De la Vorstellung freudienne au Signifiant lacanien

31aa5d2848c0c0ab125924a6e158c84bDans le sous-chapitre « Stimuli et source du rêve », à la suite du rêve de la guillotine, Freud décrit trois rêves de réveil. Ce qui a surtout retenu mon attention, au cours de cette lecture, c’est le fait qu’à l’occasion de ces trois rêves, il y avance pour la première fois dans son ouvrage, au moins, ce terme de « représentation ».

Un même stimulus, celui de la sonnerie du réveil, provoque en effet dans le rêve, l’apparition soit des bruits de cloche d’une église, des clochettes d’un traîneau dans la neige, ou encore ceux d’une pile d’assiettes qu’une servante laisse échapper et qui tombent sur le sol. Ce sont donc trois représentations différentes en réponse au même stimuli.

Je n’ai retenu que la représentation d’un seul de ces rêves, celle des clochettes, parce que cela m’a évoqué Guerre et Paix, de Léon Tolstoï.

« Un grand jour d’hiver sans nuages. Les rues sont couvertes d’une épaisse couche de neige. J’ai accepté de participer à une promenade en traîneau mais je dois attendre longtemps avant que l’on m’annonce que le traîneau est devant la porte […] Mais le départ est encore retardé, jusqu’au moment où les rênes donnent aux chevaux en attente le signal perceptible. Les voilà qui tirent ; les clochettes fortement secouées entament leur musique de janissaires bien connue avec une puissance qui en un instant déchire la toile d’araignée du sommeil. Une fois encore, ce n’était rien d’autre que la sonorité stridente du réveille-matin. » Continuer la lecture de De la Vorstellung freudienne au Signifiant lacanien

En temps de guerre mais aussi bien en temps de campagne électorale

picasso-guernica-detail3 Une  lettre de Freud adressée à Frederik van Eyden[1] reste d’actualité en ces temps de campagne électorale. On y retrouve deux des  mots de Lacan  qu’il a quelquefois utilisés : « débilité » et «  imbécillité ». Peut-être les avait-il empruntés à Freud : « Elle nous a enseigné encore (la psychanalyse) que notre intellect est une chose débile et dépendante, jouet et instrument de nos penchants pulsionnels et de nos affects, et que nous sommes amenés nécessairement à nous conduire en esprit perspicace ou imbécile selon que nous commandent nos positions comme nos résistances internes ». Continuer la lecture de En temps de guerre mais aussi bien en temps de campagne électorale

Ces troubadours de l’inconscient

Ces troubadours de l’inconscient que sont les poètes que les psychanalystes

amour Lacan a très souvent évoqué ces liens si ambigus de la littérature et de la psychanalyse et s’est référé plus d’une fois, au cours de ses séminaires,  aux grands auteurs. Je pense à André Gide, à Jean  Genet, ou à Paul Claudel,  à James Joyce, bien sûr, aux poètes de l’amour courtois, notamment à Marguerite de Navarre, mais aussi à William Shakespeare , à Goethe, à Racine, avec son fameux vers « Oui, je viens de ce pas, adorer l’Éternel », au moyen duquel il a évoqué le point de capiton soit la façon dont le signifiant réussit de temps en temps à embrocher le signifié . Continuer la lecture de Ces troubadours de l’inconscient

Rilke et ses « lions intérieurs »

lionsDans quelques-unes de ses  lettres à Merline, Rilke a une sorte de pré-science analytique des mécanismes de la sublimation, en quoi elle exige un retour à l’objet perdu, célébré en tant que tel, au détriment des objets d’amour au cœur desquels l’objet perdu pourrait être recherché. Il tente d’expliquer à son amante pourquoi, dans une certaine mesure, il renonce à elle : C’est en effet en cela qu’il parle de sacrifice. Il sacrifie  ses objets d’amour, pour retourner, par son art,  aux sources de son être et, au cœur de celui-ci, à son objet perdu, à ce Das Ding dont Lacan a dégagé le concept à partir du texte freudien. Outre la subtile description de ce mécanisme de la sublimation, c’est intéressant de voir surgir sous sa plume, en ses confins de l’être, des animaux phobiques, des montres réveillés par lui, ses « lions intérieurs ». Continuer la lecture de Rilke et ses « lions intérieurs »

