Le rêve du miroir incendiaire d’Archimède

Ce rêve, tout comme le rêve de « Rabbi Savonarole », est lui aussi mis tout d’abord en relation avec la périodicité de Fliess, celle des périodes de 28 et de 23 jours qui sont mises en lien respectivement avec la féminité ou la virilité. Cette périodicité Freud la réfute cependant à chaque fois, pour évoquer un événement de la veille qui a provoqué son rêve, en l’occurrence, cette fois-ci, le fait qu’il avait appris une mauvaise nouvelle, la suppression du lieu où il pouvait jusqu’alors donner ses conférences. Cela lui avait sans doute fait penser, écrit-il, à ses débuts de jeune médecin où on lui avait là aussi refusé toute aide d’où son appel à Archimède et à ses « miroirs incendiaires ». Lui saurait au moins lui trouver un lieu où parler de psychanalyse.

Voici le texte de ce rêve qui a aussi le mérite d’avoir été, au moins en partie, interprété par Freud : « Je me retrouve de nouveau entrain de faire de la chimie au laboratoire de l’université. Le conseiller aulique L. m’invite à venir quelque part et passe devant moi dans le couloir en tenant dans sa main levée en l’air devant lui une lampe ou quelque autre instrument avec des airs d’intelligence affûtée (scharfsinnig) ou de perception aigüe ( sharfsichtig) dans une posture caractéristique, la tête tendue vers l’avant. Nous traversons ensuite une place complètement vide… (oublié le reste) »1.

Freud dans son interprétation s’intéresse à la façon dont ce conseiller aulique porte la lampe ou la loupe et évoque donc, par ce biais, la statue d’Archimède à Syracuse. Ce personnage porte un miroir incendiaire avec lequel il avait pu mettre le feu aux voiles de la flotte romaine qui assiégeait la ville de Syracuse. Sobrement Freud interprète ce rêve «  Toute personne en interprétation du rêve devinera aisément que ni désir de vengeance ni présomption de grandeur ne sont étrangers aux pensées du rêve.»

Sur Internet on peut apprendre qu’Archimède avait participé à la première guerre punique, guerre qui avait eu lieu entre les romains et les carthaginois et que, outre le fait qu’ils avaient mis le feu à la flotte romaine, c’est, parmi eux, que se trouvait le héros auquel Freud s’était identifié, Hannibal, celui qui avec ses éléphants avait franchi les Alpes pour tenter de se venger des romains.

De même on peut apprendre, par les mêmes sources, que les conseillers auliques participaient au gouvernement du « Saint empire romain germanique » dont faisait partie l’Autriche. A ce titre, ce conseiller L. était devenu pour Freud, son ennemi tout trouvé et préféré, un romain, un chrétien, tout comme celui qui un jour, avait insulté son père en envoyant son chapeau dans le ruisseau, celui qui lui avait dit  : «  juif, descend du trottoir ! »2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1 S.Freud, interprétation du rêve, notes de la page 207, traduction J.P Lefebvre.
2 Ernest Jones, la vie et l’œuvre de Sigmund Freud, vol. I, p.25, PUF.

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