Tout ce qu’on peut faire avec un chapeau quand on l’utilise comme un symbole !

Avant de quitter ce rêve de la Dame qui avait fabriqué un chapeau de paille avec les organes génitaux de son mari afin de se protéger de son angoisse de tentation, celle de se laisser séduire, chemin faisant, par de beaux militaires, je vous propose en effet de relire un petit texte de Freud assez peu connu qui porte pour titre “ Relation entre un symbole et un symptôme”. C’est là en effet qu’on retrouve ce symbole du chapeau et utilisé cette fois-ci non pas pour fabriquer un rêve mais quelques symptômes obsessionnels, du côté des femmes, mais aussi des hommes. Il commence ainsi son article “ Le chapeau, comme symbole de l’organe génital, surtout de l’organe génital masculin, voilà qui est suffisamment établi par l’expérience de l’analyse des rêves. Mais, ajoute-t-il, on ne peut affirmer que ce symbole soit ce ceux que l’on comprenne”.

De fait Freud nous explique qu’il y a en somme un glissement du bas vers le haut et que c’est tout d”abord la tête qui représente les organes génitaux et que le chapeau en est à son tour la représentation, par glissement de la tête au chapeau, en tant qu’il en est nous seulement le prolongement mais aussi ce qui peut être ôté. Le chapeau met donc en scène le fait de pouvoir en être privé. Il est amovible.

Freud, à ce propos; nous rappelle ainsi combien “les patients souffrant d’obsessions manifestent un degré d”horreur et d’indignation à l’encontre de la peine de décollation, comme il ne le font à beaucoup près pour aucune autre sorte de mort […] ils traitent le fait d’être décapité comme le fait d’être castré”.

Donc Freud nous affirme “qu’il se pourrait bien que la signification symbolique du chapeau dérive de celle de la tête; dans la mesure où il peut être considéré comme une tête prolongée, mais propre à être ôtée.”

A ce propos, on peut penser aux messes du dimanche où les hommes étaient tenus de se découvrir, de retirer leur chapeau, et les femmes devaient, elles, avoir la tête couverte, soit d’un chapeau, mantille, ou fichu. On peut aussi penser à l’importance donnée au voile dans le monde musulman. Ces coutumes prennent en effet un tout autre sens, si on repose l’équivalence chapeau, tête et sexe. Cela peut aussi nous donner une vue de biais, un peu inattendue de ce que Lacan avait décrit comme mascarade phallique déterminant les rapports entre les sexes. A l’église, les hommes, en présence du Dieu, étant tenus de se découvrir, d’ôter leur chapeau, les femmes de s’en parer.

Mais pour en revenir au texte, dans sa deuxième partie, Freud décrit alors des symptômes obsessionnels entraînant beaucoup de tourments pour ceux qui en souffrent, et qui utilisent donc ce chapeau comme symbole.
“ Dans la rue, ils sont sans cesse aux aguets pour savoir si quelqu’un de leur connaissance les a salués le premier en ôtant son chapeau ou si cette personne semble attendre leur salut, et ils renoncent à nombre de leurs relations en faisant la découverte que l’intéressé ne les salue plus ou ne répond plus convenablement à leur salut. Ces problèmes de salutation […] sont pour eux sans fin.”

Enlever son chapeau devant quelqu’un exprime en effet une marque de respect ou d’admiration. Chapeau bas ! dit-on ou encore “je lui tire mon chapeau !”.

J’ai pensé à propos de ce chapeau utilisé comme symbole, à une petite anecdote : Au cours d’une promenade, tandis que j’écoutais, tout en marchant, une de mes voisines me raconter ses déboires conjugaux, tout d’un coup, et sans relation apparente avec ce qu’elle me disait je lui posais cette question: “ est-ce que tu connais le sens de cette expression “travailler du chapeau de la gamine” ?
Je ne poursuivis pas plus loin cet échange avec elle, mais y repensant par la suite je me rendis compte que j’avais condensé deux expressions connues, tout au moins dans mon enfance : La première était celle d’une injonction qu’on peut adresser à une petite fille trop curieuse “Ne t’occupes pas du chapeau de la gamine ! “ et la seconde “ Travailler du chapeau”, pour être fou. Ce que j’avais en effet entendu d’une dimension de folie dans ce que me racontait cette personne avait provoqué et ma question et l’avertissement que je me donnais, celui de ne pas m’occuper de cette histoire. Cet avertissement que je me donnais, ce conseil, avait infiltré la seconde expression, celle de travailler du chapeau, et l’atténuait même en la rendant incompréhensible.
Tout comme le rêve de l’agoraphobique ou ces rites obsessionnels autour de la salutation, j’avais en effet fabriqué un lapsus par la condensation de deux expressions qui utilisaient elles aussi, en l’occasion, le chapeau comme symbole.

Cette anecdote présente l’intérêt de démontrer que même si ces symboles sont du registre de la signification et sont donc de l’ordre de l’imaginaire, utilisés dans des expressions langagières les plus courantes ou les plus recherchées, ils relèvent également du symbolique.
Il me semble que dans cet article de Freud on peut retrouver là comment ce que Freud appelle la symbolique du rêve vient rejoindre ce que Lacan appelle le Symbolique mais qui ne tient que de la présence des deux autres ordres, le Réel et l’Imaginaire.

Dans la première séance du séminaire le Sinthome, Lacan reprend une métaphore biblique pour indiquer ce lien entre les trois registres, le fait que Dieu, par l’intermédiaire d’ Adam, a nommé les choses. Il leur a donné à chacune un nom. C’est ce qui a, tout aussitôt, permis à Eve de parler et de parler avec le serpent, c’est-à-dire d’entrer dans le monde de la signification.

Je pense que c’est à cette nomination que Lacan joint le symbole comme associant donc signifiant et signifié. C’est ainsi que je déchiffre ce passage du séminaire “ L’inouï est que de tout temps les hommes aient très bien vu que le symbole ne pouvait être qu’une pièce cassée et ce si je puis dire de tout temps mais qu’ils n’aient pas vu et ce de tout temps que cela comportait l’unité et la réciprocité du signifiant et du signifié, conséquemment que le signifié d’origine ne veut rien dire qu’il n’est qu’un signe d’arbitraire entre deux signifiants. “

 

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