Lacan-Le goût de la psychanalyse Le goût de la psychanalyse

Articles dans la catégorie ‘Lacan’

Une approche du Réel, de l’Imaginaire et du Symbolique dans le rêve de l’injection faite à Irma

mardi 10 mars 2020

Dans le séminaire « Le Moi dans la théorie de Freud et de la technique analytique », Lacan consacre une dernière séance, celle du 16 mars 1955, au rêve de l’injection faite à Irma. Beaucoup de fils peuvent être suivis et notamment celui de la question de la régression, mais j’ai choisi de mettre l’accent sur un point qui va continuer à nous servir de façon efficace dans notre lecture de tous les rêves de l’Interprétation des rêves, la façon dont Lacan repère dans ce rêve les trois registres du Réel, de l’Imaginaire et du Symbolique et surtout comment ils sont en quelque sorte noués l’un aux deux autres. …Lire la suite

Une vision d’horreur, la gorge d’Irma

samedi 29 février 2020

Dans la séance précédente, celle du 9 février 1956, Lacan a commencé à lire ce rêve de l’injection faite à Irma avec l’aide du schéma L. Il inscrit ainsi sur l’axe imaginaire du schéma (du petit autre au moi), toute la première partie de ce rêve où Freud s’identifie avec toute la série des femmes puis des hommes qui ont été invités à discuter avec lui de l’état de santé d’Irma. sur l’axe symbolique (du grand A au S), Il inscrit ce qu’il appelle « sa conversation inconsciente avec Fliess, ce qui correspond donc à son auto-analyse. Nous avons donc là une première vue d’ensemble de la structure de ce rêve.

Dans cette seconde séance du 9 mars 1956, il indique : «  ce rêve nous allons le prendre avec notre point de vue de maintenant » et donc notamment avec la notion du signifiant et surtout avec les trois registres du symbolique, de l’Imaginaire et du Réel. …Lire la suite

Lacan relit le rêve de l’injection faite à Irma avec le schéma L

mercredi 26 février 2020

Séance du 9 février 1955

Quand on commence à lire une séance du séminaire on ne sait jamais où elle va nous entraîner. Comme je voulais un peu replacer à nouveau ce rêve de l’injections faite à Irma, tel que Lacan s’y intéresse dans ce séminaire, je me suis aperçue qu’il prend cette question du rêve d’une façon inversée par rapport à celle de Freud.

Je m’explique, Freud commence par présenter matériellement ce qu’est l’interprétation d’un rêve, avec ce rêve de l’injection faite à Irma, avant même d’avancer son schéma de l’appareil psychique dans le chapitre VII du livre.

Lacan prend le chemin inverse, dans cette première séance qu’il consacre à l’analyse de ce rêve, celle du 9 février 1956, il  décrit  d’abord ce qu’il en est des différents temps d’élaboration de cet appareil de l’Esquisse à la Traumdeutung et s’arrête longuement sur les difficultés qu’a rencontré Freud pour rendre compte de l’état de conscience, ce qu’il appelle le système perception  conscience.  Il explique par une jolie métaphore, que ces appareils ne sont que les « premiers battements d’ailes de Freud » et que ce qui ne lui permettait pas de résoudre le problème c’est le fait qu’il n’avait pas encore pris en compte la question du narcissisme. …Lire la suite

La forme figurative du rêve

samedi 8 février 2020

Dans cette séance du 9 mars 1955 du séminaire « Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique analytique » Lacan reprend le rêve de l’injection faite à Irma, mais tout d’abord il apporte une précision importante concernant ce que Freud appelle « les images visuelles » et qu’il définit comme des perceptions ou encore à proprement parler des « hallucinations visuelles » qui surgissent dans les rêves.

Lacan les remet en effet en question ainsi d’ailleurs que ce que Freud qualifie de régression. Il pense que Freud a été contraint d’émettre cette hypothèse en raison même des insuffisances du premier schéma de son appareil psychique, celui qu’il a inventé entre perception et conscience dans l’Esquisse.

Il les remet en question en précisant qu’il ne s’agit pas de perceptions dans le rêve mais d’images, donc du « figuratif »  et à proprement parler de l’imaginaire.

Selon lui «si le terme d’imaginaire avait pu être employé à ce moment là, cela aurait levé bien des difficultés et contradictions. »C’est là qu’on retrouve la métaphore du rêve comme un rébus, un rébus à déchiffrer.

