La fonction paternelle dans la famille et dans le champ social

Une grande déréliction de la fonction paternelle dans le champ social

Freud de son temps avait évoqué, dans l’un de ses ouvrages, les malaises de la civilisation. Nous  évoquons, nous aussi souvent, ces malaises de la civilisation à l’époque où nous vivons. Sont-ils tellement différents ? Une approche analytique peut certes en être tentée et notamment  avec ce terme que Lacan évoquait, celui d’une forclusion du Nom du père dans le champ social, ce qui est un terme très fort puisque cela fait référence à la structure de la psychose, il donne pour cause de cette forclusion  une  perte de la dimension de l’amour et notamment perte de ce qu’on peut appeler une perte de la dimension de l’amour de transfert.

Pour le démontrer (c’est dans le séminaire des non dupes errent)  il décrit la façon dont se monnaye ce Nom-du-père encore appelé par lui métaphore paternelle. Ce terme même de monnayage implique bien sûr tout un système d’échanges, pour ne pas dire de trocs.  Pour avoir la chance de pouvoir porter  le nom de son père,  je dirais de plein droit,  tout  passe par la parole de la mère. De ce monnayage, elle se trouve être en effet l’indispensable intermédiaire ou médiatrice. D’elle,  dépend la réussite ou l’échec de cette brûlante négociation.

Lacan le formule ainsi «  le défilé du signifiant par quoi passe à l’exercice ce quelque chose qui est l’amour, c’est très précisément ce nom du père qui est non, n, o, n, qu’au niveau du dire, et qui se monnaye par la voix de la mère dans le dire non d’un certain nombre d’interdictions ».

Le rêve du comte de Thun

Je désespère de pouvoir faire un compte-rendu un peu cohérent de ce très long rêve, le rêve du comte de Thun, ce sera à chacun d’aller le relire en gardant quand même à l’esprit ce jeu de mot sur le nom propre du comte de Thun que souligne Freud :  Pour se moquer de lui, on l’appelait « le comte Rien-Faire », le comte Nichthun, or le verbe « Tun », « faire » introduit ainsi à la trame même du rêve, il s’agit en effet du « faire » lié à l’apprentissage de la propreté et à la demande de la mère. Comme l’écrivait Freud dans l’une de ses lettres à Fliess, tu n’as pas idée de tout ce qui pour moi, tel un nouveau Midas, se transforme en merde. Dans le cas de ce rêve, c’est aussi en flots d’urine. (p. 184 de « L’interprétation des rêves » PUF et p. 248 de la traduction Lefebvre)

Ces troubadours de l’inconscient

Ces troubadours de l’inconscient que sont les poètes que les psychanalystes

amour Lacan a très souvent évoqué ces liens si ambigus de la littérature et de la psychanalyse et s’est référé plus d’une fois, au cours de ses séminaires,  aux grands auteurs. Je pense à André Gide, à Jean  Genet, ou à Paul Claudel,  à James Joyce, bien sûr, aux poètes de l’amour courtois, notamment à Marguerite de Navarre, mais aussi à William Shakespeare , à Goethe, à Racine, avec son fameux vers « Oui, je viens de ce pas, adorer l’Éternel », au moyen duquel il a évoqué le point de capiton soit la façon dont le signifiant réussit de temps en temps à embrocher le signifié .

Qu’est-ce que le père réel ?

 Les lecteurs de Lacan, et parmi eux, surtout les analysants et les analystes, ont souvent quelques difficultés avec les trois pères qualifiés par lui de « père symbolique », « père imaginaire » et « père réel ». Ils ont souvent d’autant plus de mal qu’ils ont en quelque sorte à raccorder et surtout à rendre cohérent ce qu’il en dit tout au long de ses trente ans de séminaires.

Les trois pères dans la traversée de l’Œdipe

Nous pouvons  déjà repérer dans ces séances consacrées à la métaphore paternelle ‘dans le séminaire des Formations de l’inconscient,  que Lacan explore toutes les  questions que soulève l’Œdipe, celle bien sûr de la névrose, avec au coeur de celle-ci, les difficultés théoriques et cliniques que pose l’Œdipe dit inversé, celui où le sujet, le garçon, souhaite être aimé de son père comme une femme, dans une position féminine passive. Il évoque aussi la question  des perturbations qui se produisent dans le champ de la réalité perturbations qui sont communes, quoique de façon différente, à la perversion et à la psychose. 