La violence du droit ou l’humour de Freud

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J’ai relu avec grand plaisir les deux lettres échangées entre Freud et Einstein à propos de la guerre. Je suis toujours à la fois surprise et émerveillée par la façon lumineuse et originale dont Freud aborde toujours les questions qu’il tente de cerner. Ainsi cette fois-ci j’ai été frappée par la façon dont il définit le droit et ce à partir de ce dont il est censé nous défendre, à savoir la violence humaine1. Continuer la lecture de La violence du droit ou l’humour de Freud

Comment Lacan introduit, dans l’analyse du Petit-Hans, la « castration symbolique »

chevalAu cours de la séance du 6 mars 1956, Lacan commence à nous donner son fil de lecture de l’analyse du Petit Hans avec l’aide de son tableau de la frustration, castration, privation. Il y met notamment en avant ce qu’est la castration symbolique effectuée par l’agent qui est le père réel et qui porte sur un objet imaginaire. Où Lacan va-t-il repérer ce qu’est cette castration symbolique ? En un point précis de cette observation, le fantasme du plombier qui est venu lui enlever le derrière et le fait-pipi avec une tenaille et surtout lui en mettre un neuf et un plus beau ( p. 163 des cinq psychanalyses). Il considère et à juste titre que ce fantasme marque « la guérison de sa phobie ».

Voici le fragment du texte de Freud qui le décrit :
« L’après-midi, il se risque pour la première fois dans le Stadepark […] En route, nous rencontrons un omnibus qu’il me montre : « Regarde, une voiture avec le coffre à la cigogne ! ». Si ainsi qu’il est convenu, Hans retourne demain avec moi au Stadtpark, on pourra considérer sa maladie comme guérie.
Le 2 mai, Hans vient me trouver le matin : « Tu sais j’ai pensé aujourd’hui à quelque chose ». D’abord il l’a oublié ; plus tard il le raconte, mais en manifestant une résistance considérable : « le plombier est venu et m’a d’abord enlevé le derrière, avec des tenailles, et alors il m’en a donné un autre, et puis la même chose avec mon fait-pipi. Il a dit laisse moi voir ton derrière, alors j’ai du me tourner et il l’a enlevé et alors il a dit « laisse moi voir ton fait-pipi ».
Le père saisit ce fantasme de désir et ne doute pas un instant de la seule interprétation qu’il comporte »
Je trouve que dans ce fantasme, Freud ne porte pas attention au fait que cette opération castratrice ne porte pas seulement sur le pénis mais aussi sur son derrière et que d’autre part il y a aussi une référence au regard : « fais-moi voir » lui dit le plombier. Quoiqu’il en soit, nous pouvons saisir à partir de ce fantasme ce que Lacan entend à proprement parler et dans le réel d’une cure, par le terme de « castration symbolique »
« Néanmoins je voudrais que ceux d’entre vous qui auront bien voulu se soumettre à cette épreuve, me disent la prochaine fois si quelque chose dans ce qu’ils auront lu ne les frappe pas, qui fait le contraste entre l’étape de départ où nous voyons le petit Hans développer à plein tuyau toutes sortes d’ima­ginations extraordinairement romancées concernant ses relations avec tout ce qu’il adopte comme ses enfants. C’est un thème de l’imaginaire où il se démontre avec une grande aisance, comme en quelque sorte encore dans l’état où il peut prolonger, où c’est tellement même le jeu de leurre avec la mère qu’il prolonge, qu’il peut se sentir tout à fait à l’aise lui-même dans une position qui mêle l’identification à la mère, l’adoption d’enfants et en même temps toute une série de formes amoureuses de toutes les gammes, qui va depuis la petite fille qu’il sert et courtise d’un peu près, qui est la fille des propriétaires de l’endroit de vacances où ils vont, jusqu’à la petite fille qu’il aime à distance, et qu’il situe comme déjà inscrite dans toutes les formes de la relation amoureuse qu’il peut poursuivre avec une très grande aisance sur le plan de la fiction.
Et le contraste entre cela et ce qui va se passer quand après les interventions du père, sous la pression de l’interrogation analytique plus ou moins dirigée du père auprès de lui, il se livre à cette sorte de roman vraiment fantastique dans lequel il reconstruit la présence de sa petite sœur dans une caisse dans la voiture sur les chevaux, bien des années avant sa naissance. Bref la cohérence que vous pourrez voir se marquer massivement entre ce que j’appellerai l’orgie imaginaire au cours de l’analyse du petit Hans, avec l’intervention du père réel.