P. 84 et 85 de L’interprétation des rêves on retrouve ce point de vue de Freud : «  Le rêve pense donc de façon prépondérante en images visuelles, mais pas exclusivement. Il travaille aussi avec des images auditives et dans une moindre mesure avec des impressions d’autres sens […] Mais ne sont cependant caractéristiques du rêve que les éléments du contenu qui se comportent comme des images, c’est à dire sont plus semblables aux perceptions qu’aux représentations mnésiques. Par delà toutes les discussions bien connues du psychiatre sur la nature de l’hallucination, nous pouvons déclarer avec tous les auteurs compétents que le rêve hallucine, qu’il remplace des pensées par des hallucinations ».

Dans cette citation, nous pouvons remarquer la différence que Freud établit déjà entre ces dites perceptions et les représentations mnésiques soit les traces mnésiques de l’objet qui sont constitutives de l’inconscient (équivalentes à la fois à ces Vorstellungen freudiennes et ces signifiants lacaniens). Les unes, ces images visuelles, sont de l’ordre de l’imaginaire, vient de nous indiquer Lacan, les autres de l’ordre symbolique. Ne nous manque plus que le réel. Il est très présent dans ce rêve de l’injection à Irma tout au fond de cette gorge profonde.

Cette retraduction des images visuelles, de ces « représentations d’images » avancées par Freud en figuratif, en imaginaire est indispensable pour saisir toute la portée de la relecture du rêve de l’injection faite à Irma avec la jolie petite formule que Lacan nous propose :

Elle est tirée de son grand texte inaugural «  le Symbolique, l’Imaginaire et le Réel » et reprise dans cette séance du séminaire.

De la Vorstellung freudienne au Signifiant lacanien

vendredi 22 novembre 2019

31aa5d2848c0c0ab125924a6e158c84bDans le sous-chapitre « Stimuli et source du rêve », à la suite du rêve de la guillotine, Freud décrit trois rêves de réveil. Ce qui a surtout retenu mon attention, au cours de cette lecture, c’est le fait qu’à l’occasion de ces trois rêves, il y avance pour la première fois dans son ouvrage, au moins, ce terme de « représentation ».

Un même stimulus, celui de la sonnerie du réveil, provoque en effet dans le rêve, l’apparition soit des bruits de cloche d’une église, des clochettes d’un traîneau dans la neige, ou encore ceux d’une pile d’assiettes qu’une servante laisse échapper et qui tombent sur le sol. Ce sont donc trois représentations différentes en réponse au même stimuli.

Je n’ai retenu que la représentation d’un seul de ces rêves, celle des clochettes, parce que cela m’a évoqué Guerre et Paix, de Léon Tolstoï.

« Un grand jour d’hiver sans nuages. Les rues sont couvertes d’une épaisse couche de neige. J’ai accepté de participer à une promenade en traîneau mais je dois attendre longtemps avant que l’on m’annonce que le traîneau est devant la porte […] Mais le départ est encore retardé, jusqu’au moment où les rênes donnent aux chevaux en attente le signal perceptible. Les voilà qui tirent ; les clochettes fortement secouées entament leur musique de janissaires bien connue avec une puissance qui en un instant déchire la toile d’araignée du sommeil. Une fois encore, ce n’était rien d’autre que la sonorité stridente du réveille-matin. » …Lire la suite

Comment Joyce visait le symptôme en tant que tel

mercredi 19 avril 2017

kleeEn plus des deux versions existantes de Joyce le symptôme, il existe un troisième texte qui a pour titre : « De James Joyce comme symptôme ». C’est le texte d’une conférence qui a eu lieu à Nice en janvier 1976.

 Lacan dans ce texte commence par rappeler ce qui est son mode de lecture de Freud :

« C’est dans lalangue, avec toutes les équivoques qui résultent de tout ce que lalangue supporte de rimes et d’allitérations, que s’enracine toute une série de phénomènes que Freud a catalogués et qui vont du rêve, du rêve dont c’est le sens qui doit être interprété, du rêve à toutes sortes d’autres énoncés qui, en général, se présentent comme équivoques, à savoir ce qu’on appelle les ratés de la vie quotidienne, les lapsus, c’est toujours d’une façon linguistique que ces phénomènes s’interprètent, et ceci montre… montre aux yeux de Freud que un certain noyau, un certain noyau d’impressions langagières est au fond de tout ce qui se pratique humainement, qu’il n’y a pas d’exemple que dans ces trois phénomènes – le rêve, le lapsus (autrement dit la pathologie de la vie quotidienne, ce qu’on rate), et la troisième catégorie, l’équivoque du mot d’esprit –, il n’y a pas d’exemple que ceci comme tel ne puisse être interprété en fonction […] d’un premier jeu qui est… dont ce n’est pas pour rien qu’on peut dire que la langue maternelle, à savoir le soin que la mère a pris d’apprendre à son enfant à parler, ne joue un rôle ; un rôle décisif un rôle toujours définitif ; et que, ce dont il s’agit, c’est de s’apercevoir que ces trois fonctions que je viens d’énumérer, rêve, pathologie de la vie quotidienne : c’est-à-dire simplement de ce qui se fait, de ce qui est en usage, la meilleure façon de réussir, c’est, comme l’indique Freud, c’est de rater. Il n’y a pas de lapsus, qu’il soit de la langue ou de la plume, il n’y a pas d’acte manqué qui n’ait en lui sa récompense. C’est la seule façon de réussir, c’est de rater quelque chose. Ceci grâce à l’existence de l’inconscient. …Lire la suite