Quand les premiers psychanalystes s’intéressaient à la délinquance des jeunes

C’était encore au temps de la découverte de la psychanalyse. Auguste Aichhorn a écrit un livre qui a pour titre « Jeunes en souffrance », avec en sous-titre « Psychanalyse et éducation spécialisée ». Il a été édité en 1925 et est présenté par un préambule écrit par Freud.

Ce préambule fait justement bien la jonction entre la psychanalyse qui est un lien à deux et son extension possible dans le champ social.

Arès et Aphrodite surpris par Vulcain : un mythe de la scène primitive

Au moment où nous avons commencé à  lire les nombreux rêves de l’Homme aux loups qui ont tous pour thème le désir de la mort de Freud, des dermatologues et des médecins ainsi que le désir de les castrer, il se trouve que j’ai travaillé en  même temps le début du séminaire «  Le désir et son interprétation ». Ce qui m’a intriguée c’est le fait que Lacan, dans le cadre de ce séminaire ayant donc pour thème la question du désir, commence par analyser toute une série de rêves concernant le désir de la mort du père. Tout d’abord celui du père mort et qui ne le savait pas, puis,  il est vrai qu’il ne fait que l’évoquer,  l’un des rêves de Freud où son père mort ressemblait à Garibaldi.  Enfin quand il arrive au rêve du chaperon, rêve de l’analysant d’Ella Sharpe, on s’aperçoit que l’analyste centre encore et à nouveau toute la problématique de l’analysant sur la question du désir de la mort de son père. Mais là il y a quand même un changement, car dans ce rêve apparaissent quand même deux femmes, sa propre femme qui assiste impassible à un jeu sexuel de son mari avec une autre femme, jeu sexuel au cours duquel cette autre femme  voulait attraper son pénis, littéralement s’en emparer.

Le pouvoir des « Imagos »; Notes de lecture des premiers textes de Lacan psychanalyste

Si Freud a inventé la psychanalyse par la voie de l’hystérie, Lacan a choisi les chemins de la psychose, accompagné par des femmes folles et criminelles. Parmi elles, sont devenues célèbres, Aimée, l’héroïne de sa thèse (1), et les deux sœurs Papin, Christine et Léa (2).

Si sa thèse, datée de 1930, constitue un témoignage du Lacan psychiatre, celui du Lacan psychanalyste n’a pas été conservé. En effet, en 1936, au congrès de Marienbad, il présente, comme première contribution aux réinventions de la psychanalyse, une étude sur le « Stade du miroir » mais aucune trace n’est restée de cette première intervention (3). Il y met en avant « l’imago du corps morcelé » et « l’imago du corps propre », reprenant ainsi un concept déjà en usage dans le milieu analytique mais en lui donnant une nouvelle portée.

Les symptômes de l’Homme aux loups comme un appel désespéré à la castration symbolique

Ce chapitre écrit par Ruth Mack Brunswick « Historique de la maladie actuelle » est un extraordinaire document clinique,  il devrait être utilisé comme test pour mesurer les dons d’interprétation de celui ou de celle qui souhaiterait devenir psychanalyste – je plaisante bien sûr –   par contre il important de souligner que pour s’y retrouver dans ce véritable imbroglio il est absolument nécessaire d’utiliser les trois registres lacaniens  du réel, de l’imaginaire et du symbolique et notamment de les utiliser à propos de ces fantasmes de castration imaginaire que l’Homme aux loups  essaie de faire réaliser dans le réel, par des opérations sur son nez ou sur ses dents, faute d’avoir pu effectuer, par rapport au désir de Freud, une vraie castration symbolique, castration qui consiste à séparer son désir du désir de l’Autre. En effet l’Homme aux loups est comme une mouche qui se débat en vain dans une immense toile d’araignée, celle du désir de Freud.

Navigate