Les cinq psychanalyses

Rêve de la préparation anatomique ou rêve de la tombe étrusque ?

Ce rêve, en tout cas dans sa dernière partie, est un rêve en rapport avec l’angoisse de mort ou encore avec ce que Freud appelait “ l’angoisse de réel”. ( p. 483, L’interprétation du rêve, traduction J.P Lefebvre, collection Essais)

Voici le texte de ce rêve qui est très long : “ Le vieux Brücke m’a sûrement donné un travail à faire : de manière passablement bizarre, ce travail concerne une préparation anatomique du bas étage de mon propre corps, le bassin et les jambes, que je vois devant moi comme en salle de dissection, mais sans en ressentir le manque sur mon propre corps, non plus que la moindre horreur. Louise N. est là aussi et fait le travail avec moi ; le bassin est éviscéré. On en a tantôt une vue d’en haut, tantôt une vue d’en dessous, les deux choses s’emmêlant. On peut voir aussi d’épaisses protubérances rouges chair ( qui dans le rêve encore m’ont fait penser à des hémorroïdes).
Il nous a fallu aussi dégager minutieusement quelque chose qui reposait par-dessus et ressemblait à du papier argenté chiffonné. Après quoi j’étais de nouveau en possession de mes jambes et faisais un bout de chemin dans la ville, mais en prenant (à cause de la fatigue) une voiture. A mon grand étonnement, la voiture passait sous le porche d’une porte cochère, qui s’ouvrait, et la faisait passer dans une enfilade qui se repliait à l’extrémité et finalement menait plus loin, en plein air.

Finalement je faisais une randonnée en compagnie d’un guide alpin qui portait mes affaires, au milieu d’un paysage changeant. Sur une partie du trajet il me portait par égard pour mes jambes fatiguées. Le sol était marécageux ; nous longions les bords ; il y avait des gens assis par terre et parmi eux une fille, du genre indiens ou bohémiens.  Avant cela j’avais j’avais continué le chemin en me déplaçant sur le sol glissant tout en s’étonnant en permanence d’y arriver encore si bien après la préparation anatomique.

Finalement nous arrivions à une petite maison de bois qui débouchait sur une fenêtre ouverte. Là, le guide me laissait et posait deux planches qui attendaient toutes prêtes sur l’appui de la fenêtre, pour faire un pont enjambant le gouffre qu’il fallait franchir depuis la fenêtre. J’avais maintenant vraiment peur pour mes jambes.  Mais au lieu du franchissement attendu je voyais deux hommes adultes allongés sur des bancs de bois placés contre les parois de la cabane, et comme deux enfants endormis à côté d’eux. Comme si ce n’étaient pas les planches, mais les deux enfants qui étaient censés permettre le passage de l’autre côté.
Je me réveille dans un état de panique mentale. “

Le songe de Jacob et son combat avec l’ange

L’échelle de Jacob

Les rêves de la Bible peuvent eux aussi être interprétés.  Voici ce qui arriva à Jacob : « Il arriva dans un lieu où il passa la nuit ; car le soleil était couché. Il y prit une pierre, dont il fait son chevet, et il se coucha dans ce lieu-là. Il eut un songe. Et voici, une échelle était appuyée sur la terre, et son sommet touchait au ciel. Et voici que les anges de Dieu montaient et descendaient par cette échelle. Et voici l’Eternel qui se tenait au-dessus d’elle ; et il dit « je suis l’Eternel, je suis le Dieu d’Abraham, ton père et le Dieu d’Isaac. La terre sur laquelle tu es couché, je la donnerai à toi et à ta postérité. Ta postérité sera comme la poussière de la terre ; tu t’étendras à l’occident et à l’orient […] Jacob s’éveilla de son sommeil et il dit : Certainement l’Eternel est en ce lieu et moi je ne le savais pas. Il eut peur et dit : Que ce lieu est redoutable ! C’est ici la maison de Dieu, c’est ici la porte des cieux. » (Genèse XXVIII 13-19)

Rêves oedipiens

Sous cette dénomination, « rêves oedipiens », Freud camoufle lui-même ce qu’il décrit comme des rêves de rapports sexuels avec la mère. Ces rêves ne sont pas souvent transparents mais de fait camouflés.Nous en sommes à la page 440 de l’Interprétation du rêve ( J.P Lefèbvre)

Freud écrit “ Quand je souligne devant des patients la fréquence du rêve oedipien de rapport sexuel avec sa propre mère, on me répond ceci : je ne peux pas me souvenir d’un rêve pareil. Mais peu après remonte le souvenir d’un autre rêve, non reconnaissable et indifférent, qui s’est répété fréquemment chez la personne concernée et l’analyse montre que c’est là un rêve de même contenu, à savoir un rêve oedipien.”

