de l’envie du pénis au titre de complexe de castration féminin.

Donc cette première définition du complexe de castration est donnée en ces termes : «  les petits garçons maintiennent avec ténacité cette conviction, la défendent contre des faits contradictoires que l’observation ne tarde pas à leur révéler, et ils ne l’abandonnent souvent qu’après avoir passé par de graves luttes intérieures (complexe de castration). Leurs efforts en vue de trouver un équivalent au pénis perdu de la femme jouent un grand rôle dans la genèse de perversions multiples ».

L’homme au miroir (encore l’Homme aux loups)

Je n’avais jamais trop prêté attention au caractère de ce nouveau symptôme de l’Homme aux loups et surtout à la surprenante description qu’en fait Ruth Mack Brunswick : Il faisait peur à la bonne quand il arrivait ! Autrement dit elle le prenait pour un fou. D’emblée cela pose la question : est-ce une obsession ou un délire psychotique ? Est-ce que le grand délire de l’Homme aux rats courant voir son ami pour lui demander s’il était un grand criminel n’était pas aussi inquiétant que celui de l’Homme aux loups se préoccupant de  l’état de son nez et se plaignant du fait qu’il ne pouvait plus vivre ainsi, aussi  défiguré, aussi mutilé, aussi castré ?

Le rêve de la femme pressée

Claire Charlot

Après nous avoir livré tout un morceau d’auto-analyse de ses rêves de voyage à Rome, Freud nous présente maintenant quelques exemples de rêves de patients, à partir desquels l’analyse permet de retrouver, comme source du rêve, des scènes infantiles vécues.

Pour introduire ces exemples, il oscille entre précaution et confiance. Précaution d’abord car, comment être sûr de ces scènes de l’enfance quand le souvenir du patient en est flou ou même perdu ? Quand on est parti d’une simple allusion dans un rêve ? Freud sait bien que ce ne sera pas facile d’être toujours convaincant d’autant plus qu’il ne pourra pas s’étendre sur le matériel qui permet d’établir le lien. Néanmoins il termine son paragraphe en disant, sans plus d’explication : « Toutefois, ce n’est pas pour autant que je vais m’abstenir de les communiquer ».

L’objet phobique de Freud : le train

A propos de ce train devenu ainsi objet phobique pour Freud, j’ai pensé au roman de Zola, « La bête humaine ». Au temps de Freud, les locomotives à vapeur étaient des vrais montres de puissance, aussi menaçantes que n’importe quel dragon défendant l’accès d’une profonde caverne. Je crois aussi me souvenir d’une chanson ancienne où il s’agissait d’un train fou entraînant des centaines de voyageurs vers une mort inexorable.

Les annonces d’un grand destin

Suite de l’interprétation du rêve de l’oncle Joseph

Freud présente le rêve de l’oncle Josef, celui à la barbe jaune, une première fois, dans le chapitre «  la défiguration dans le rêve ». Il se trouve p. 177 de la version J.P. Lefebvre. En effet il met l’accent sur le fait qu’il éprouve beaucoup de tendresse pour cet oncle Josef,  ce qui dans la réalité est loin d’être le cas. Quand il le reprend dans ce chapitre « L’infantile dans le rêve », p. 231, c’est pour mettre ce rêve en relation avec un nouveau souvenir-écran qu’il nous confie, celui de la vieille paysanne qui lui avait promis un fabuleux destin. Pourtant rien dans le texte de ce rêve nous permet de deviner ce que sera le secret dernier de ce rêve :

«  I – L’ami R est mon oncle. J’ai une grande tendresse pour lui.

II- Je vois devant moi son visage légèrement modifié. Il est comme étiré en longueur, une barbe jaune l’encadre en faisant un contraste particulièrement net ».

Dans ce second chapitre, celui de l’infantile dans le rêve,  Freud reprenant ce rêve, se contente de donner à nouveau son interprétation, à savoir qu’il exprime son désir d’être nommé Professeur extraordinaire et dans ce but, son désir de dévaloriser ainsi ses deux confrères présentés comme étant indignes d’accéder à ce titre, aussi peu dignes de l’être que son oncle Joseph.

Un rêve où Freud « galvanise » Nansen, l’explorateur polaire

Nous avons  travaillé, ces dernières semaines, la façon dont Lacan a analysé les trois rêves de cette femme hystérique, du type de l’eau qui dort,  dans deux séances du séminaire des Formations de l’inconscient. Nous en sommes maintenant aux trois rêves de Freud qui sont également très intéressants dans la partie «  L’infantile dans le rêve » pages 230 et 231.

En effet Freud reprend l’analyse du rêve de la monographie botanique et du rêve de l’oncle Joseph, pour les rattacher à deux souvenirs-écrans, qui sont en quelque sorte à l’arrière-plan de ces rêves. Par contre il évoque pour la première fois, ce rêve où il porte secours à l’explorateur Nansen.