En d’autres termes, si l’enfant aboutit à une cure des plus satisfaisante, nous verrons ce que veut dire cure satisfaisante à propos de sa phobie, c’est très nettement pour autant qu’est intervenu le père réel qui était si peu intervenu jusque là, parce qu’il a pu intervenir d’ailleurs parce qu’il avait derrière le père symbolique qui est Freud. Mais il est intervenu, et dans toute la mesure où il intervient, tout ce qui tentait à se cristalliser sur le plan d’une sorte de réel prématuré repart dans un imaginaire si radical qu’on ne sait plus même tel­lement bien où on est, qu’à tout instant on se demande si le petit Hans n’est pas là pour se moquer du monde ou pour faire un humour raffiné, et il l’est d’ailleurs incontestablement, puisqu’il s’agit d’un imaginaire qui joue pour réor­ganiser le monde symbolique. Mais il y a en tous cas une chose certaine, c’est que la guérison arrive au moment où s’exprime de la façon la plus claire sous la forme d’une histoire articulée, la castration comme telle, c’est à savoir que « l’installateur » vient, la lui dévisse et lui en donne une autre.
C’est exactement là que s’arrête l’observation. La solution de la phobie est liée à si on peut dire, la constellation de cette triade intervention du père réel, et nous y reviendrons la prochaine fois, tout soutenu et épaulé qu’il soit par le père symbolique. II entre là-dedans comme un pauvre type. Freud à tout instant est forcé de dire : c’est mieux que rien, il fallait bien le laisser parler, surtout dit-il – et vous le trouverez au bas d’une page comme je vous l’articule – « ne comprenez pas trop vite », et ces questions avec lesquelles il le presse. Manifestement, il fait fausse route. N’importe, le résultat est scandé par ces deux points : l’orgie imaginaire de Hans, l’avènement si on peut dire de la castration pleinement articulée comme ceci : on remplace ce qui est réel par quelque chose de plus beau, de plus grand. L’avènement, la mise au jour de la castration est ce qui met à la fois le terme à la phobie, et ce qui montre, je ne dirais pas sa finalité, mais ce à quoi elle supplée.
Il n’y a là, vous le sentez bien, qu’un point intermédiaire de mon discours, simplement j’ai voulu vous en donner assez pour que vous voyiez où s’étage, où s’épanouit son éventail de question. Nous reprendrons la prochaine fois cette dialectique de la relation de l’enfant avec la mère, et la valeur de la signification véritable du complexe de castration » .

19 – La caisse à bébés ou comment Hans se venge de son père en se moquant de lui

chevalDans ce que rapporte son père de la journée du 11 avril, nous avons toujours le thème de la baignoire, après le fantasme au perçoir, il déploie le fantasme que sa mère le noie dans la baignoire, tout comme il a souhaité que sa petite sœur soit elle aussi noyée et qu’il en soit ainsi définitivement débarrassé ( p. 139 des cinq psychanalyses ) :

« Moi – Quand tu étais là pendant que maman donnait son bain à Anna, tu as peut-être souhaité qu’elle lâchât les mains, afin qu’Anna tomba dans l’eau ?
Hans – Oui.
Nous croyons que le père de Hans a ici deviné très juste. »
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17 – L’ennui dans l’analyse

Freud et le Petit-HansNous en étions au « Wegen/Wagen » de la page 133 mais j’ai repris quelques pages avant à partir page 130 de l’observation du Petit-Hans, dans les cinq psychanalyses).
Ce commentaire de Freud arrive en effet à point nommé : « L’analyse fait peu de progrès ; son exposé je le crains, va bientôt ennuyer le lecteur. Il est cependant dans toute psychanalyse de telles périodes d’obscurité. Hans va bientôt pénétrer dans une région où nous ne nous attendions pas à le voir aller ». Continuer la lecture de 17 – L’ennui dans l’analyse

8 – L’apparition de la girafe chiffonnée comme « mise en acte du symbolique comme tel »

Lacan et le petit-HansC’est ce passage dans la séance du 2o décembre 1961 du séminaire l’Identification que l’on trouve ce commentaire de Lacan à propos de la girafe chiffonnée du petit Hans. Il en fait l’exemple même de « l’apparition du symbolique comme tel dans la dialectique psychique ». Continuer la lecture de 8 – L’apparition de la girafe chiffonnée comme « mise en acte du symbolique comme tel »

Le masque du symptôme, l’Idéal du moi et le Surmoi

Dans le séminaire des Formations de l’inconscient, séance du 16 avril 1958, Lacan inscrit sur le graphe du désir, les deux formations freudiennes qui ont surgi ensemble dans la théorie freudienne, celles de l’Idéal du moi et du Surmoi.Il les reprend en fonction de ces trois lignes d’écritures qu’il avait inventées les séances précédentes,

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