Comment Lacan introduit, dans l’analyse du Petit-Hans, la « castration symbolique »

samedi 9 janvier 2016

chevalAu cours de la séance du 6 mars 1956, Lacan commence à nous donner son fil de lecture de l’analyse du Petit Hans avec l’aide de son tableau de la frustration, castration, privation. Il y met notamment en avant ce qu’est la castration symbolique effectuée par l’agent qui est le père réel et qui porte sur un objet imaginaire. Où Lacan va-t-il repérer ce qu’est cette castration symbolique ? En un point précis de cette observation, le fantasme du plombier qui est venu lui enlever le derrière et le fait-pipi avec une tenaille et surtout lui en mettre un neuf et un plus beau ( p. 163 des cinq psychanalyses). Il considère et à juste titre que ce fantasme marque « la guérison de sa phobie ».

Voici le fragment du texte de Freud qui le décrit :
« L’après-midi, il se risque pour la première fois dans le Stadepark […] En route, nous rencontrons un omnibus qu’il me montre : « Regarde, une voiture avec le coffre à la cigogne ! ». Si ainsi qu’il est convenu, Hans retourne demain avec moi au Stadtpark, on pourra considérer sa maladie comme guérie.
Le 2 mai, Hans vient me trouver le matin : « Tu sais j’ai pensé aujourd’hui à quelque chose ». D’abord il l’a oublié ; plus tard il le raconte, mais en manifestant une résistance considérable : « le plombier est venu et m’a d’abord enlevé le derrière, avec des tenailles, et alors il m’en a donné un autre, et puis la même chose avec mon fait-pipi. Il a dit laisse moi voir ton derrière, alors j’ai du me tourner et il l’a enlevé et alors il a dit « laisse moi voir ton fait-pipi ».
Le père saisit ce fantasme de désir et ne doute pas un instant de la seule interprétation qu’il comporte »
Je trouve que dans ce fantasme, Freud ne porte pas attention au fait que cette opération castratrice ne porte pas seulement sur le pénis mais aussi sur son derrière et que d’autre part il y a aussi une référence au regard : « fais-moi voir » lui dit le plombier. Quoiqu’il en soit, nous pouvons saisir à partir de ce fantasme ce que Lacan entend à proprement parler et dans le réel d’une cure, par le terme de « castration symbolique »
« Néanmoins je voudrais que ceux d’entre vous qui auront bien voulu se soumettre à cette épreuve, me disent la prochaine fois si quelque chose dans ce qu’ils auront lu ne les frappe pas, qui fait le contraste entre l’étape de départ où nous voyons le petit Hans développer à plein tuyau toutes sortes d’ima­ginations extraordinairement romancées concernant ses relations avec tout ce qu’il adopte comme ses enfants. C’est un thème de l’imaginaire où il se démontre avec une grande aisance, comme en quelque sorte encore dans l’état où il peut prolonger, où c’est tellement même le jeu de leurre avec la mère qu’il prolonge, qu’il peut se sentir tout à fait à l’aise lui-même dans une position qui mêle l’identification à la mère, l’adoption d’enfants et en même temps toute une série de formes amoureuses de toutes les gammes, qui va depuis la petite fille qu’il sert et courtise d’un peu près, qui est la fille des propriétaires de l’endroit de vacances où ils vont, jusqu’à la petite fille qu’il aime à distance, et qu’il situe comme déjà inscrite dans toutes les formes de la relation amoureuse qu’il peut poursuivre avec une très grande aisance sur le plan de la fiction.
Et le contraste entre cela et ce qui va se passer quand après les interventions du père, sous la pression de l’interrogation analytique plus ou moins dirigée du père auprès de lui, il se livre à cette sorte de roman vraiment fantastique dans lequel il reconstruit la présence de sa petite sœur dans une caisse dans la voiture sur les chevaux, bien des années avant sa naissance. Bref la cohérence que vous pourrez voir se marquer massivement entre ce que j’appellerai l’orgie imaginaire au cours de l’analyse du petit Hans, avec l’intervention du père réel.

