Psychanalyse

Un rêve qui semblait mettre en œuvre le contraire de la réalisation d’un souhait, et en même temps un exemple de rêve interprété par un autre rêve1.

Par August Stärcke, Willem Arntshoeve2 (Hollande).

Traduit par Claire Charlot [Crochets et notes de la traductrice]

Weygandt a soulevé contre Freud l’objection que beaucoup de rêves représentent directement le non-désiré. Bien que ce reproche ne puisse être fait que si la différence entre le contenu du rêve latent et manifeste est négligée, et a été réfuté par Freud lui-même dans la première édition de l’Interprétation des rêves au moyen d’exemples intéressants, étant donné les concepts merveilleusement tordus que certains experts chérissent encore sur ce chapitre, il peut être utile de communiquer un tel rêve dans lequel cette différence s’exprime nettement.

Un médecin rêve :

« J’ai et je vois sur mon index gauche une affection syphilitique primaire de la dernière phalange. »

Ce serait vraiment la dernière chose que l’on puisse souhaiter ! Le rêveur n’a jamais eu de syphilis. Une infection vénérienne serait aussi la chose la plus terrible qui pourrait lui arriver.

Rêve de l’affection syphilitique

Pour terminer son paragraphe sur ce qu’il appelle les « anti-rêves de désir », Freud a emprunté à Auguste Stärke, un tout petit rêve qui a la grand mérite de livrer presque à nu les signifiants qui en constituent la trame. Freud s’est contenté de reprendre,  dans l’article de Stärke, les deux bouts de la chaîne des associations du rêveur, tout d’abord le texte du rêve puis  son interprétation.

Voici son contenu manifeste : «  J’ai et je vois sur mon index gauche une affection syphilitique de la dernière phalange »

Et son interprétation : « … on découvrira qu’affection primaire doit être mis en équation avec « prima affectio » (premier amour) et que le bubon repoussant, selon les mots même de Stärke « se révèle être le représentant de désirs fortement chargés sur le plan affectif ».

Le rêve de celle qui souhaitait que Freud ait tort pour que son frère puisse avoir raison

Au point d’acmé de la résistance

En reprenant la lecture de chacun des rêves de la fin de ce chapitre « La défiguration du rêve », J’ai été tout d’un coup frappée par l’importance en effet que Freud accorde à l’intensité de la résistance que ses énonciations mobilisent à chaque fois, résistance qui se manifeste par le désir que Freud ait tort quant à sa thèse que le rêve est la réalisation déguisée d’un désir refoulé.

Un jeune médecin rêve qu’il a des problèmes avec le fisc et va payer «une amende salée »

Il s’agit,en ce début du mois de septembre de poursuivre le travail commencé et de lire, ligne à ligne et un par un, chacun des rêves de l’Interprétation du rêve dans la nouvelle traduction qui me semble plus littérale, plus exigeante de Jean-Pierre Lefebvre. C’est passionnant d’y retrouver tout ce qu’on peut découvrir de l’œuvre freudienne.   Pour l’instant nous en sommes au grand chapitre « la défiguration du  rêve », à la page 197. Il est important d’articuler ce rêve d’infanticide que nous avons déjà travaillé au suivant puisque le rêve de ce jeune médecin qui a des problèmes avec le fisc en reprend la même structure, ce que Freud appelle le « même mode de pensée ».

Notes sur ce Rêve d’infanticide

Le rêve qui suit fait encore partie de la série des rêves qui paraissent démentir l’affirmation de Freud que le rêve est une réalisation de désir. Ils sont tous cités dans le chapitre « La déformation du rêve » ou « La défiguration onirique ».

Voici le texte de ce rêve  qui n’est pas celui d’un analysant mais d’une connaissance de Freud, un juriste : « Je rêve, rapporte mon informateur que j’arrive devant chez moi, une dame à mon bras. Là attend une voiture fermée, un monsieur s’avance vers moi, excipe de sa qualité d’agent de police et m’enjoint de le suivre. Je le prie seulement de me laisser le temps de régler mes affaires ».1

Un rêve où l’analysante voit sa fille de quinze ans, morte, dans une boite

A la suite de ce rêve dit d’impatience, celui de voir l’homme que cette femme aimait au cours de l’enterrement de l’enfant de sa soeur, Freud ne nous raconte, cette fois-ci qu’un petit fragment de rêve de l’une de ses analysantes où il s’agit à nouveau de la mort d’en enfant.

