Pasiphaé et ses amours taurines - Le goût de la psychanalyse Le goût de la psychanalyse

Pasiphaé et ses amours taurines

Dionysos rend les femmes folles : à sa suite elles vont en bacchanales. Pour se venger du Roi Minos, Dionysos avait rendu sa femme Pasiphaé folle d’amour pour un taureau. C’est ainsi que de ses amours taurines et adultérines naquit le minotaure, monstre moitié homme et moitié taureau.

J’ai trouvé un très joli fantasme de retour au ventre maternel dans cette légende de Pasiphaé.

Pour pouvoir être aimée du taureau dont elle était tombée amoureuse, elle fit faire, par Dédale, la maquette en bois d’une vache et c’est, glissée à l’intérieur de cette vache, en mettant ses jambes dans les pattes arrière de celle-ci, qu’elle fut fécondée par le taureau.

Ce fantasme de retour au ventre maternel, à l’occasion duquel on peut en quelque sorte profiter et participer à un rapport sexuel avec le père, rappelle celui de l’Homme aux rats ainsi que celui de l’Homme aux loups.

Le premier, Ernst Lanzer, raconte un fantasme qui, selon Freud est à l’origine de son obsession des rats, sa « préhistoire ». « Quelques mois avant la formation de cette idée, il avait rencontré dans la rue une femme qu’il identifia à une prostituée, ou du moins une personne qui avait des rapports sexuels avec l’homme qui l’accompagnait. Son sourire particulier éveilla en lui l’idée bizarre que sa cousine était dans son corps et que ses parties génitales étaient placées derrière celles de la femme de telle façon qu’elle tirait profit de chaque coït ».

Il se voyait à la place de sa cousine, identifié à elle, lovée dans le corps d’une prostituée et profitant en tant que telle, de chaque rapport sexuel avec ses clients. Il se trouve décrit dans le journal d’une analyse. C’est une des variantes de son fantasme fondamental. ( p.233)

Sergei Pankeiff avait eu lui aussi un fantasme très proche que, de plus, il posait comme condition de sa guérison. Freud l’appelle à la fois fantasme de retour au ventre maternel et fantasme de seconde naissance.

Il réalise ainsi les deux vœux oedipiens, celui de pénétrer dans le corps de sa mère, mais celui aussi d’être aimé du père comme une femme et d’en recevoir un enfant.

« La traduction en serait la suivante : ce n’est que s’il se substitue à la femme, s’il acquiert le droit de se mettre à la place de sa mère dans le coït, afin de laisser satisfaire par son père et d’avoir un enfant de lui, ce n’est qu’à cette condition que sa maladie le quittera. Le fantasme d’une seconde naissance n’était donc ici qu’une édition tronquée et censurée des fantasmes de désir homosexuel ».

Ceci n’est plus à prouver les fantasmes qui s’expriment dans les mythes sont les mêmes qui s’expriment dans les rêves et les symptômes mais aussi bien dans les œuvres d’art.

Ce fantasme de retour au ventre maternel de Pasiphaé démontre comment la fille vient se substituer à sa mère dans la scène primitive. C’est ainsi que de mère à fille se transmettent les voies de la féminité.



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