En d’autres termes, si l’enfant aboutit à une cure des plus satisfaisante, nous verrons ce que veut dire cure satisfaisante à propos de sa phobie, c’est très nettement pour autant qu’est intervenu le père réel qui était si peu intervenu jusque là, parce qu’il a pu intervenir d’ailleurs parce qu’il avait derrière le père symbolique qui est Freud. Mais il est intervenu, et dans toute la mesure où il intervient, tout ce qui tentait à se cristalliser sur le plan d’une sorte de réel prématuré repart dans un imaginaire si radical qu’on ne sait plus même tel­lement bien où on est, qu’à tout instant on se demande si le petit Hans n’est pas là pour se moquer du monde ou pour faire un humour raffiné, et il l’est d’ailleurs incontestablement, puisqu’il s’agit d’un imaginaire qui joue pour réor­ganiser le monde symbolique. Mais il y a en tous cas une chose certaine, c’est que la guérison arrive au moment où s’exprime de la façon la plus claire sous la forme d’une histoire articulée, la castration comme telle, c’est à savoir que « l’installateur » vient, la lui dévisse et lui en donne une autre.
C’est exactement là que s’arrête l’observation. La solution de la phobie est liée à si on peut dire, la constellation de cette triade intervention du père réel, et nous y reviendrons la prochaine fois, tout soutenu et épaulé qu’il soit par le père symbolique. II entre là-dedans comme un pauvre type. Freud à tout instant est forcé de dire : c’est mieux que rien, il fallait bien le laisser parler, surtout dit-il – et vous le trouverez au bas d’une page comme je vous l’articule – « ne comprenez pas trop vite », et ces questions avec lesquelles il le presse. Manifestement, il fait fausse route. N’importe, le résultat est scandé par ces deux points : l’orgie imaginaire de Hans, l’avènement si on peut dire de la castration pleinement articulée comme ceci : on remplace ce qui est réel par quelque chose de plus beau, de plus grand. L’avènement, la mise au jour de la castration est ce qui met à la fois le terme à la phobie, et ce qui montre, je ne dirais pas sa finalité, mais ce à quoi elle supplée.
Il n’y a là, vous le sentez bien, qu’un point intermédiaire de mon discours, simplement j’ai voulu vous en donner assez pour que vous voyiez où s’étage, où s’épanouit son éventail de question. Nous reprendrons la prochaine fois cette dialectique de la relation de l’enfant avec la mère, et la valeur de la signification véritable du complexe de castration » .

La question de l’ex-sistence en lien avec l’Autre jouissance

jeudi 5 mars 2015

10945516_10203186731181446_8957923291270124024_nDans cette séance du séminaire Encore où il aborde la façon femelle de rater le rapport sexuel et d’y suppléer, Lacan évoque les deux formes de jouissance féminine, tout d’abord, la jouissance phallique, celle où Juliette fait de son Roméo, son oiseau, et l’autre jouissance, qui classiquement fait référence à la jouissance vaginale, opposée à la jouissance clitoridienne.
Au moment où il l’aborde il effectue une sorte d’appel aux hommes, aux hommes qui l’entourent, qui sont entrain de l’écouter : « Vous vous êtes peut-être aperçus – je parle naturellement ici aux quelques semblants d’hommes que je vois par ci, par là […] que comme ça, de temps en temps, entre deux portes, il y a quelque chose qui les secoue, les femmes, ou qui les secourt. Quand vous regarderez l’étymologie de ces deux mots dans le Bloch et Von Van Wartburg […] vous verrez le rapport qu’il y a entre eux. Ce n’est pas quelque chose qui arrive par hasard quand même… » …Lire la suite

Le masque du symptôme, l’Idéal du moi et le Surmoi

samedi 3 janvier 2015

Dans le séminaire des Formations de l’inconscient, séance du 16 avril 1958, Lacan inscrit sur le graphe du désir, les deux formations freudiennes qui ont surgi ensemble dans la théorie freudienne, celles de l’Idéal du moi et du Surmoi.Il les reprend en fonction de ces trois lignes d’écritures qu’il avait inventées les séances précédentes,

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Qu’est-ce que le père réel ?

dimanche 23 novembre 2014

 Les lecteurs de Lacan, et parmi eux, surtout les analysants et les analystes, ont souvent quelques difficultés avec les trois pères qualifiés par lui de « père symbolique », « père imaginaire » et « père réel ». Ils ont souvent d’autant plus de mal qu’ils ont en quelque sorte à raccorder et surtout à rendre cohérent ce qu’il en dit tout au long de ses trente ans de séminaires. …Lire la suite