En voici le texte :

«  Cette dame avait l’impression, dans le contexte d’un rêve assez long, qu’elle voyait sa fille unique de quinze ans, morte, couchée là devant elle, dans une boite ».

Il s’agit bien là d’une image, « une image onirique ». Freud la décrit même comme une sorte d’apparition. Elle rend bien compte de ce pourquoi il qualifie le rêve de rébus. C’est une image qu’il convient de déchiffrer, de mettre en mots. Il s’agit d’en faire le récit.

Et ce qui va justement aider au déchiffrage de ce rêve, c’est le signifiant « boite ».

Le rêve d’impatience d’une femme amoureuse

Le rêve que Freud raconte maintenant est celui d’une jeune femme qui a été élevée par sa sœur aînée. Il fait partie de toute la série de ces rêves que Freud décrit comme faisant objection au rêve comme réalisation de désir .

Quand on prend le texte même du rêve, en l’isolant de son contexte, on découvre à quel point il est impossible de l’analyser sans l’aide de la rêveuse, non seulement de ses associations mais aussi de son histoire. Il est en effet, tel quel, littéralement indéchiffrable :

« Cette nuit je rêve que je vois le jeune Cary, couché mort devant moi. Il est allongé dans un petit cercueil, mains jointes, il y a des cierges tout autour. Bref exactement la même chose que jadis avec le petit Otto, dont la mort m’a tellement bouleversée »1.

Rêve de celle qui ne souhaitait pas passer des vacances avec sa belle-mère

j’ai commencé à travailler ce nouveau rêve.  Il a un intérêt supplémentaire,  outre son interprétation,  c’est celui de montrer ce qu’était la technique analytique de Freud, en ce temps de l’interprétation des rêves.  Il semble bien qu’il faisait,  en fonction du matériau analytique livré par l’analysant, des hypothèses sur les événements survenus dans  l’enfance du sujet qui avaient dû provoquer la névrose et surtout qu’il ne les gardait pas pour lui et lui en faisait part. Je pense que cette démarche devait correspondre à ce qu’il décrivait dans son article « Constructions en analyse ».

Notes sur le désir insatisfait de l’hystérique

Lacan indiquait, notamment à propos des symptômes d’Elisabeth Von R. que les hystériques s’intéressent avant tout à des situations de désir, on peut dire que c’est ce qui se passe aussi à propos du rêve de la belle bouchère.

Nous avons affaire à l’intrication de plusieurs désirs qui viennent se croiser et se recroiser, au point d’en faire un véritable imbroglio. Le désir de Freud en premier, puisqu’il s’agit du rêve d’une analysante, puis celui du mari, du peintre, et de l’amie. De plus si le désir de caviar de la bouchère renvoie au désir de saumon de son amie, celui doit encore renvoyer à un autre désir insatisfait et ainsi à l’infini.

A un premier niveau donc il s’agit d’un rêve de transfert. Le rêve de cette analysante est fait pour démontrer à Freud que le rêve, son rêve, n’est pas, contrairement à ce qu’il avance une réalisation de désir.

Le rêve dit des services d’amour

Ce rêve ne figure qu’en note de l’interprétation du rêve1. Il a été rapporté par le docteur Hermine von Hug-Hellmuth et il est cité par Freud pour décrire ce qu’est la fonction de la censure dans la déformation du rêve. Il n’a pas été interprété mais il est malgré tout assez transparent.

Celle qui rêve est une femme de cinquante ans, veuve depuis douze ans d’un colonel de l’armée et dont l’un de ses fils est lui aussi dans l’armée.

Freud écrit « Pour effacer les passages qui lui paraissent choquants la défiguration onirique travaille dans cet exemple avec les mêmes moyens que la censure épistolaire. Celle-ci rend ce genre de passages illisibles en les recouvrant d’un large trait d’encre, la censure onirique les remplace par un marmonnement incompréhensible »

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