« La névrose a pour issue la destruction du complexe d’Œdipe »

Je livre à votre méditation ce passage d’inhibition, symptôme et angoisse, à la fin du chapitre VI :  « Etudier la formation de symptôme, dans d’autres affections que les phobies, l’hystérie de conversion et la névrose obsessionnelle, serait infructueux, car nous en savons trop peu à leur sujet. Mais l’examen critique et comparé de ces trois névroses fait apparaître un problème d’importance et qui ne saurait plus être ajourné. Chacune de ces trois névroses a pour issue la destruction du complexe d’Œdipe et nous admettons que dans toutes les trois l’angoisse de castration est ce qui conduit le moi à se dresser contre le processus pulsionnel du (moi) ». Ici, c’est un lapsus sans doute du traducteur. Bien sûr il faut lire « le processus pulsionnel du ça ».

Donc, premier point, nous sommes en 1925 et pourtant Freud déclare en quelque sorte forfait quant à son approche des deux autres structures, psychose et  perversion, alors qu’il a pourtant déjà écrit son texte sur le Président Schreber mais n’a pas trouvé le mécanisme spécifique qui détermine le phénomène psychotique.

 Mais le second point important est celui de la « destruction » du complexe d’Œdipe comme issue de la névrose.

les origines pulsionnelles de nos plus hautes performances intellectuelles

L’isolation, un des mécanismes de fabrication du symptôme

Après l’annulation rétroactive, dans ce chapitre VI d’inhibition, symptôme et Angoisse,  Freud décrit ce qu’il appelle le mécanisme de l’isolation. Il rattache ce mécanisme d’une part à la concentration intellectuelle, d’autre part au tabou du toucher. Comme pour le premier mécanisme décrit, celui de l’annulation rétrospective, Freud décrit d’une part ce qui relève de la structure de la névrose et d’autre part de la « normalité ».

« Il n’y a d’analyse que du particulier »

On éprouve le besoin d’aérer un peu ce texte d’Inhibition, symptôme et angoisse, en repartant en effet d’exemples cliniques, car il relève d’une sorte de mathématisation de la théorie freudienne. C’est ce que Freud lui-même a fait en reprenant, pour les comparer l’analyse de la phobie de l’Homme aux loups et celle du Petit Hans

Les hommes hystériques, ces ambassadeurs oubliés du pays de l’Inconscient

A une lecture attentive du texte de Freud, on découvre que l’hystérie masculine, qui a pourtant joué un rôle décisif dans l’invention de la psychanalyse est le plus souvent élidée, oubliée, au profit de l’hystérie féminine, mais qu’elle ressurgit quand même, toujours à point nommé, à tous les temps d’émergence et de franchissement de la théorie analytique. Elle est toujours associée à ses grands moments de fécondité.

Mais pour pouvoir donner du poids à cette hypothèse de travail, je voudrais dégager, à partir du texte freudien et en le suivant de près, cinq axiomes, cinq théorèmes qui fondent la logique du symptôme hystérique et qui ont permis à Freud d’inventer ce champ de la psychanalyse. C’est ce que je vais essayer de développer pour vous, sous ce titre : Les hommes hystériques, ces ambassadeurs oubliés du pays de l‘inconscient.

Donc les symptômes de toutes ces belles dames de la société viennoise, celles qui tombaient en pâmoison dans les bras de leur médecin, ont réussi à faire oublier qu’il existait une véritable internationale de l’hystérie masculine. Car ces hommes hystériques, eux, ne sont pas de la Haute. Ce sont surtout des prolétaires, ouvriers du bâtiment, chauffeurs de locomotive ou conducteurs de tramway.

Ces hommes hystériques, ces ouvriers de la grande œuvre freudienne, sont là, dès 1886, au moment où Freud revient de Paris avec son précieux butin, tout ce qu’il appris de Charcot, avec ses souvenirs de La Salpétrière.

La formation du symptôme comme substitut de cette motion pulsionnelle refoulée par le moi

Jusqu’à la page 11 d’inhibition, symptôme et angoisse, dans ce chapitre II, il était question de la façon dont le moi exerçait son pouvoir sur les motions pulsionnelles venues du ça pour les refouler, quand elles faisaient obstacle au principe de plaisir (le moins de vagues possible) pour cela il lui suffisait d’envoyer un simple petit signal de déplaisir sous forme de l’angoisse.

Inhibition, symptôme, angoisse noués avec le noeud borroméen

 Pour ceux que ces questions intéressent :  Au cours de la première séance du séminaire RSI, Lacan annonce ce qu’il compte développer dans le fils de son enseignement et il y inclut le nouage de ces trois concepts freudiens Inhibition, Symptôme, Angoisse.

« Un point que je suggère est d’ores et déjà celui-ci, pour revenir à Freud, c’est à savoir ce quelque chose de triadique, il l’a énoncé Inhibition, Symptôme, Angoisse.

Les axiomes de la formation du symptôme pour Freud et pour Lacan

Comme Vanessa Brassier a fait une lecture très rigoureuse de ces deux chapitres II et III d’Inhibition, symptôme et Angoisse,  cela me laisse toute liberté de vagabonder autour de ce texte (je n’ai pas lu plus de trois pages, 7, 8, 9).

Ceci dit je préfère, avant de trop vagabonder,  partir de cette rigoureuse définition que Freud donne du symptôme et qu’il faudrait presque apprendre par cœur :

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