Il renvoie lui aussi à un souvenir-écran, ce qui est pour lui sans doute une page de honte : des adultes (ses grands frères) s’étaient moqué de lui parce qu’il avait confondu deux mots REISEN et REISSEN. Il me semble que nous devons tous avoir des souvenirs de ce genre où nous nous sommes heurtés à la difficulté de trouver l’usage juste des mots. Cela nous arrive même en tant qu’adultes.

Les luttes intestines entre institutions analytiques impliquent-elles de sérieuses divergences théoriques ?

(Un extrait du « Livre bleu d’une psychanalyste »)

C’est un fait bien connu qu’il existe des relations de rivalité et de jalousie, voire de haine, entre les différentes institutions analytiques. On ne peut guère le leur reprocher car, comme tout groupe humain, elles n’échappent pas aux lois de fonctionnement des groupes humains, et notamment à cette fondamentale nécessité d’avoir un ennemi extérieur qui, déviant la haine vers lui, maintient ainsi, sinon dans l’amour, au moins dans la cohésion, chacun de ces groupes.

Je crois néanmoins que ces luttes, qui peuvent paraître, vues de l’extérieur, « intestines », méritent quelquefois d’être soutenues fermement d’un point de vue théorique. C’est le cas, par exemple, des divergences entre Jacques Lacan et Maurice Bouvet, dans leur approche respective de la névrose obsessionnelle. Lacan s’insurgeait contre la façon dont Bouvet se situait dans sa fonction d’analyste, se donnant comme une sorte de modèle, d’idéal du moi, ou de moi idéal, avec un effet possible de normalisation pour l’analysant. Mais ces divergences ne sont intéressantes que lorsqu’elles s’étayent sur des textes auxquels chacun peut se référer.

Une des « luttes » actuelles, qui serait à soutenir fermement, nous venons de le souligner, serait celle de s’ériger contre le fait que les neurosciences viendraient corroborer ce que Freud avait découvert du mode de fonctionnement de l’appareil psychique, ramenant ainsi subrepticement la psychanalyse dans le giron de la médecine, giron que Freud avait résolument abandonné, en inventant la psychanalyse, son texte Éloge funèbre de Charcot laissant preuve écrite de cet abandon.

Lacan relit le rêve de la bougie qui ne tenait pas bien

Dans le séminaire des formations de l’inconscient, séance du 14 mai 1958, Lacan continue à construire tous les étages du graphe du désir avec l’aide, entre autres, de quelques rêves tirées de L’interprétation du rêve, dont celui de la Reine de Suède derrière ses volets fermés. Plus précisément cette fois-ci, il me semble qu’il étaye la lettre petit d de ce graphe en tant qu’il le spécifie, cette fois-ci, d’être désir du grand Autre.

Lacan indique ceci : « On peut mentionner un troisième rêve que je n’ai pas eu le temps d’aborder la dernière fois, que je peux bien vous lire maintenant. «  Elle place une bougie dans un chandelier. La bougie est cassée, de sorte qu’elle tient mal. Les petites filles de l’école disent qu’elle est maladroite ; mais la maîtresse dit que ce n’est pas de sa faute ». Dans ce cas encore, voici comment Freud rapporte ce rêve aux faits réels «  Elle a bien mis hier une bougie dans le chandelier ; mais celle-ci n’était pas cassée ». Cela est symbolique. A la vérité on sait ce que signifie cette bougie : si elle est cassée, si elle ne tient pas bien, cela indique l’impuissance de l’homme ». Et Freud souligne «  ce n’est pas de sa faute » […]

L’important c’est qu’ici nous voyons apparaître alors à l’état nu, si je puis dire, et isolé, à l’état d’objet partiel, sinon volant, le signifiant phallus et que le point qui est important […] est évidement ici dans « ce n’est pas de sa faute ».

Lacan relit le rêve de celle qui refusait de faire accorder le piano

Dans la séance du 7 mai 1958 du séminaire Les formations de l’inconscient, Lacan reprend donc les trois rêves de cette analysante de Freud, cette jeune femme réservée, « du type de l’eau qui dort ».

Il indique, après avoir étudié le premier de ses rêves, celui où elle était arrivée trop tard au marché, le contenu manifeste du second «  Nous allons maintenant prendre le deuxième rêve […] Son mari demande : ne faut-il pas faire accorder le piano ? Ce n’est pas la peine ! Cela veut dire quelque chose comme ça ne paye ! Il faut d’abord le faire recouvrir. C’est la répétition d’un événement réel du jour précédent… »

Un rêve innocent ?

Freud nous donne alors la clé de l’ellipse : un condom est un « pardessus », On le passe bien par-dessus, il va s’en dire aussi qu’un événement comme celui que lui a confié son amie serait terrible pour cet homme non marié. Le facteur sexuel apparaît donc comme le motif de censure .

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